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San Finna N°395 du 08 au 14 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

 

Tribune de la femme

* Info ou intox ? Il sourde que des Marocains pourraient venir s’occuper de la sécurité rapprochée du chef de l’Etat. La perspective serait difficile à accepter pour un pays qui depuis l’indépendance a montré son hostilité à toute forme de sujétion militaire extérieure.

* Ce 3 Janvier 2007, les syndicats comme chaque année, ont commémoré le soulèvement populaire du 3 janvier 1966. Des Burkinabé auraient été quelque peu choqués de la virulence des propos contre le premier président, estimant qu’après tant d’années, on aurait pu un peu passer l’éponge surtout que, comme l’a écrit le patron du Pays, Boureima Jérémie Sigué (du 4 janvier 2007), les pères des indépendances « avaient l’excuse du temps et de la jeunesse des Etats ». Il faut reconnaître que comparativement, les propos ont été nettement moins durs concernant les tenants du pouvoir actuel, comptables pourtant de tant de crimes, de sang, d’ingérences multiples, d’hégémonisme économique.

* El Hadj Dabo Amadou, Vice-Président de l’UNDD et Député à l’Assemblée nationale, interpellé par un CRS qui s’inquiétait de ce que le parti demande la suppression du corps, aurait renvoyé ce dernier à la communication du député Salif Ouédraogo qu’il a faite sur la question et dont les termes sont clairs : « Les réponses particulières concernent stricto sensu l’armée, son organisation, son fonctionnement, ses rapports avec la police, savoir s’il faut réduire les compétences de la compagnie républicaine de sécurité à défaut de la supprimer, trouver une réponse aux demandes de règlement des indemnités dues au titre des missions ; trouver un compromis pour les questions liées à la couverture sanitaire et à la retraite». Après quoi, le député DABO aurait expliqué que dans sa communication à lui, il a fait une rétrospective de la Compagnie depuis la première République jusqu’à nos jours en passant par la FIMAT qui n’a jamais été réellement acceptée par les militaires et que le propos du parti, qu’il a répercuté, était d’inciter le pouvoir mais aussi tous les Burkinabé à ne pas fuir le débat et à l’aborder dans son aspect technique comme dans la généralité des demandes liées à la gestion même du pays.

* Est-il vrai que les anciens militaires classe 80, 81 voulaient faire aussi leur démonstration le 5 janvier 2007 ? C’est le bruit qui a couru et qui tend à confirmer que la série pourrait continuer.

* Le dernier numéro d’Afrique Education actuellement en ligne, a reproduit l’entretien que cet organe a eu avec Mustapha Niasse, candidat à la prochaine présidentielle sénégalaise de février 2007. La dernière question a retenu notre attention : « Au moment où je recueille cette interview, le président Wade suit discrètement un traitement de chimiothérapie à Besançon selon nos diverses sources. Le leader des libéraux qui est le troisième doyen des chefs d’Etat de la planète après Fidel Castro de Cuba et Robert Gabriel Mugabe du Zimbabwe, doit-il se succéder à lui-même ? La sagesse aurait voulu que le président se retire comme un certain Nelson Mandela en Afrique du Sud. Je doute très fort qu’il puisse le faire ».

* Si Monseigneur Philippe Ouédraogo n’était pas très connu au Burkina Faso, aujourd’hui il le sera et même au-delà des frontières nationales pour avoir osé tenir les propos qu’il a tenus en réaction au dernier message à la nation du chef de l’Etat. Il a en effet fait dans une position de rupture qui n’est pas coutumière dans la hiérarchie catholique. Mais plus important, il a su avoir les mots qu’il fallait pour traduire les déceptions populaires. Sa sortie pour flétrir la gestion du pays et particulièrement la sempiternelle référence à la croissance positive a été particulièrement remarquée. Il a su dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et notamment que le peuple n’est pas en attente de beaux mots mais d’actes, qu’il n’est pas en contemplation devant le lustre de Ouaga 2000 mais tenaillé par les affres de la pauvreté, de l’insécurité. Il a montré qu’une croissance digne de ce nom doit se sentir dans les transferts sociaux, de la vie des Burkinabé lambda. Du coup, il s’est situé dans cette mouvance réhabilitante qui a été particulièrement valorisée par l’Eglise Famille de Dieu en novembre 2006 et dont nous nous sommes fait l’écho dans un entretien accordé par son Secrétaire national, François de Sales Bado, publié dans notre numéro 390 du 20 au 26 novembre 2006.

