Au
Burkina Faso, il existe une tendance significative
de la même évolution. Ils sont plus nombreux
les Burkinabé qui rappellent que nos autorités
ne sont pas blanches comme neige dans cette crise
et qu’elles ont tout intérêt non
seulement à prendre le train de la réconciliation
mais à en être même la locomotive.
L’Observateur Paalga du 8 janvier 2007 ne dit
pas autre chose dans sa célèbre rubrique
« Commentons l’Evènement »,
avec ce titre éloquent «Leçon
de sagesse pour dirigeants insouciants», qui
prévient dans le fond de ne pas « s’étonner
de ce que le couvercle de la cocotte minute finisse
par sauter » quand notamment « dans
un pays qui est l’arrière-cour naturelle
des rebelles ivoiriens, les affaires juteuses avec
la partie sous contrôle des Forces Nouvelles
sont sous le contrôle de trois (pas plus) gros
porteurs burkinabé dûment répertoriés
avec qui on sait derrière ».
Mais il en est d’autres, de médias comme
d’acteurs ou d’observateurs, à
continuer de suspecter le président ivoirien
de ne pas être franc du collier et à
rejeter ou prendre avec des pincettes sa main tendue.
C’est le cas du journal Le Pays qui, au sujet
de cette main tendue, dans son édition du 10
janvier dernier, sous le titre « Laurent Gbagbo
–Blaise Compaoré, le baiser de Judas
», est tranchant : « Convaincu qu’il
perdrait inéluctablement des élections
régulièrement conduites, Gbagbo n’est
certainement pas pressé de voir la fin de la
crise qui secoue son pays et dont il se nourrit allègrement,
au sens propre comme au sens figuré »..
Sur la question des pourparlers internes, nous publions
dans la rubrique « A vue de monde » le
point de vue de Guy Herman Bazemo, Psychopédagogue,
et faisons réagir ici des Burkinabé
approchés à cet effet.
| Christian
KONE, Président du PNR/JV : |
 |
Nous
les Africains, nous manquons souvent de confiance
en nous-mêmes. Il faut à chaque
fois qu’il y ait un problème, que
nous courions à Paris, New York ou ailleurs
pour chercher des gens pour venir les régler
à notre place. Ca nous retarde beaucoup
et ça permet à des gens de se
mêler de nos affaires intérieures
en les exploitant à leur avantage. Aujourd’hui,
le dialogue inter ivoirien que propose Laurent
Gbagbo est tout à fait de mise. Si vous
observez bien, vous verrez qu'il n'y a pas |
beaucoup qui s’inscrivent en faux contre cette
initiative. Les Nations Unies n’y sont pas opposées,
Louis Michel de l’Union européenne vient
de dire qu’il appuyait, suivant en cela plus
ou moins la position de la France (révélée
par Michel de Bonnecorse de passage récemment
chez nous) et Guillaume Soro lui-même contre
toute attente, qui n’a pas dit non. Je pense
que les Ivoiriens ont intérêt à
tourner la page en s’appropriant leur crise
mais tous les pays voisins de la Côte d’Ivoire,
en particulier le Burkina Faso, doivent aider à
concrétiser cette main tendue. Ca nous permettra
de faire oublier beaucoup de choses que nous avons
sur le dos.
Achille
TAPSOBA, Député CDP, Secrétaire
parlementaire : Je vous remercie.
 |
La
réaction de Mr Guillaume Soro par rapport
à l’initiative du président
Koudou Gbagbo, qui consiste à inviter
l’ensemble des Ivoiriens pour une dernière
tentative de réconciliation, me semble
une réaction tout à fait raisonnable.
Raisonnable dans la mesure où la crise
ivoirienne a eu tous les traitements possibles
et que le processus revienne à la dimension
ivoiro-ivoirienne, c’est bien. Ce qui
me semble important et ce qui l’est pour
tous les |
démocrates, c’est de privilégier
toujours le dialogue à d’autres voies
de règlement de comptes. On ne doit pas refuser
le dialogue même si celui qui est en face ou
celui qui vous propose le dialogue semble le faire
avec une dose de mauvaise foi, et justement, c’est
de cela qu’il s’agit.
