Mise à jour le 19/02/2006
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San Finna N°352 du 27 Février au 05 Mars 2006
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

Deux sons de cloche

 FAUT-IL FORMALISER OU NON LE SECTEUR INFORMEL ?

Mardi dernier, la question a été posée du côté du Centre culturel français lors d’un débat télévisé organisé par la télévision Canal 3 en collaboration avec l’Ambassade de France. Les Impôts, la Chambre de Commerce, les Douanes, les commerçants du secteur informel étaient là, chacun défendant ses visions dans une sérénité fort appréciable. Il s’est dégagé deux positions. Pour les uns, tous les acteurs de ce secteur, à l’image des autres acteurs des secteurs formels, doivent contribuer à l’effort de développement du pays, donc oui pour la formalisation. Pour les autres, il ne faut pas jeter l’anathème sur les acteurs de ce secteur car ils ne participent à un fort taux de développement socio-économique du pays que justement parce qu’ils sont dans l’informel. Il faut donc les y maintenir. Voilà notre « Deux sons de cloche » tout trouvé. Merci à Canal 3, merci à l’Ambassade de France.

IL FAUT VITE FORMALISER CE SECTEUR POUR PLUS DE CREATION DE RICHESSES, POUR LA COMPTABILITE NATIONALE

Au Burkina Faso, on a toujours pris l’habitude de faire allégeance à certaines personnes qui exercent sous le couvert de cette appellation « secteur informel », les empêchant pour ainsi dire de contribuer en temps réel à l’édification de notre économie. Il faut dénoncer cet état de faits parce qu’il y a moult personnes qui se logent dans ce secteur frauduleusement pendant qu’ils peuvent exercer dans un secteur plus viable qu’est le formel. D’autres personnes migrent du secteur formel au secteur informel juste pour éviter de payer plus d’impôts, de déclarer leur personnel à la Sécurité sociale, de tenir une comptabilité qui ferait beaucoup plus de transparence au niveau de leurs activités. Parmi ces maux les plus criards que crée le milieu du secteur informel, se trouvent la commercialisation de produits dangereux, contrefaits, la concurrence déloyale. Cette dernière est très forte car c’est dans ce secteur que se retrouvent des gens exerçant en totale illégalité dans le commerce de produits déjà commercialisés par des commerçants dûment imposés, travaillant dans les règles de l’art et ayant un personnel protégé et déclaré à la Sécurité sociale. Ce problème ainsi soulevé pose aussi celui de la Sécurité sociale des travailleurs du secteur informel. Aucunement reconnus en la matière, ils affrontent tous les risques du monde dans leurs métiers. Les accidents du travail y sont pourtant récurrents sans compter que l’absence de retraites empêche une qualité de vie aux travailleurs du secteur informel et à leurs familles. Il y a aussi que c’est totalement injuste que des acteurs du secteur informel se remplissent les poches sans payer les impôts ce d’autant que, contrairement à ce qu’on croit, ce secteur rapporte très gros pour certains. Il faut donc formaliser les commerces de ce secteur pour qu’ils participent également, au prorata de leurs bénéfices, à la comptabilité nationale. Cela sans compter qu’ils pourront bénéficier de prêts bancaires, accéder aux marchés publics qui se chiffrent à des milliards par an, bénéficier de stages... La fiscalité ne tuera point leurs activités et ennoblira leur citoyenneté. Les employés travailleront mieux car ils se sentiront protégés. Oui, il faut assainir ce secteur (même si c’est progressivement) pour le rendre plus compétitif, plus performant, plus contributif au développement et c’est le prix à payer !


TOZI.

LE SECTEUR INFORMEL DE LA SEULE CAPITALE RAPPORTE 127 MILLIARDS AU BURKINA FASO : A QUOI BON LE FORMALISER ?

L’Etat étant dans l’incapacité d’assurer du travail à tous, de répondre aux demandes sociales fondamentales des citoyens, il faut accepter que ces derniers apprennent à se sortir par eux-mêmes de leur misère. La majorité des Burkinabé sans emploi se lancent ainsi dans le secteur informel qui est une porte de sortie de la « mouise » qu’ils ont souvent longtemps endurée. Ils exercent dans tous les milieux sans une technique réellement moderne de comptabilité, apprenant sur le tas. Nombre de ces acteurs agonisent déjà après quelques jours de création et cessent leurs activités du fait que l’informel, contrairement à ce qu’on croit, est bel et bien taxé. Voyez comment les services municipaux et fiscaux s’entendent pour ne pas leur laisser la paix. On comprend par ailleurs Abdoulaye Zonou, professeur à l’Université de Ouagadougou et membre du CAPES qui dit ceci
« On a l’impression que ce qui préoccupe l’Etat, c’est seulement cibler les imposables et lever l’impôt, au lieu de chercher à comprendre et à encadrer les différents secteurs d’activité ». Malgré toutes ces difficultés, ils arrivent à faire, tenez-vous bien, un apport rien qu’à Ouagadougou de plus de 127 milliards de francs cfa par an au pays. Qui dit mieux ? Ce secteur fait vivre, de par sa nature même, des millions de Burkinabé : agriculteurs, éleveurs, artisans… Dire aujourd’hui qu’il faut coûte que coûte formaliser ce secteur relève d’une volonté absurde de mettre en difficultés ces centaines de milliers d’acteurs de ce secteur, de mettre dans la « mouscaille » leurs familles. Cette idée est à abolir absolument et il faut peut-être rechercher ailleurs ce qui aidera à remplir mieux les caisses de l’Etat. Certains acteurs de ce secteur ne sont pas forcément contre la formalisation mais dans la mesure où leurs activités prospèrent dans le temps ; ce qu’ils veulent aussi, c’est bénéficier de période de grâce leur permettant, après reconnaissance fiscale, de s’habituer au nouveau contexte. De toute manière, ils estiment que si l’on va vite en besogne sur le chemin de la formalisation, chemin logique pour tout commerce qui évolue et qui se développe, ils iront directement vers les funérailles d’un secteur qui, chaque année, rapporte beaucoup au pays sans pouvoir en compenser les désagréments multiples. A bon entendeur, salut !


TOMI.

Citation de la semaine

"On n'est pas libre tant qu'on désire, qu'on veut,
qu'on craint, peut-être tant qu'on vit. "

YOURCENAR Marguerite






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