* Parmi les recettes imaginées par le Chef suprême des armées pour contenir l’expansion de la sédition militaire, il y aurait, à ce que dit dame rumeur, le transfert des armes des différents corps à Pô. Certains disent même que les munitions auraient déjà rejoint le chef-lieu du Nahouri. D’autres avancent qu’il n’en est rien et que les discussions se poursuivraient mais seulement sur le point d’enlever les percuteurs des différentes armes. Mais tout comme l’éventualité de la venue des Marocains, cette rumeur rencontre de fortes résistances, les militaires estimant que ce serait un moyen d’émasculer l’armée et de permettre l’émergence d’une contre armée sans compter qu’il pourrait en résulter de graves risques sécuritaires.

* On ne finit pas de dénombrer les dégâts matériels causés par le coup de sang des militaires. A l’Eau Vive par exemple, de nombreuses portes vitrées et fenêtres ont été impactées par de nombreuses balles. Les assurances risquent de ne pas vouloir payer pour de tels évènements s’apparentant à des cas non répertoriés, imprévisibles… Qui va alors payer, à quelle hauteur et quand ? Chacun est dans l’expectative !

* Y aurait-il un coup de froid dans les relations entre Blaise Compaoré et ATT ? La rumeur va bon train depuis que le locataire de Koulouba a revisité ses prises de position par rapport à la Côte d’Ivoire pour quelque peu s’inscrire au nombre des nationalistes africains qui prônent le respect de la Constitution ivoirienne et de la légitimité de ses institutions. On dit que cela expliquerait même certaines rencontres au niveau militaire qui auraient été renvoyées sine die. On craindrait des torpilles venues du Faso qui pourraient réveiller quelques irrédentismes au Mali !

* Le Capitaine Ouali et le Sergent Naon ont décliné l’offre de libération faite par les militaires qui ont ouvert les portes de la MACO le 20 décembre dernier. Dans l’opinion, certains espéraient qu’en guise d’apaisement sinon de récompense, le chef de l’Etat prendrait une mesure de clémence en fin d’année pour leur permettre de recouvrer la liberté. Apparemment, cela ne semble pas être dans ses calculs puisqu’on n’a rien vu dans ce sens !

* L’Onatel a été privatisée et c’est Maroc Telecom qui devient l’actionnaire majoritaire de la boîte avec 51 %. Ce qu’on note, c’est que la chose a été prise comme en catimini en fin d’année, à un moment où les Burkinabé avaient le regard rivé sur d’autres questions capitales pour la nation !

* Justement, sur le sujet, info ou intox, on annonce que lors du dépouillement des offres au moment de la privatisation de l’ONATEL, des sociétés fictives sans statuts légaux étaient en lice. On dit qu’il s’agissait d’un regroupement des mêmes initiés et on cite entre autres des entreprises qui se faisaient appeler Burkina 1 et Burkina 2. Fort heureusement, la vigilance d’un certain nombre de ministère et la faiblesse de leurs propositions ont été la cause de leur élimination.

