San
Finna N°352 du 27 Février
au 05 Mars 2006
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
ASSASSINAT
EN FRANCE DU JUIF ILAN HALIMI PAR LE GANG FOFANA YOUSSEF
Y AURAIT-IL RISQUE DE RECUPERATION POLITIQUE ?
La
vie politique de nos jours se nourrit beaucoup plus d’évènements
spectaculaires montés en neige pour servir les
causes les plus inavouables. Voilà une affaire
criminelle horrible qui met toute une famille dans la
désolation et qu’on veut utiliser à
des fins politiques sans attendre.
Ainsi donc, dans
l’affaire Fofana Youssef, qui a vu ce gang d’une
banlieue française prendre en otage un jeune Juif
pour rançonner sa famille avec cette horrible fin
(assassinat après actes de torture pendant quinze
jours), a-t-on très tôt senti les risques
d’une dépossession judiciaire du dossier
par les politiques aux fins d’ « énergiser
» des courants politiques. On a décidé
et tenté d’incruster dans les consciences,
que l’assassinat de Ilan Halimi par le gang ressortissait
à titre principal de la catégorie de crime
antisémite alors qu’il apparaît, en
l’état actuel de la procédure, qu’il
s’agit d’un crime crapuleux à des fins
pécuniaires qui a pu s’accompagner de quelques
considérations liées à la richesse
supposée des Juifs.
Dans le contexte dominé par l’affaire des
banlieues, par la publication et la reproduction des caricatures
du Prophète Mahomet, l’affaire pouvait constituer
un argument pour renforcer la politique d’immigration
choisie du gouvernement et faire par conséquent
l’affaire de la Droite et de l’Extrême
Droite. Aussi n’a-t-on pas hésité
à parler ouvertement et définitivement d’un
acte antisémite. Aussitôt, la nouvelle essaimée
à gauche et à droite, on a vite actionné
les réseaux multiples pour fouetter les passions
et les craintes qui caractérisent la population
multiculturelle, multiethnique de la France et rappeler
qu’il existe une loi passée à l’unanimité,
qui prévoyait des circonstances aggravantes en
cas d’antisémitisme. Les associations anti-racistes,
les mouvements juifs.. se sont donc préparés
à marcher, à faire des pétitions,
grossissant à ce point l’évènement
qu’on en arrivait même à envisager
que le président de la République, pour
le symbole, soit des marcheurs ! Il n’ira pas jusque
là mais sera à la Synagogue, jeudi dernier,
où par ailleurs on a pu constater la présence
de tout un panel de politiques pas toujours désintéressés,
loin s’en faut ! L’Extrême Gauche pour
sa part, s’est refusée à cet exercice
!
Mais faut-il s’étonner de tout cela lorsqu’on
observe comment la recherche du choc médiatique
est allée jusqu’à sortir l’affaire
Outreau du domaine réservé de la justice,
pour en faire un vulgaire show ? Tout cela n’est-il
pas la conséquence de l’enrayement des mécanismes
de la démocratie et de la crise générale
qui en résulte du fait des « holding »
des puissances politiques et d’argent sur le quatrième
pouvoir ?
En tout cas, si on avait voulu exploiter le fait que Fofana
Youssef soit ivoirien, qu’il soit donc originaire
d’un pays où les repères démocratiques
voire civilisationnels ont volé en éclats,
pour justifier la politique ivoirienne de la France, c’est
râpé dans la mesure où le régime
ivoirien, sans tapage, a mené de main de maître
les enquêtes jusqu’à mettre la main
sur le « barbare » en cavale. C’est
un signe, si petit soit-il, qu’il est possible de
contenir, même dans les pays développés,
la dénaturation à des fins politiques, des
évènements.
Ce qu’il faut souhaiter en définitive, c’est
qu’on sérénise la justice afin qu’elle
tranche en dehors des déterminants passionnels
et politiques . Si au terme des procédures, il
ne s’agit que d’un crime crapuleux, qu’on
le traite comme tel mais si la circonstance aggravante
de considération antisémite est avérée,
qu’alors les associations et les politiques entrent
conséquemment en danse et que la rigueur de la
loi s’applique !