PROCESSUS
DEMOCRATIQUE AU BURKINA FASO
LE SAUVETAGE PAR LA PROMOTION DES PARTIS POLITIQUES
Pourquoi
la communauté internationale, qui regorge de
tant de ressources humaines, financières, technologiques..
est-elle souvent si longue à identifier la nature
profonde de certains problèmes et à leur
apporter des solutions ? Lorsqu’on considère
certaines crises mal diagnostiquées et certaines
autres où elle peine à trouver des solutions,
on se perd en interrogations. Laissons de côté
les méga crises internationales ou régionales
et voyons plutôt celles qui frappent la démocratie
en général mais particulièrement
au Faso.
Très
tôt, des hommes politiques ont tiré la
sonnette d’alarme. Il ne faut pas, disaient-ils,
pécher par économisme en entrevoyant l’aide
au développement que sous le seul angle économique
; le développement est un tout, il est politique
comme économique, social, culturel.. En matière
de gouvernance en particulier, disaient-ils, la querelle
pour savoir qui est l’impulseur principal du développement,
le politique ou l’économique, est stérile,
il faut entendre l’aide au développement
dans un sens inclusif et ne pas faire par conséquent
une mauvaise place au politique.
Des
propositions concrètes, ils en firent, et refirent,
en ce sens :
-
légalisation du financement des partis mais dans
une optique de discrimination positive car les partis
au pouvoir, par le simple fait qu’ils sont au
pouvoir, sont avantagés (même lorsqu’ils
n’inféodent pas les structures politiques
et économiques) par rapport aux partis d’opposition
;
- adoption dans le même esprit, du principe du
plafonnement des dépenses de campagne ;
-
..
Mais la demande récurrente la plus forte jusqu’à
ce jour de ces leaders de partis concerne la relecture
même de la politique d’aide à la
démocratie. Cette dernière, telle que
mise en œuvre ne peut que drainer des masses importantes
d’argent, de biens, de facilités multiples,
en faveur de l’Etat. En Afrique et chez nous,
l’Etat n’étant pas neutre, impersonnel
mais partisan, le résultat est que c’est
le parti au pouvoir qui au final, fera son profit de
cette aide ; c’est lui qui en irriguera directement
ou indirectement les institutions, les structures politiques
et sociales dans lesquelles il a pris soin d’avoir
des positions dominantes sinon des répondants
qui lui assurent d’avoir toujours le contrôle
des situations. L’eau ira ainsi toujours à
la rivière.
Ce rééquilibrage, demandé depuis
des lustres et encore aujourd’hui, vise donc à
faire des partis politiques, les bénéficiaires
directs de ces soutiens parce que, tout d’abord,
ils sont les acteurs immédiats de la démocratisation
et qu’ensuite, par ce canal, on éviterait
les prélèvements et détournements
qui en définitive ne font qu’alimenter
les politiques autocratiques des gouvernants.
Les partenaires ont toujours allégué leur
souci de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures
des Etats et ce en dépit des contre arguments
prouvant que de l’économie au politique,
il y a longtemps qu’il n’existe plus, dans
les politiques internationales, de barrières
étanches à l’interventionnisme.
Aujourd’hui, les choses sont en train de bouger.
Après plus de 20 ans, les partenaires techniques
et financiers se rendent compte enfin qu’il faut
oser engager le dialogue, au-delà des pouvoirs
publics, vers toutes les catégories sociopolitiques,
vers toutes les structures qui les représentent,
qu’il faut franchir le cap et accepter d’aider
les partis politiques.
Les juristes diraient qu’il s’agit là
de l’amorce d’un revirement de jurisprudence
car, jusqu’à présent, c’est
la société civile qui était la
mascotte de ces partenaires ; elle seule était
entrevue comme pouvant impulser une gouvernance durable
au sens où l’entendait la communauté
internationale. Les partenaires reviennent maintenant
de leur méprise car l’évidence soulignée
par les opposants burkinabé s’est finalement
imposée à eux. Nombre des leaders de la
société civile ont profité de leur
situation (protection et financements internationaux,
immunités diverses) pour faire de la concurrence
déloyale aux partis politiques. D’autres
ont tout simplement exploité ce créneau
porteur qui leur était fait pour s’offrir
des voyages tous frais payés ou se lancer dans
des affaires lucratives. Il s’en est même
trouvé, comble de rouerie, pour se mettre au
service des pouvoirs en place afin de faire profiter
ces derniers des mannes internationales, tout en jouant
du prestige dont ils bénéficiaient de
la part de cette communauté internationale, pour
influencer le jeu politique en le peignant aux couleurs
voulues par les pouvoirs.
Aujourd’hui donc, après que beaucoup de
mal ait été fait à ces opposants
et à la démocratie, la communauté
internationale s’avise qu’il serait peut-être
bon de repenser sa politique de soutien à la
démocratisation. Il faut craindre que cette tendance
salutaire ne finisse par se fourvoyer ou par être
récupérée si l’on ne fait
pas des partis les partenaires directs de la définition
et de la mise en œuvre de cette nouvelle dynamique.
Les USA à l’exemple d’autres pays,
en parlent. L’ambassadrice américaine Jeannine
Jackson, qui va bientôt arriver au Faso, a même
a plaidé très fortement devant le Sénat
américain pour une aide financière «
au renforcement des partis politiques ». Des ONG
se mettent également de la partie pour apporter
des contributions à la mise en œuvre de
la nouvelle politique. Mais dans aucun des cas jusqu’à
ce jour, on notera que cette préoccupation de
traiter directement avec les partis n’a été
prise en considération. Les partis politiques
sont toujours considérés comme des mineurs.
On négocie pour eux. Il faut mettre fin à
cet état de choses et aller directement vers
eux afin qu’ils définissent eux-mêmes
leurs besoins, qu’ils s’expriment sur leurs
difficultés, sans tuteur, sans intercesseur.
Ainsi, au-delà du recentrage de l’aide
à la démocratie, on combattra cette perversion
qui permettait aux manipulations -via des ONG- de dénaturer
les termes du jeu politique, de donner des bases solides
à la démocratie caricaturale si remarquée
en Afrique. Mais encore faudrait-il que les responsables
des partis politiques, surtout de l’opposition,
reprennent du poil de la bête, que sur ce sujet
en particulier, ils soient sur la brèche en faisant
des propositions novatrices, réalistes. Il y
va de l’avenir de l’opposition comme de
celle de la démocratie authentique.
La Rédaction