Mise à jour le 07/01/2007
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San Finna N°395 du 08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

A vue de monde

LE DIALOGUE INTER-IVOIRIEN
DES RAISONS DE DOUTER ET D’ESPERER

La suite que vient de donner Guillaume Soro à l’offre de dialogue direct Pouvoir/Forces Nouvelles pour mettre à plat les problèmes du pays alimente les commentaires en Côte d’Ivoire comme à l’extérieur. Comment faut-il comprendre la posture que vient d’adopter Guillaume Soro qui, tout en étonnant par ses ouvertures reste rivé sur la seule boussole de la Résolution 1721 ?

Cette ambivalence suffit à conclure pour certains qu’il ne faut rien attendre des Forces Nouvelles. Son premier responsable n’a pas seulement donné une réponse de Normand à Laurent Gbagbo ; il a montré que le mouvement n’était pas prêt pour prendre sa main tendue et se préparer à rentrer dans la République. Rien ne coûtait en effet au leader du Nord de donner une réponse d’acceptation claire quitte à montrer, en montant haut les enchères, que les discussions seront âpres. Mais il a choisi de rester encore dans le clair-obscur et du coup, on en vient à se demander si au-delà de cette position, ce ne sont pas les parrains de toujours qui tirent les ficelles. Nul n’ignore que déclenchée dans l’hypocrisie, la crise se gère toujours dans l’hypocrisie. Si en effet, au fil du temps, on parle de moins en moins du rôle des pays frères, notamment burkinabé, dans les évènements qui se sont déclenchés le 19 septembre 2002, c’est tout simplement parce qu’on a décidé de faire comme si et ce dans l’espoir de prédisposer les uns et les autres à donner une chance à la paix. On sait que si ces parrains donnent leur feu vert au dialogue inter ivoirien, les Forces Nouvelles ne peuvent que suivre.

Le pessimisme cultivé à la suite du message de Guillaume Soro tient donc au fait que les esprits ne seraient pas encore prêts, que du côté de ceux qui ont commandité ou de ceux qui profitent de cette situation de crise, on freine des quatre fers pour ne pas que l’on conclue la paix des braves. On va même jusqu’à disséquer la révolte militaire survenue au Burkina Faso pour voir si elle ne vient pas d’un calcul machiavélique imputable au pouvoir burkinabé ou aux profiteurs du conflit ivoirien.

Par ailleurs, la récente officialisation de la Police et la Gendarmerie des Forces Nouvelles vient comme contredire les demandes fondamentales du pouvoir relatives au redéploiement de l’administration républicaine au Nord, de reconstitution de l’homogénéité du territoire national.

Mais d’un autre côté, on imagine mal que les soutiens continuent à vouloir enferrer la Côte d’Ivoire dans la crise. Les évolutions sont telles au plan international et à l’intérieur des différents pays impliqués dans la crise que le temps est réellement à l’accalmie et c’est un signe du reste qu’au plan de la communauté internationale, on se fasse à l’idée que toutes les recettes ayant été essayées, il convient maintenant de laisser les Ivoiriens en tête à tête pour régler leurs problèmes.

C’est dire qu’il ne faut pas peindre en noir le propos de Guillaume Soro. Il a dit des choses qu’il n’a jamais pu dire par le passé, qui montrent sa prédisposition à accepter la main tendue. Il faut comprendre qu’après quatre ans d’un conflit qui a été lourd en pertes de vies humaines, en dégâts matériels et en traumatismes de toute nature, il ne peut pas de butte en blanc accepter le dialogue direct et tomber dans les embrassades avec son plus cher ennemi. Il apparaîtrait comme un vendu et il se mettrait en difficulté avec ceux qui, dans la rébellion, savent qu’ils seraient perdants dans la guerre soit parce qu’ils ne pourraient pas être intégrés dans l’appareil gouvernemental ou dans l’armée, soit qu’ils perdraient des positions lucratives obtenues à la faveur de la crise. Un des indices qui crédite l’ouverture des Forces Nouvelles, c’est cette volonté d’occupation de l’espace de l’opposition de se présenter comme le véritable contre-pouvoir politique. De fait, en critiquant l’opposition civile de façon aussi directe, le numéro un des Forces Nouvelles montre non seulement un peu d’indépendance mais laisse entendre qu’il pourrait prendre la décision de négocier directement avec le pouvoir.

C’est sans doute pour toutes ces raisons que l’on constate jusque dans la presse généralement très divisée, très agressive, une position modérée par rapport à la réponse de Guillaume Soro. Quoi qu’il en soit, les jours prochains ne manqueront pas de nous situer sur l’avenir de ce dialogue inter ivoirien.

V.T






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