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San Finna N°352 du 27 Février au 05 Mars 2006
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CLARA ROJAS,
L’OTAGE MAL RECOMPENSEE DE SA FIDELITE A INGRID BETANCOURT

Si l’on dit « Ingrid Betancourt », il y a des chances que même dans les coins les plus reculés de Rawalpindi au Pakistan ou de Niou au Burkina Faso, il se trouve quelqu’un pour dire qui elle est. Mais si on dit « Clara Rojas », beaucoup à Pretoria, même à Paris ou à Los Angeles, donneront leurs langues au chat. Pourtant, d’une certaine façon, Ingrid Betancourt et Clara Rojas sont les deux faces d’une même pièce, la pièce de la prise d’otage qui a amené Ingrid Betancourt, Présidente de « Oxigeno Verde » (Oxygène vert) et Clara Rojas, Vice-Présidente du même parti, à être enlevées par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Mais voilà, si pour Ingrid Betancourt, on assiste à une mobilisation quasi permanente dans de très nombreux milieux politiques, associatifs.. pour éviter qu’elle ne tombe dans l’oubli, du côté de sa compagne d’infortune, les choses sont différentes.

Pourquoi cela ? A qui la faute ?

Il y en a qui soutiennent qu’alors que la patronne de « Oxigeno Verde » est d’un milieu huppé, qui a des relations en Colombie, en France et dans plusieurs autres pays, la seconde serait d’une origine modeste, sans fortune et sans relations. Or, le monde des relations publiques est ainsi fait que pour compter, il faut valoir son pesant d’or ou à défaut avoir les bras longs.

Mais peut-on seulement attribuer à la condition sociale, à la richesse, au carnet d’adresses cette chape de l’oubli qui pèse sur l’infortunée Clara Rojas ? On peut en douter. En effet, la jeune femme connaît, à quelques exceptions près, la même situation que Hussein Announ, le guide irakien qui avait été pris en otage en même temps que Florence Aubenas. Au début, le second souffrait aussi d’un manque de considération et d’intérêt médiatique. La chose cependant a été très vite rattrapée par ceux-là même qui luttaient pour la libération de la journaliste et même par la famille de cette dernière. Pourquoi n’en a-t-on pas fait autant pour Clara Rojas ? Pourquoi RSF, le maire Delanoé, toutes les associations caritatives qui rivalisent d’ingéniosité et d’investissement pour faire garder en mémoire Ingrid Betancourt, pourquoi les parents de cette dernière qui montent tout le temps au charbon pour fermer la porte à l’oubli, oublient-ils l’amie, la fidèle, celle qui a refusé de laisser Ingrid affronter seule les tourments, les incertitudes d’une captivité entre les griffes des terribles FARC ? Parce qu’étant arabe, Announ avait une valeur diplomatique, médiatique, transactionnelle plus forte ? La question est posée.

En tout cas, il aura fallu quatre ans, quatre ans d’ostracisme, avant que celle qui s’est sacrifiée par pure amitié, sorte de l’ombre ! C’est injuste mais c’est comme ça.
Cela nous rappelle une autre histoire d’amitié, de fidélité historique sur notre continent mais qui a fait une entrée plus juste dans le Panthéon africain des hommes de bien. C’est celle de Kémé Boureima, griot de Samory Touré, qui, poussé par les mêmes élans de fidélité, a suivi l’Almamy dans sa captivité au Gabon, vivant à ses côtés, le soutenant, l’entretenant d’espérances sur le futur jusqu’à perpétuer cette fidélité en demandant de creuser à côté de la tombe de Samory, sa propre tombe.

Bien que l’émotion soit nègre et la raison hellène, le sacrifice de Clara Rojas commandait qu’on n’attende pas quatre ans pour commencer à lui donner la place qu’elle mérite !

Donald Tondé






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