MUTINERIE
AU FASO
APRES LA PROTESTATION DE LA GRANDE MUETTE
ATTENTION A LA RECUPERATION ET AUX « DEALERS
» DE TOUT ACABIT !
Au
plus haut de sa gloire, Alternance 2005 avait tenu
un meeting historique
à la Maison du peuple le 15 mai 2004 au cours
duquel, le président de l’UNDD avait
dit en substance qu’ « en dépit
de l'apparente désinvolture qu'il affiche,
le pouvoir craint trois choses : le coup d'Etat, la
commission d'enquête internationale et surtout
la désobéissance civile et la résistance
à l'oppression que le peuple peut actionner
en vertu de ses prérogatives constitutionnelles
».
Les 19, 20
et 21 décembre 2007, la vérification
empirique de ces propos a eu lieu avec la soudaine
et terrible gueulante de l’armée qui
a tenu en éveil et dans une tension extrême,
pendant des jours, Ouagadougou et tout le Burkina
Faso. Le pouvoir a effectivement eu peur jusqu’à
Blaise Compaoré lui-même qui a pu croire
que le ciel lui tombait sur la tête, que l’impossible
se réalisait.
Si pour le moment, le plus dur semble passer, les
cicatrices restent visibles de même que les
interrogations sur le futur. De cela, malgré
les artifices politiques, diplomatiques, médiatiques,
on en a conscience au plan national comme au plan
international. On sait, quoi qu’il advienne,
que quelque chose a changé et qu’il faudra
dorénavant, d’une manière ou d’une
autre, en tenir compte.
Mais pour autant, il faut rester vigilants si l’on
veut tirer le meilleur pour le pays de cette mutinerie.
Pourquoi ? Parce que les grandes crises ont toujours
donné l’occasion à des opportunistes,
à des requins tapis dans l’ombre et à
des politiques affairistes de jouer les mouches du
coche ou de faire des « deals » juteux.
C’est une constante qui s’est vérifiée
de tout temps et qui a conduit Napoléon philosophe
à constater qu’il y a ceux qui font les
révolutions et ceux qui en profitent. Il était
bien placé pour le savoir, lui qui, sans être
l’artisan de la révolution, l’a
clôturée sous Thermidor par l’instauration
de l’Empire.
Au Burkina Faso également, le constat a été
fait plus d’une fois de l’action néfaste
de ces profiteurs et margoulins politiques. On les
devine déjà à l’œuvre
avec ce frémissement de courage que l’on
sent dans l’air. Il n’y a pas longtemps
encore, tout semblait définitivement plié
pour le pouvoir. L’opposition apparaissait comme
une vaine aventure. Il fallait être aveugle,
voire simplet, pour s’y complaire au lieu de
chercher à se raccrocher au train du pouvoir
où il y a la sécurité mais surtout
à boire et à manger.
Partis politiques d’opposition, mouvements de
droits de l’homme, syndicats, intellectuels…
petit à petit, en étaient arrivés
pour la plupart, à capituler même si
le propos reste parfois empreint d’une fausse
ferveur critique. La vague, disaient-ils ouvertement
ou in petto, était trop forte pour qu’on
cherche à la contrer.
Aujourd’hui, on ne les retient plus dans leurs
critiques, dans leur appel à la mobilisation
contre ce pouvoir qui a amené la démocratie
au point zéro, creusé des sillons abyssaux
pour la pauvreté, défiguré l’armée
et tant gangrené le pays par l’impunité,
l’insécurité … Ils sont
en action pour tenter de doubler non seulement ceux
des leaders qui sont restés intransigeants,
refusant la capitulation mais même ces militaires
qui ont à la limite vendu leurs vies pour dire
que «Trop c’est trop ».
On comprend aujourd’hui que beaucoup dans le
pays en viennent à craindre que cette colère
sans précédent des militaires ne finisse
par être dévoyée par les «
dealers », les profiteurs ou même que,
par leur action combinée, le pouvoir (versé
dans l’art de retourner les colères contre
lui en sa faveur) n’en vienne à ressortir
réconforté d’une telle épreuve.
Mais pour retourner contre Djibril Bassolet l’emprunt
qu’il a fait au dicton au lendemain des 19,
20 et 21, on pourra dire qu’effectivement, «On
ne saurait marcher deux fois sur les testicules d’un
aveugle». Aux uns et aux autres, militaires
mais surtout au peuple, d’être vigilants
pour contrecarrer les plans de récupération,
d’enrichissement personnel, d’exploitations
multiples de ce sursaut patriotique et nationaliste,
quelle que soit l’ingéniosité
des uns et des autres et la profondeur des bourses
déliées.
VT