Refuser le dialogue à cause de la mauvaise
foi, c’est soi-même s’interdire
d’exercer sa propre qualité. Deuxièmement,
il s’agit d’une question de confiance.
Monsieur Gbagbo a démontré à
plusieurs reprises à ses interlocuteurs qu’il
n’était pas de bonne foi. Il se peut
que, face à l’évolution de la
situation, celle-ci se dégrade aussi à
son niveau (NDLR : Laurent Gbagbo) avec la perte de
vitesse des Patriotes, les problèmes de contestation
de plus en plus ouverte dans son camp, avec la reprise
en main de certains milieux politiques par l’opposition.
Il y a lieu de comprendre que chacun est conscient
de la baisse de ses atouts d’où la foi
au dialogue.
Mais ne nous trompons pas ! Le dialogue en tant que
solution de résolution de la crise doit être
fondée sur une vertu cardinale : la bonne foi
!
| Annouchka
STANZLER/YAMEOGO, Secrétaire chargée
de l’environnement à l’UNDD
: |
 |
La
position du parti sur la crise ivoirienne est
bien connue. Dans les moments difficiles, nous
avons fait des propositions de sortie de crise
basées sur les causes économiques,
sociales, du conflit au lieu de nous focaliser
sur les causes secondaires qu’on a monté
en épingle comme le cliché de
l’ivoirité. Contre tous ceux qui
en appelaient directement ou indirectement à
la guerre, au renversement des autorités
légales et légitimes ou à
la mise sous tutelle de la Côte d’Ivoire,
nous avons préconisé l’approche
de sortie de crise par le mécanisme des
fonds structurels, par des investissements innovants
et structurants pour booster l’intégration
sous régionale et mieux rationaliser
les |
mouvements de population tant à l’intérieur
des pays de la sous région qu’en dehors.
Le dialogue a toujours reçu notre préférence,
et le président du parti n’a pas craint
de prendre son bâton de pèlerin pour
aller jusqu’en Côte d’Ivoire où
il a demandé à nos compatriotes qui
y vivent, de se mobiliser afin de contraindre les
autorités à entrer en pourparlers avec
leurs collègues ivoiriens pour créer
les conditions d’un véritable règlement
de la crise. Cette position est dictée par
le sentiment que nous avons toujours affirmé,
qu’à l’origine de la crise, il
y a des parrainages extérieurs qui, tant qu’ils
ne lèvent pas le pied, laisseront la situation
en l’état.
Nous sommes donc heureux de voir qu’après
avoir pris des chemins de traverse, on en vienne maintenant
à la solution de sagesse qui aurait dû
être de mise dès le départ. Mais
il n’est jamais trop tard de bien faire, et
tout le monde a intérêt à faire
en sorte que Guillaume Soro accepte résolument
la main tendue du président Gbagbo.
Ni l’UNDD ni son président ne recevront
de prix pour le courage qu’ils ont eu d’avoir
défendu en des temps de braise, des positions
qui se vérifient aujourd’hui mais ce
n’est pas grave. Que l’on suive les positions
qui se manifestent au niveau des Nations Unies, du
GTI, de la France, de l’Union européenne,
pour encourager la CEDEAO, l’Union africaine
à valider la proposition du président
ivoirien afin de mettre tout le monde à l’aise
pour ce tête à tête ivoirien de
la dernière chance. Personne ne doit se formaliser
que dans l’opération, on aide les parrains
en taisant leurs responsabilités ou qu’on
aille même jusqu’à les consacrer
faiseurs de paix lorsqu’on sait qu’ils
ont défait la paix. L’important, c’est
la paix en Côte d’Ivoire, la paix entre
la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, la
paix dans la sous région.
