PRIVATISATION
DE L’ONATEL
ENTRETIEN AVEC JEAN MATHIAS LILLIOU
SECRETAIRE GENERAL DE LA CONFEDERATION SYNDICALE DU
BURKINA
L’Office
national des télécommunications, notre
ONATEL, a été privatisée la semaine
dernière. La société heureuse élue
a eu droit à 51 % des actions pour la bagatelle
de 144 milliards de fcfa. D’autres sociétés
poursuivaient avec hargne cette opportunité mais
elles proposaient bien moins que Maroc Télécom.
Nous avons essayé en vain d’avoir des informations
auprès des instances dirigeants du Syndicat national
des travailleurs des télécommunications
mais ne sommes pas au bout de nos forces. Qu’à
cela ne tienne, nous avons rencontré pour tous
nos lecteurs, l’appréciation de Mr Jean
Mathias Lilliou sur le sujet ainsi que sur les actions
à venir du mouvement syndical. Il n’y est
pas allé par quatre chemins. Lisez donc !
San
Finna : Que retenez-vous des privatisations qui ont
été effectuée ces dernières
années au Burkina Faso ?
Jean
Mathias Lilliou (JML) :
Je vous remercie. Je suis Jean Mathias Lilliou, Secrétaire
général de la Confédération
Syndicale du Burkina (CSB). Ce que je retiens des privatisations
de ces dernières années, c’est qu’en
dépit du fait que les Etats généraux
des organisations syndicales qui se sont tenues en juillet
1991 aient rejeté le principe même de privatisation
et les P.A.S., nous avons constaté avec amertume
que ces différentes recommandations faites à
l’endroit des pouvoirs publics, n’empêchent
pas que se fassent des privatisations tous azimuts.
Alors, nous retenons que les privatisations faites ont
jeté des milliers de travailleurs dans les rues.
Nous avons eu, en décembre 2001, à mener
des investigations au niveau des différentes
sociétés qui ont été privatisées
et avons constaté dans un arrêt provisoire
que nous avons perdu 5130 emplois (notamment au niveau
des grandes sociétés telles que la B.N.D.,
Faso Yaar, Faso Fani et autres). Nous avons à
l’époque donc, remis cette étude
à l’Etat, au gouvernement, pour attirer
leur attention sur le fait que les privatisations ne
sont pas une panacée. Ce que nous retenons, c’est
que ce sont les travailleurs qui paient toujours le
lourd tribut ; ce sont toujours eux qui sont jeté
dans les rues, grossissant du coup le taux de chômage
déjà très élevé.
San
Finna : L’ONATEL a définitivement été
privatisée la semaine dernière. Que dites-vous
de cela alors que le sujet n’a plutôt pas
été décrié au moins pour
le moment ?
JML
:
Nous avons tous effectivement écouté à
la radio la privatisation de l’ONATEL. Il faut
dire qu’au départ, relativement à
cette privatisation, les camarades militants qui sont
au niveau du SYNATEL (avec les délégués
du personnel) ont emboîté le même
chemin que les organisations syndicales, les centrales
syndicales. Ils ont décrié donc les privatisations.
Seulement nous avons constaté comme un non suivi.
Sinon, les camarades de l’ONATEL eux-mêmes
disaient qu’il fallait d’abord vendre l’ONATEL
à un partenaire stratégique. De partenaire
stratégique, ils sont allés dire que l’ONATEL
devrait passer par l’actionnariat populaire.
Aujourd’hui, cette privatisation a été
faite, et l’ONATEL est allée dans les mains
de Maroc Télécom. Les travailleurs sont
restés cois parce que nous n’avons jamais
entendu parlé ni lu dans les journaux, la dénonciation
de cette privatisation. Je dis donc que s’il n’y
a pas eu une dénonciation au niveau de l’ONATEL
par les travailleurs, certainement c’est parce
que cette privatisation est pour eux une bonne privatisation.
S’ils sont restés calmes, cela veut dire
que Télécom Maroc a donc rencontré
leur assentiment.
Je crois savoir (même si je n’ai pas lu
le cahier de charges) qu’au niveau de cette privatisation
sur cinq ans, il ne devrait y avoir un plan social.
L’Etat en tout cas est resté ferme sur
sa décision parce qu’il est très
rare de voir une société privatisée
sans un plan social : licenciements, départs
volontaires… Le volet social a été
en tout cas pris en compte par le gouvernement. Je me
dis donc que c’est peut-être compte tenu
de tout cela que les travailleurs n’ont rien dit
pour l’instant.
De toutes les manières, au cas où l’entreprise
acquéreuse de l’ONATEL ne respecte pas
les termes du cahier de charges, l’Etat est en
droit de retirer l’ONATEL. Dans cette privatisation,
les travailleurs bénéficient de 6 % des
actions et doivent apporter leur concours à dénoncer
les dérives essentielles.
San
Finna : La privatisation de la SONABHY est prévue
pour cette année : qu’en dites-vous ?
JML
:
Il avait été dit que le 1er janvier, la
SONABHY devait être privatisée. Mais lors
des négociations, nous nous n’avons jamais
demandé la privatisation de la SONABHY. Du reste,
nous, nous sommes restés constants dans nos revendications
: nous avons dit que nous sommes contre les PAS et les
privatisations tous azimuts. C’est vrai qu’on
nous parle de libéralisation mais elle ne doit
pas être un motif pour les tenants du pouvoir
pour brader nos différentes sociétés
d’Etat. Vous n’êtes pas sans ignorer
que les société qu’on doit privatiser
sont des sociétés qui ne marchent pas
comme il faut et dans lesquelles le gouvernement injecte
des fonds. De par le passé, il y a eu des sociétés
telle FASO YAAR qui a connu des difficultés.
Malgré tout, cette société ne devait
même pas subir ce sort parce qu’elle soutenait
beaucoup les populations même les plus reculées.
C’est pour cela que le prix du litre d’huile
–par exemple- était le même à
Ouaga comme à Gorom. On ne peut pas comprendre
que l’Etat se désengage de l’Ecole
de la santé, des hydrocarbures, de l’électricité…
Au niveau de la SONABHY, nous sommes formellement opposés
à sa privatisation. Nous avions proposé
que des appels d’offres soient faites uniquement
dans la partie transport de la société
pour qu’elle reste celle qui va toujours nous
envoyer du bon carburant. Si la SONABHY est privatisée
aujourd’hui, cela va être très dramatique
: il va y avoir des pertes d’emplois, des pertes
fiscales, et nous risquons de ne plus avoir de bon carburant…
Privatiser, c’est mettre en avant le gain. Alors
que dans les mains de l’Etat, le côté
social est quand même respecté et permet
d’éviter que nos populations se révoltent.
Nous avons rencontré les camarades de la SONABHY
qui nous ont donné un certain nombre d’informations,
et nous attendons de voir ce qui va se passer. Dans
tous les cas, cela fait partie de nos débats
de 2007 dans le cadre donc de la libéralisation
dans le domaine des hydrocarbures.
San
Finna : Comment va le mouvement syndical au Burkina
Faso et comment comptez-vous aborder l’année
2007 ?
JML
:
Pour nous, cette année augure de bons auspices
si le gouvernement doit respecter ses engagements. Nous
irons à la table des négociations pour
les sujets qui n’ont pas trouvé de réponses
telles que les augmentations de salaire, la réduction
de la structure des prix des hydrocarbures. Ce sont
des points très importants pour nous. Nous n’omettrons
pas les frais de scolarité. Voilà donc
un peu annoncé ce qui nous attend en 2007.
Propos
recueillis par Bala Sibiri