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San Finna N°352 du 27 Février au 05 Mars 2006
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus" 

LES PARTIS POLITIQUES D’ OPPOSITION
A PROPOS DES AMENDEMENTS AU CODE ELECTORAL ET DU REPORT DES ELECTIONS MUNICIPALES :
DEMOCRATIE OU DIKTAT ?

Le 02 Février 2006, suite à une requête présentée par le parti PRN, le Conseil Constitutionnel, après avoir déclaré la recevabilité de la requête, annulait par décision n° 2006-01/CC/EM l’arrêté n° 2005-055/CENI/SG du13/12/05 de la CENI portant reprise des activités de ses démembrements (CEDI, CECI, CEIA, CEPI), en vue des élections municipales. Le Conseil invoquait pour cela l’article 34 du Code électoral qui stipule que « le mandat des membres des CEPI, CEDI, CECI et des CEIA prend fin avec la proclamation des résultats définitifs de leur circonscription électorale respective » : le mandat des démembrements de la CENI désignés pour l’élection présidentielle, a donc pris fin le 25 novembre 2005 avec la proclamation le 24/11/05 par le Conseil Constitutionnel des résultats définitifs de cette élection.

Si l’on veut respecter la loi, il faut saisir à nouveau les partis de la majorité, ceux de l’opposition, et les organisations de la société civile, et les inviter à désigner de nouveaux membres des démembrements. Les nouveaux partis politiques et les nouvelles organisations de la société civile, créés depuis Mai 2004, auraient alors eu droit à la parole, tout comme les plus anciens, pour ces désignations. Cela aurait immanquablement conduit à un report substantiel des élections municipales fixées au 12 Mars 2006.

Mais le Gouvernement ne voulait pas de ce report ! Le tout nouveau Ministre de l’Administration territoriale, ne voulait sans doute pas inaugurer son mandat par un report des élections municipales. Il commença par ignorer la décision du 02 février de la Cour Constitutionnelle et a demandé à la CENI, par lettre du 06 février, de tout faire pour que les élections se tiennent à la date du 12 mars 2006. Cela était manifestement impossible d’autant que la CENI n’aurait pas eu le temps de faire afficher les listes électorales en respectant le délai de 30 jours avant le scrutin !

Pour donner le change, mais sans dévoiler au préalable ses propres intentions, le Ministre a alors invité les partis à une rencontre le 13 février pour les entendre sur la question des élections municipales. Une nette majorité des partis se prononça pour un report suffisant des élections, permettant de respecter les dispositions du Code électoral actuel. Certains même plaidèrent carrément pour un jumelage avec les élections législatives de 2007 ! Le Ministre promit d’en rendre compte au Conseil des Ministres suivant. Et celui-ci prit deux décisions :

- la première a fixé les élections municipales au 23 avril 2006

- la deuxième a décidé de soumettre à une session extraordinaire de l’Assemblée nationale convoquée le 17 février deux (2) projets de lois. Le 1er proroge le mandat des conseils municipaux actuels jusqu’au 31 mai 2006. Le 2ème amende les articles 34 et 265 du Code électoral.

L’amendement proposé pour l’article 34 prévoit la prolongation du mandat des démembrements de la CENI lorsque l’intervalle entre deux élections est inférieur à six mois. De manière rétroactive, l’amendement de l’article 265 prévoit de proroger à compter du 26/11/05 le mandat des démembrements de la CENI désignés pour les élections présidentielles du 13/11/05.

Ces deux décisions du Conseil des Ministres du 15 février 2006 ont clairement pour objectifs de refuser l’application stricte de la loi électorale en vigueur, bien que la majorité parlementaire l’ait revisitée en sa faveur deux fois depuis les élections législatives de 2002. Le Gouvernement ne veut absolument pas de l’obligation de désigner après chaque nouvelle élection de nouveaux démembrements de la CENI. Dans les conditions actuelles où il est obligé de revoir la date des élections municipales, il a décidé unilatéralement d’une date qui ne laisse aucune latitude aux partis politiques qu’il a fait semblant de consulter, juste pour connaître leurs espérances, mais pour ensuite refuser d’en tenir compte.

