San
Finna N°395 du
08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
FLASH
BACK SUR LE MESSAGE DU CHEF DE L’ETAT
AU SOIR DU 31 DECEMBRE 2006
Bien
que depuis quelques années, Blaise Compaoré
nous ait habitués à des messages à
la nation aseptisés pour ne pas dire insipides,
parmi les Burkinabé, il s’en trouvait pour
espérer que celui du 31 décembre 2006 sortirait
des sentiers battus. La raison essentielle de cette espérance,
c’est que le pays venait tout juste de vivre une
manifestation de colère sans précédent
de l’armée qui, loin d’apparaître
comme un fait accidentel, a éventé des problèmes
qui semblent vouloir secouer durablement la grande Muette
et partant, le pays tout entier.
Malgré les
trésors d’ingéniosité développés
pour banaliser la sédition, il est apparu clairement
pour le plus grand nombre que le miroir était brisé.
Le socle sur lequel reposait le pouvoir, son fonds de
commerce c’est-à-dire la maîtrise des
institutions, de l’armée (qui le rendait
si incontournable au plan sous régional, régional
voire africain) , a volé les 19, 20 et 21 en éclats.
Du coup, les mises en garde de certains opposants, leur
appel à une pause nationale pour repenser nos institutions,
reconstruire nos mœurs politiques, revêtent
plus d’importance.
Mais le chef de l’Etat a choisi de faire comme si
de rien n’était. Il a certes abordé
cette question de la révolte militaire mais tout
le monde retiendra que cette évocation ne s’est
pas faite sur un ton et dans un temps qui resituent toute
son importance à l’évènement.
Il a tout simplement surfé sur le sujet, ne s’empêchant
pas de faire dans la contradiction. En effet, les Burkinabé
auront remarqué qu’alors que la veille, il
était répandu dans les médias qu’il
n’y aurait pas de sanctions, il a eu ses propos
: « injustifiable ». Pas de traitement profond
de la crise. Voilà la première déception
et la plus grande que l’on retiendra de la prestation
de Blaise Compaoré.
A partir de là, tout le reste suivra naturellement.
Les propos convenus sur la croissance tranquille du pays
qui ne se dément pas depuis 10 ans et qui donne
des bases économiques solides et enviées
au Burkina Faso. Sur la même lancée, le discours
sur la stabilité des institutions sera resservi
à un moment où justement, cette dernière
était mise à mal par un ras-le-bol sans
précédent de l’armée mais aussi
de la population, et qui depuis se poursuit.
Discours surréaliste dont on mesurera toute l’ampleur
au sujet du dialogue. Sans retenue, le chef de l’Etat
dépeindra le dialogue comme une réalité
vivante de notre pays, comme la marque de son régime
et du génie des Burkinabé.
Quand on pense à l’emprise monopolistique
et personnelle du chef de l’Etat sur les organes
constitutionnels, sur les médias, les instruments
électoraux, les organisations religieuses, coutumières,
professionnelles, les partis politiques et quand on pense
aux conséquences qui en résultent en terme
de formatage de l’opinion, de structuration de la
pensée unique, on ressent comme un mépris
cette affirmation sur la réalité du dialogue
démocratique. Du reste, toute la vie de la 4ème
république se résume à des semblants
de dialogue en période de crise, à une théâtralisation
autour de forums, d’assises, de concertations..
qui permettent au pouvoir de mettre en scène des
formules de dialogue qui tournent toujours court. L’expérience
a en effet suffisamment démontré que tout
ce qu’il donne au cours de ces échanges,
il le reprend de l’autre main, une fois la crise
surmontée. Par ailleurs, non seulement les organes
de l’Etat ne sont pas vivifiés par le dialogue
mais la vie politique elle-même est asséchée
puisque jamais les partis ne sont consultés sur
des questions d’intérêt national et
international. Aujourd’hui, Blaise Compaoré
reparle de concertation avec les corps constitués
sans se rendre compte que le sujet est éculé,
que le disque est rayé.
Le discours du 31 faisait décalé. Il sonnait
même creux. Mais ce n’est pas tout. Il a donné
le sentiment que Blaise Compaoré et ses conseillers
étaient sur une autre planète. Dès
l’annonce de son allocution, cette impression était
persistante. La surabondance d’images sur le palais
de Gosyam, la profusion de lumières, de clinquant,
de couleurs, de colifichets (pas toujours de bon goût)
n’étaient pas du tout en rapport avec la
situation faite de difficultés à vivre,
de frustrations politiques, économiques, sociales,
militaires des Burkinabé.
L’heure était si grave que l’on aurait
plutôt vu un Blaise Compaoré parlant dans
un cadre plus sobre, sans volonté d’en imposer,
d’épater le bourgeois, de faire rêver…
Le décor, le propos jusqu’au chef de l’Etat
filmé de loin et dans un jeu de lumières
avenant, sentaient le maquillage, la rupture avec les
réalités.
Au moment où la colère des militaires semble
se structurer, se généraliser puisqu’après
les 19, 20 et 21, le 29 décembre elle s’est
invitée à Gounghin, que le 30, elle s’est
déportée à Kaya pour resurgir le
31 à Bobo-Dioulasso, il nous est apparu nécessaire
de faire réagir les Burkinabé dans leur
diversité pour avoir leur sentiment non seulement
sur le discours du chef de l’Etat mais sur la crise
dans laquelle le pays semble s’installer.