Arsène
SONDE, Etudiant en Sciences Eco Gestion (SEG) Université
de Koudougou : Je suis conforté dans
ma position. Je ne sais si vous vous rappelez mais
j’ai eu à intervenir dans vos colonnes
où je disais que la fin de la crise en Côte
d’Ivoire va venir par un entrechoc entre ceux
qui condamnent Laurent Gbagbo. Tenez-vous bien, ce
n’est pas fini. Même ici où des
médias font de la défense aveugle des
positions du pouvoir en place, ils auront comme on
dit, la « honte ». Il n’y a pas
longtemps, c’était ATT qui révisait
sa position…
Pour revenir à votre question, sachez que je
suis fortement d’avis avec ceux qui pensent
que le dialogue est la meilleure solution et que Soro
le demande. Nous ne pouvons que nous satisfaire quoiqu’on
reste vigilant à toute tentative de récupération
ou d’utilisation de ce dialogue. Il doit rester
ivoiro-ivoirien.
| Arthur
Michel PAGBELGEUM: |
 |
Dans
cette affaire ivoirienne, je pense qu’il
y a trop de feinteurs. A chaque fois qu’on
croit que la solution est trouvée, il
y a toujours quelque chose qui vient tout gâter
parce que chacun veut que l’affaire soit
réglée à son profit. C’est
bien que Gbagbo demande à Soro de venir,
qu’ils vont s’entendre mais est-ce
que Bédié et Ouattara et les autres,
qui sont mis de côté, vont accepter
que toutes leurs souffrances soient à
zéro ? Je ne suis |
pas
sûr. Ensuite, après tout ce que Chirac,
Compaoré, Bongo et Wade ont fait contre Gbagbo,
vont-ils brusquement changer de position sans honte
? Ca aussi, je doute beaucoup. Mais je suis aussi
sur la réserve à cause des propos flous
de ceux qui disent qu’ils ne sont pas contre
la main tendue mais qui aussitôt affirment que
tout doit se faire dans la résolution des nations
Unies. Or, cette résolution pose la manière
dont les choses doivent se passer, et cette manière
est contradictoire avec la proposition de Gbagbo.
Je dis donc que quand la CEDEAO et l’Union africaine
vont dire que maintenant, c’est le dialogue
inter ivoirien seulement et qu’une nouvelle
résolution des Nations Unies va confirmer cela,
on pourra avoir confiance et dire que vraiment, ça
va aller ; en attendant, je doute.
Jean-Pierre
OUEDRAOGO, Ligue Inter Africaine pour la transparence
démocratique (LIATD) : Je crois que
petit à petit, la crise ivoirienne est arrivée
au bout du tunnel. Lorsque j’ai entendu que
Michel de Bonnecorse ne rejette pas le dialogue inter
ivoirien, qu’il a envisagé le cas de
figure où Laurent Gbagbo est élu Président,
je me suis dit que même s’il parle toujours
de la 1721, quelque chose a changé. Quand j’ai
entendu Louis Michel de l’Union européenne
avoir des paroles conciliantes vis-à-vis de
la main tendue de Laurent Gbagbo, ça m’a
convaincu dans ma pensée. Mais quand on a entendu
sur RFI, la radio mondiale qui n’a jamais eu
la dent tendre pour Laurent Gbagbo, annoncer le réchauffement
des relations entre Paris et Abidjan, aller jusqu’à
dire que le président ivoirien est incontournable
dans la crise ivoirienne et relever qu’un diplomate
français a dit qu’on ne fera pas de crispation
sur la 1721 si le dialogue ivoirien peut déboucher
sur la résolution de la crise, je me suis convaincu
que les choses avaient réellement changé.
Je ne serai pas étonné qu’au prochain
sommet de la CEDEAO, on consacre ce revirement à
Ouagadougou et qu’on boucle ainsi la boucle
de cette crise.