San
Finna N°397 du
22 au 27 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
REUNIONS
AU SOMMET DE LA CEDEAO ET DE L’UEMOA
A OUAGADOUGOU
Le vendredi 19 janvier 2007, la CEDEAO tenait
sa 31 ème session ordinaire à Ouagadougou.
On se souvient que le sommet, programmé pour le
20 décembre dernier, avait été reporté
compte tenu de la sédition des militaires. Ce sommet
a été suivi le lendemain par une réunion
de l’UEMOA. Voici ce qu’on ce qu’on
peut retenir de ces deux manifestations.
LA
SESSION DE LA CEDEAO
A l’ouverture du Sommet, où il y avait la
présence de 11 chefs d’Etat sur 15, tout
le monde aura remarqué l’atmosphère
particulièrement cintrée. Les caméras
ont fait voir des mines patibulaires et donné le
sentiment que l’atmosphère était à
couper au couteau. Etait-ce à cause de la délicatesse
de certains sujets inscrits à l’ordre du
jour : le dialogue inter ivoirien de Laurent Gbagbo, la
crise en Guinée, la désignation du gouverneur
de la BCEAO, du président de la BOAD ? On ne le
sait mais visiblement, ce n’était pas un
jour de fête.
La 31 ème session ordinaire de la CEDEAO se penchera
cependant sur la restructuration des institutions, la
paix, la sécurité, l’emploi, les investissements,
la crise ivoirienne.. Le chef de l’Etat Blaise Compaoré
a été porté, comme on s’y attendait,
à la tête de l’institution. Il a estimé
qu’il fallait que celle-ci soit revitalisée.
Que du train-train habituel, des exercices oratoires autour
d’une entreprise d’intégration à
laquelle personne ne croit vraiment et qui ne fait que
l’affaire de certains ! Du coup, ce sont plutôt
les petits à-côtés qui ont fait l’évènement.
Ce couac par exemple qui, dès l’entame de
la réunion, a donné l’impression que
les choses étaient « mal barrées ».
C’est en effet le quotidien ivoirien Soir Info du
20 janvier 2007 qui a vendu la mèche, révélant
que : «La garde républicaine burkinabé,
chargée d’assurer les honneurs militaires
aux chefs d’Etat, a disparu au moment où
le président Laurent Gbagbo accédait à
la salle des travaux. Finalement, le chef de l’Etat
ivoirien est entré, sans honneurs militaires, dans
la salle des plénières, où se trouvaient
déjà tous ses pairs de la CEDEAO. La scène
que nous avons suivie en direct à la télévision
du Burkina depuis Abidjan, a quelque peu gêné
la cérémonie d’ouverture ».
Cet petit incident a été relevé également
par la TNB qui a reconnu que les gardes avaient quitté
la salle, lors de son édition du samedi à
13 h 15, et elle en a imputé la faute à
la partie ivoirienne : «La seule fausse note
est venue du retard de la délégation ivoirienne
pourtant arrivée depuis jeudi » ! Même
si retard il y eut (et qui devait certainement s’expliquer),
si l’on voulait vraiment que la fête soit
belle, on aurait demandé à cette garde de
ne pas bouger !
Il y a ensuite les petits mots de la présidente
libérienne. On a préféré évidemment,
genre oblige ou parce que c’est moins gênant,
mettre l’accent sur sa petite sortie sur les élections
législatives et présidentielles qui se préparent
en 2007 en maints endroits du continents et pour lesquelles
elle souhaite qu’il y ait plus de candidatures féminines,
soulignant avec un air chagrin de circonstance «
Je me sens seule parmi tous ces hommes » ! Mais
pince sans rire (et certainement peut-être parce
qu’elle est bien placée pour connaître
ses pairs), elle a demandé que pour ces élections,
les pouvoirs en place laissent les peuples librement choisir
leurs représentants. Ca, ça n’a pas
fait le scoop et on peut très bien comprendre que
c’est parce que ça fait quelque peu désordre
et que ça porte sur les nerfs de bien de ses pairs
!
Mais il y avait quand même des questions de fond
sur lesquelles plancher.
La toute première est certainement celle de la
main tendue de Laurent Gbagbo à Guillaume Soro.
On avait déjà par avance donné les
couleurs : les Nations Unies n’y étaient
pas opposées ni l’Union Européenne,
et la France venait d’estimer qu’on pouvait
tenter le coup, allant même plus loin jusqu’à
engager un processus de retrouvailles avec le pouvoir
ivoirien. Le GTI ne pouvait que suivre le mouvement. Et
puisque les médias internationaux comme RFI annonçaient
par avance que la proposition ivoirienne serait validée
par la CEDEAO à Ouagadougou, on se disait que le
tour était joué.
Mais encore une fois, les mines faisaient planer des doutes
de même du reste que les propos. Le peu d’enthousiasme
à commenter la décision de la CEDEAO par
rapport à ce sujet, et surtout l’application
de la part du président en exercice, Blaise Compaoré,
à ne pas employer les mots de main tendue ou de
dialogue inter ivoirien (préférant de façon
appuyée, évoquer la Résolution 1721),
a pu donner à croire que le cœur n’était
pas au dialogue inter ivoirien et que peut-être,
les entourloupes restaient à venir.