* Au PDDEB, la contestation continue. Alors que quelques-uns se félicitent que le maître des lieux ait retapé les bâtiments et les ait convenablement rééquipés avant de mettre fin au détachement de tous les fonctionnaires qui y étaient planqués (en les renvoyant à leur ministère de tutelle), d’autres ont un avis tout à fait contraire. De l’avis de certains observateurs, tout semble se poursuivre comme par le passé et laisserait croire que le laisser faire bénéficierait d’appuis haut placés s’il n’y trouve pas son origine qui fait que chacun se joint à la curée, assuré de l’impunité. La cérémonie de présentation des vœux, qui a eu lieu le 5 janvier 2007 a donné l’occasion pour quelques-uns présents de constater que ceux qui disent que le PBDEB est une vache à lait n’ont pas tort. A un moment où l’éducation connaît des problèmes innommables, que nombre d’enseignants crient famine parce qu’ils n’ont pas leurs salaires, que dans les campagnes des écoles sont sans bancs, qu’a-t-on vu sur les lieux ? Eh bien, toute une cour pavée, des murs ravalés à la tyrolienne, l’intérieur d’un bâtiment totalement carrelé. Evidemment, quand on voit ce qui se passe à Ouaga 2000, on peut considérer ça comme du pipi de chat mais il n’en reste pas moins que ça choquerait jusqu’aux bailleurs de fonds qui ne s’expliquent pas de telles dépenses quand on sait que nombre de fournisseurs du MEBA ne sont pas encore payés. Il s’agit là d’une autre de ces manières de pomper l’argent à travers des utilisations écran.

* Est-il vrai que le Colonel Bonkian a manqué de peu de perdre le commandement de sa région militaire de Bobo-Dioulasso ? Le bruit a couru et court toujours.

* Au mérite de nos médias, ils n’ont pas occulté l’expansion de la contestation militaire. Ainsi, après les manifestations des 19, 20 et 21 décembre 2006, ils ont relevé celle du 29 décembre à Gounghin au Camp de l’Unité, celle du 30 décembre à Kaya et celle du 31 décembre à Bobo-Dioulasso. Au moins, ils n’auront pas fait le black out comme bon nombre de médias internationaux qui se sont contentés de relater comme d’habitude le train-train quotidien, histoire de montrer que tout est rentré dans le calme après les premières manifestations au terme desquelles les parties en litige ont fumé le calumet de la paix !

* A ce qu’on dit, les agents recenseurs de la province du Sahel/Dori ne sont pas contents de ne pas être payés, et pour le faire savoir, ils auraient marché le 31 décembre sur le Haut-Commissariat.

* Toujours dans la même région, le bruit court que le Gouverneur aurait élaboré un budget de quelques cent millions (rien que cela) pour la tenue de la Journée des paysans à Dori. Ce qu’il aurait reçu du Ministre de l’Agriculture serait très mais très nettement en deçà de ses prévisions et on lui aurait remonté les bretelles. Si cela est vrai, il faut s’en féliciter.

* Et pour finir, cette nouvelle insolite de l’agence Reuters : les étudiants en médecine sud-coréens utilisent désormais un robot de taille humaine dénommée Noelle pour s’entraîner à pratiquer des accouchements. Cela permet de se former dans des conditions très réalistes : « Attroupés autour de Noelle, les étudiants surveillent ses constantes et sortent le bébé de son ventre. Des lumières sur les mains et les joues du "nouveau né", qui est aussi un robot, renseignent sur son état de santé: bleu s'il y a un problème et rose si tout va bien ». On n’arrête pas le progrès !


DERNIERE MINUTE

Koudougou vient d’être gagnée à son tour par la contestation militaire ambiante. Les éléments de la garde sécuritaire pénitentiaire (GSP), qui n’en finissent pas de se plaindre de leurs conditions de travail, des difficultés qu’ils ont à joindre les deux bouts, ont décidé à leur tour de prendre le macadam le vendredi 5 janvier dans la matinée et de tirer des coups de feu en l’air. Comme ça se passe ailleurs, ils entendent de la même sorte faire pression sur le pouvoir afin d’avoir satisfaction à leurs demandes. A chacun sa méthode : aux syndicats, les grèves, aux militaires et paramilitaires, le coup de feu. A Koudougou aujourd’hui, c’est l’émoi. C’est la gendarmerie qui a été obligée d’aller remplacer la garde pénitentiaire.





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