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San Finna N°352 du 27 Février au 05 Mars 2006
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

PROCESSUS DEMOCRATIQUE AU BURKINA FASO
LE SAUVETAGE PAR LA PROMOTION DES PARTIS POLITIQUES


Pourquoi la communauté internationale, qui regorge de tant de ressources humaines, financières, technologiques.. est-elle souvent si longue à identifier la nature profonde de certains problèmes et à leur apporter des solutions ? Lorsqu’on considère certaines crises mal diagnostiquées et certaines autres où elle peine à trouver des solutions, on se perd en interrogations. Laissons de côté les méga crises internationales ou régionales et voyons plutôt celles qui frappent la démocratie en général mais particulièrement au Faso.

Très tôt, des hommes politiques ont tiré la sonnette d’alarme. Il ne faut pas, disaient-ils, pécher par économisme en entrevoyant l’aide au développement que sous le seul angle économique ; le développement est un tout, il est politique comme économique, social, culturel.. En matière de gouvernance en particulier, disaient-ils, la querelle pour savoir qui est l’impulseur principal du développement, le politique ou l’économique, est stérile, il faut entendre l’aide au développement dans un sens inclusif et ne pas faire par conséquent une mauvaise place au politique.

Des propositions concrètes, ils en firent, et refirent, en ce sens :

- légalisation du financement des partis mais dans une optique de discrimination positive car les partis au pouvoir, par le simple fait qu’ils sont au pouvoir, sont avantagés (même lorsqu’ils n’inféodent pas les structures politiques et économiques) par rapport aux partis d’opposition ;

- adoption dans le même esprit, du principe du plafonnement des dépenses de campagne ;

- ..

Mais la demande récurrente la plus forte jusqu’à ce jour de ces leaders de partis concerne la relecture même de la politique d’aide à la démocratie. Cette dernière, telle que mise en œuvre ne peut que drainer des masses importantes d’argent, de biens, de facilités multiples, en faveur de l’Etat. En Afrique et chez nous, l’Etat n’étant pas neutre, impersonnel mais partisan, le résultat est que c’est le parti au pouvoir qui au final, fera son profit de cette aide ; c’est lui qui en irriguera directement ou indirectement les institutions, les structures politiques et sociales dans lesquelles il a pris soin d’avoir des positions dominantes sinon des répondants qui lui assurent d’avoir toujours le contrôle des situations. L’eau ira ainsi toujours à la rivière.

Ce rééquilibrage, demandé depuis des lustres et encore aujourd’hui, vise donc à faire des partis politiques, les bénéficiaires directs de ces soutiens parce que, tout d’abord, ils sont les acteurs immédiats de la démocratisation et qu’ensuite, par ce canal, on éviterait les prélèvements et détournements qui en définitive ne font qu’alimenter les politiques autocratiques des gouvernants.

Les partenaires ont toujours allégué leur souci de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures des Etats et ce en dépit des contre arguments prouvant que de l’économie au politique, il y a longtemps qu’il n’existe plus, dans les politiques internationales, de barrières étanches à l’interventionnisme.

Aujourd’hui, les choses sont en train de bouger. Après plus de 20 ans, les partenaires techniques et financiers se rendent compte enfin qu’il faut oser engager le dialogue, au-delà des pouvoirs publics, vers toutes les catégories sociopolitiques, vers toutes les structures qui les représentent, qu’il faut franchir le cap et accepter d’aider les partis politiques.

Les juristes diraient qu’il s’agit là de l’amorce d’un revirement de jurisprudence car, jusqu’à présent, c’est la société civile qui était la mascotte de ces partenaires ; elle seule était entrevue comme pouvant impulser une gouvernance durable au sens où l’entendait la communauté internationale. Les partenaires reviennent maintenant de leur méprise car l’évidence soulignée par les opposants burkinabé s’est finalement imposée à eux. Nombre des leaders de la société civile ont profité de leur situation (protection et financements internationaux, immunités diverses) pour faire de la concurrence déloyale aux partis politiques. D’autres ont tout simplement exploité ce créneau porteur qui leur était fait pour s’offrir des voyages tous frais payés ou se lancer dans des affaires lucratives. Il s’en est même trouvé, comble de rouerie, pour se mettre au service des pouvoirs en place afin de faire profiter ces derniers des mannes internationales, tout en jouant du prestige dont ils bénéficiaient de la part de cette communauté internationale, pour influencer le jeu politique en le peignant aux couleurs voulues par les pouvoirs.

Aujourd’hui donc, après que beaucoup de mal ait été fait à ces opposants et à la démocratie, la communauté internationale s’avise qu’il serait peut-être bon de repenser sa politique de soutien à la démocratisation. Il faut craindre que cette tendance salutaire ne finisse par se fourvoyer ou par être récupérée si l’on ne fait pas des partis les partenaires directs de la définition et de la mise en œuvre de cette nouvelle dynamique.

Les USA à l’exemple d’autres pays, en parlent. L’ambassadrice américaine Jeannine Jackson, qui va bientôt arriver au Faso, a même a plaidé très fortement devant le Sénat américain pour une aide financière « au renforcement des partis politiques ». Des ONG se mettent également de la partie pour apporter des contributions à la mise en œuvre de la nouvelle politique. Mais dans aucun des cas jusqu’à ce jour, on notera que cette préoccupation de traiter directement avec les partis n’a été prise en considération. Les partis politiques sont toujours considérés comme des mineurs. On négocie pour eux. Il faut mettre fin à cet état de choses et aller directement vers eux afin qu’ils définissent eux-mêmes leurs besoins, qu’ils s’expriment sur leurs difficultés, sans tuteur, sans intercesseur.

Ainsi, au-delà du recentrage de l’aide à la démocratie, on combattra cette perversion qui permettait aux manipulations -via des ONG- de dénaturer les termes du jeu politique, de donner des bases solides à la démocratie caricaturale si remarquée en Afrique. Mais encore faudrait-il que les responsables des partis politiques, surtout de l’opposition, reprennent du poil de la bête, que sur ce sujet en particulier, ils soient sur la brèche en faisant des propositions novatrices, réalistes. Il y va de l’avenir de l’opposition comme de celle de la démocratie authentique.


La Rédaction





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