Les prochaines élections municipales sont pour tout le monde entièrement inédites, dans leurs modalités de préparation et d’organisation. Mais devant les problèmes créés par une gestion hasardeuse des élections par la CENI (fichier électoral douteux, démembrements agissant en toute illégalité, gestion solitaire des problèmes électoraux), deux options différentes se présentent pour en sortir.
La 1ère option consiste à ne tenir compte que des problèmes « techniques » rencontrés par la CENI. Ainsi, si le fichier électoral est douteux, on proclame qu’il est bon, même s’il n’est pas parfait. Si les dispositions du Code électoral rendent les démembrements illégaux, on change les dispositions correspondantes par un amendement à la loi. Si les démembrements ont posé des actes sans mandat, on adopte une loi pour leur donner rétroactivement un mandat ! Si les conseils municipaux des 49 communes urbaines voient leur mandat de cinq ans s’achever sans nouvelles élections, on prend une nouvelle loi pour allonger spécifiquement la durée de ce mandat ! Et le tour est joué ! La seule condition pour le réussir, c’est d’avoir une majorité suiviste, toujours prête à entériner sans broncher, mêmes les solutions les plus boiteuses !

La 2ème option consiste à apporter aux problèmes rencontrés des solutions qui tiennent compte de leur caractère à la fois juridique et politique.

D’un point de vue juridique, et comme les partis politiques d’opposition l’exigent régulièrement, il faut respecter scrupuleusement la loi, et ne pas attendre qu’elle soit défavorable à la stratégie du pouvoir ou de la majorité, avant d’examiner les modifications à y apporter.

Du point de vue politique, les solutions à apporter doivent tenir compte des préoccupations légitimes des parties concernées. Il ne faut jamais oublier que la Constitution et le Code électoral sont des textes très spéciaux car leur importance pour l’organisation et la stabilité générales de la société est indéniable. On ne peut dire d’eux que « ce sont des lois comme les autres dont il est prévu que le Parlement les vote à la majorité ».

Politiquement, le Code électoral comme la Constitution se doivent de recueillir le consensus de toutes les parties concernées (partis de la majorité, partis de l’opposition et société civile). Si l’on veut des solutions durables, modifier le Code électoral suppose d’obtenir sur ces modifications le consensus de toutes les parties concernées, contrairement aux arguments superficiels de la majorité qui veut traiter le Code électoral parce que cela l’arrange, comme toute autre loi ! Pour ces textes, il n’y a pas, contrairement à ce que prétendent certains esprits simplistes, un temps pour le consensus et un temps pour la règle de la majorité.
Dans le traitement du problème posé par la prise en compte de la décision du 02/02/06 du Conseil constitutionnel, le Gouvernement a délibérément et volontairement écarté l’option juridique et politique de la solution.

Nous dénonçons et condamnons le fait que le pouvoir se serve chaque fois des partis politiques pour entériner des décisions déjà arrêtées ; question de faire croire à l’opinion nationale et internationale, que ces évènements sont le fruit d’un consensus politique minimum.

En un mot, par ces manœuvres politiciennes, les partis politiques sont utilisés comme caution pour légitimer le bricolage politico-juridique du Gouvernement.
Ce régime cherche toujours à ce que tout soit fait selon ses désirs et non pas selon l’intérêt général, les exigences de la démocratie.

Les partis politiques sont par contre farouchement attachés à la démocratie. Ils sont donc farouchement opposés à la mise en œuvre de la « solution technique » partielle que le Gouvernement croit avoir trouvé pour le maintien du mandat des démembrements de la CENI. Il ne saurait être question de vouloir régler les problèmes politiques et juridiques par des solutions techniques comme chaque fois que le Gouvernement est empêtré dans les affaires électorales.

Si le gouvernement veut une bonne solution à cette question, il doit accepter de prendre le temps de s’asseoir avec toutes les parties concernées par le Code électoral, afin qu’ensemble, nous ayons la possibilité de corriger les multiples insuffisances constatées, les pièges latents introduits dans le Code électoral à la faveur des révisions partielles hâtivement décidées et passées en force.

Toute autre méthode est inacceptable parce que refusant en fait la démocratie, l’équité et la transparence dans un domaine aussi important que les élections pour la représentation des différentes composantes de la Nation. Les partis politiques d’opposition ne peuvent donner leur accord à de telles méthodes ; s’ils le faisaient, ce serait une complicité suicidaire !

Ouagadougou, le 22 février 2006

Ont signé :
GDP – PDS – CPS - PAREN - UNIR/MS - CDS - UNDD - FDS - PAI - MDR - PFID - PNR/JV - FPC/YELEMANI

 





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