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San Finna N°395 du 08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
  

Tribune de la femme

PRIVATISATION DE L’ONATEL
ENTRETIEN AVEC JEAN MATHIAS LILLIOU
SECRETAIRE GENERAL DE LA CONFEDERATION SYNDICALE DU BURKINA

L’Office national des télécommunications, notre ONATEL, a été privatisée la semaine dernière. La société heureuse élue a eu droit à 51 % des actions pour la bagatelle de 144 milliards de fcfa. D’autres sociétés poursuivaient avec hargne cette opportunité mais elles proposaient bien moins que Maroc Télécom. Nous avons essayé en vain d’avoir des informations auprès des instances dirigeants du Syndicat national des travailleurs des télécommunications mais ne sommes pas au bout de nos forces. Qu’à cela ne tienne, nous avons rencontré pour tous nos lecteurs, l’appréciation de Mr Jean Mathias Lilliou sur le sujet ainsi que sur les actions à venir du mouvement syndical. Il n’y est pas allé par quatre chemins. Lisez donc !

San Finna : Que retenez-vous des privatisations qui ont été effectuée ces dernières années au Burkina Faso ?

Jean Mathias Lilliou (JML) : Je vous remercie. Je suis Jean Mathias Lilliou, Secrétaire général de la Confédération Syndicale du Burkina (CSB). Ce que je retiens des privatisations de ces dernières années, c’est qu’en dépit du fait que les Etats généraux des organisations syndicales qui se sont tenues en juillet 1991 aient rejeté le principe même de privatisation et les P.A.S., nous avons constaté avec amertume que ces différentes recommandations faites à l’endroit des pouvoirs publics, n’empêchent pas que se fassent des privatisations tous azimuts. Alors, nous retenons que les privatisations faites ont jeté des milliers de travailleurs dans les rues.

Nous avons eu, en décembre 2001, à mener des investigations au niveau des différentes sociétés qui ont été privatisées et avons constaté dans un arrêt provisoire que nous avons perdu 5130 emplois (notamment au niveau des grandes sociétés telles que la B.N.D., Faso Yaar, Faso Fani et autres). Nous avons à l’époque donc, remis cette étude à l’Etat, au gouvernement, pour attirer leur attention sur le fait que les privatisations ne sont pas une panacée. Ce que nous retenons, c’est que ce sont les travailleurs qui paient toujours le lourd tribut ; ce sont toujours eux qui sont jeté dans les rues, grossissant du coup le taux de chômage déjà très élevé.

San Finna : L’ONATEL a définitivement été privatisée la semaine dernière. Que dites-vous de cela alors que le sujet n’a plutôt pas été décrié au moins pour le moment ?

JML : Nous avons tous effectivement écouté à la radio la privatisation de l’ONATEL. Il faut dire qu’au départ, relativement à cette privatisation, les camarades militants qui sont au niveau du SYNATEL (avec les délégués du personnel) ont emboîté le même chemin que les organisations syndicales, les centrales syndicales. Ils ont décrié donc les privatisations. Seulement nous avons constaté comme un non suivi. Sinon, les camarades de l’ONATEL eux-mêmes disaient qu’il fallait d’abord vendre l’ONATEL à un partenaire stratégique. De partenaire stratégique, ils sont allés dire que l’ONATEL devrait passer par l’actionnariat populaire.

Aujourd’hui, cette privatisation a été faite, et l’ONATEL est allée dans les mains de Maroc Télécom. Les travailleurs sont restés cois parce que nous n’avons jamais entendu parlé ni lu dans les journaux, la dénonciation de cette privatisation. Je dis donc que s’il n’y a pas eu une dénonciation au niveau de l’ONATEL par les travailleurs, certainement c’est parce que cette privatisation est pour eux une bonne privatisation. S’ils sont restés calmes, cela veut dire que Télécom Maroc a donc rencontré leur assentiment.

Je crois savoir (même si je n’ai pas lu le cahier de charges) qu’au niveau de cette privatisation sur cinq ans, il ne devrait y avoir un plan social. L’Etat en tout cas est resté ferme sur sa décision parce qu’il est très rare de voir une société privatisée sans un plan social : licenciements, départs volontaires… Le volet social a été en tout cas pris en compte par le gouvernement. Je me dis donc que c’est peut-être compte tenu de tout cela que les travailleurs n’ont rien dit pour l’instant.

De toutes les manières, au cas où l’entreprise acquéreuse de l’ONATEL ne respecte pas les termes du cahier de charges, l’Etat est en droit de retirer l’ONATEL. Dans cette privatisation, les travailleurs bénéficient de 6 % des actions et doivent apporter leur concours à dénoncer les dérives essentielles.

San Finna : La privatisation de la SONABHY est prévue pour cette année : qu’en dites-vous ?

JML : Il avait été dit que le 1er janvier, la SONABHY devait être privatisée. Mais lors des négociations, nous nous n’avons jamais demandé la privatisation de la SONABHY. Du reste, nous, nous sommes restés constants dans nos revendications : nous avons dit que nous sommes contre les PAS et les privatisations tous azimuts. C’est vrai qu’on nous parle de libéralisation mais elle ne doit pas être un motif pour les tenants du pouvoir pour brader nos différentes sociétés d’Etat. Vous n’êtes pas sans ignorer que les société qu’on doit privatiser sont des sociétés qui ne marchent pas comme il faut et dans lesquelles le gouvernement injecte des fonds. De par le passé, il y a eu des sociétés telle FASO YAAR qui a connu des difficultés. Malgré tout, cette société ne devait même pas subir ce sort parce qu’elle soutenait beaucoup les populations même les plus reculées. C’est pour cela que le prix du litre d’huile –par exemple- était le même à Ouaga comme à Gorom. On ne peut pas comprendre que l’Etat se désengage de l’Ecole de la santé, des hydrocarbures, de l’électricité…

Au niveau de la SONABHY, nous sommes formellement opposés à sa privatisation. Nous avions proposé que des appels d’offres soient faites uniquement dans la partie transport de la société pour qu’elle reste celle qui va toujours nous envoyer du bon carburant. Si la SONABHY est privatisée aujourd’hui, cela va être très dramatique : il va y avoir des pertes d’emplois, des pertes fiscales, et nous risquons de ne plus avoir de bon carburant…

Privatiser, c’est mettre en avant le gain. Alors que dans les mains de l’Etat, le côté social est quand même respecté et permet d’éviter que nos populations se révoltent. Nous avons rencontré les camarades de la SONABHY qui nous ont donné un certain nombre d’informations, et nous attendons de voir ce qui va se passer. Dans tous les cas, cela fait partie de nos débats de 2007 dans le cadre donc de la libéralisation dans le domaine des hydrocarbures.

San Finna : Comment va le mouvement syndical au Burkina Faso et comment comptez-vous aborder l’année 2007 ?

JML : Pour nous, cette année augure de bons auspices si le gouvernement doit respecter ses engagements. Nous irons à la table des négociations pour les sujets qui n’ont pas trouvé de réponses telles que les augmentations de salaire, la réduction de la structure des prix des hydrocarbures. Ce sont des points très importants pour nous. Nous n’omettrons pas les frais de scolarité. Voilà donc un peu annoncé ce qui nous attend en 2007.

Propos recueillis par Bala Sibiri





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