Mais le président ivoirien, pour sa part, ne s’en
formalisera pas. Le communiqué officiel est en
tout cas, lui, clair : « Onze chefs d'Etat de
la Communauté économique des Etats d'Afrique
de l'Ouest (Cedeao) ont ‘salué’ vendredi
à Ouagadougou ‘l'initiative’ prise
par le président ivoirien Laurent Gbgago ‘pour
engager le dialogue’ avec le chef rebelle Guillaume
Soro. » Laurent Gbagbo s’en contente
et il a expliqué sa satisfaction à la TNB
: pour lui, l’essentiel est acquis. Après
que les Forces nouvelles et leurs alliés houphouéttistes
aient accepté le dialogue, suivis par le GTI et
par la CEDEAO, il peut dire «Amen » et annoncer
« Nous allons le mettre en route » !
Mais peut-être ne faudrait-il pas faire une fixation
sur les omissions relatives à l’évocation
de ce dialogue ou sur la référence soutenue
à la 1721. Peut-être, faudrait-il n’y
voir que des considérations de susceptibilité
diplomatique. On peut penser qu’on n’a pas
voulu faire boire le calice jusqu’à la lie
à des chefs d’Etat, à des institutions
internationales en allant jusqu’à consacrer
le triomphe de la main tendue et l’échec
de la communauté internationale, génitrice
de la 1721. Les choses doivent se faire à la douce
sinon il est clair, à partir du moment où
le ton a été donné par la diplomatie
française, qu’on ne fera pas de fixation
sur la Résolution onusienne si la main tendue peut
aider à sortir de la crise.
La dépêche de l’AFP ne semble pas poser
de doute à cet égard, qui est ainsi libellée
: « Les chefs d'Etat ont en outre ‘souligné
la nécessité de trouver une solution urgente
à la crise, basée sur le lancement immédiat
et concomitant des programmes d'identification et de désarmement
des groupes armés afin de créer les conditions
nécessaires à l'organisation d'élections
libres d'ici octobre 2007’, selon le communiqué
». Du reste, le premier Ministre Konan Banny, interviewé
par la TNB, malgré ce qu’on aurait pu penser,
n’a pas eu un sentiment différent : «On
a tort de penser que tout est bloqué ; nous sommes
en mouvement ».
On peut dire que, même s’il doit rester vigilant
pour la suite des évènements, le président
ivoirien est venu remporter une autre manche à
Ouagadougou.
L’autre
dossier croustillant, qui s’est invité avec
force au sommet de la CEDEAO, avec même parfois
le sentiment de devoir supplanter le dossier ivoirien,
c’est celui de la crise guinéenne. Tout laissait
croire, surtout à s’en remettre aux médias,
qu’à Ouagadougou, au sujet de cette affaire,
on verrait ce qu’on verrait. Si effectivement, la
crise guinéenne a été évoquée,
ce n’est pas avec le bagou annoncé ; il a
simplement été prévu d’envoyer
une délégation de haut niveau composée
de Abdoulaye Wade et de Olosogun Obasanjo mais à
la condition que le président Lansana Conté
y consente. C’est dire que ceux qui escomptaient
que la CEDEAO joue les pères fouettards en Guinée
ou qu’elle préconise quelque forme d’ingérence
qui soit, doivent faire grise mine ! Mais dans l’affaire,
il s’agit aussi de la part des chefs d’Etat,
quelle que soit leur antipathie vis-à-vis de Lansana
Conté, de ne pas préparer des verges pour
se faire fouetter eux-mêmes !
Ceci étant, le sommet de la CEDEAO a pu, comme
annoncé, convertir le Secrétariat général
de la CEDEAO en Commission et sans ambages, porter à
sa tête Mr Ibn Chambas, précédemment
Secrétaire de la CEDEAO.
LE
SOMMET DE L UEMOA
Après quoi, les chefs d’Etat et de gouvernement
de l’UEMOA sont passés, le lendemain, à
la 11 ème session ordinaire de l’institution
monétaire. L’état de l’Union
a été examiné par Mamadou Tandja,
président en exercice. Il a fait le bilan de son
action et a émis quelques inquiétudes.
Pour lui, les chantiers aux postes contrôles au
niveau des frontières sont des avancées
très positives. Il a salué le Programme
économique régional (PRE) qui va générer
quelques 3 000 milliards de FCFA et qui servira notamment
à la construction de forages, à la réalisation
d’infrastructures, au développement de l’agriculture…
Pour ce qui est de la Banque Régionale de Solidarité
(BRS), il soulignera en quelque sorte que « c’est
bon mais c’est pas arrivé » car les
taux d’intérêt appliqués sont
toujours prohibitifs, excluant de fait les couches les
plus pauvres des populations. Le premier Nigérien
proposera alors l’ augmentation du capital de la
BRS.
Blaise Compaoré a souligné qu’il fallait,
pour les Accords de partenariat économiques (APE)
prévus pour 2008, que l’Union soit soudée
pour faire prévaloir ses idées. Il a rappelé
que les APE sont un véritable « épouvantail
» pour les organisations de la société
civile (voir la nouvelle à ce sujet en Cocktail
Flash, page 12).
Par rapport au poste de Gouverneur de la BCEAO, dossier
qui apparaissait plus chaud que bien des dossiers inscrits
à l’ordre du jour de la CEDEAO et de l’UEMOA,
les désaccords ont une fois de plus neutralisé
les décisions. L’entrechoc des ambitions
a rompu les alliances tissées des mois durant et
rien n’a pu par exemple amener le Burkina Faso à
désister de sa volonté de voir consacrer
Damo Justin Barro, intérimaire de la maison depuis
deux ans, au poste de gouverneur de la BECEAO et la Côte
d’Ivoire à revenir sur le consensus initial
qui lui attribue d’office le poste de Gouverneur.
Même affaibli par la crise, le pays d’Houphouët
reste toujours le pays d’Houphouët, locomotive
de l’UEMOA. Même échec pour le remplacement
de Yayi Boni devenu président du Bénin au
poste de Président de la BOAD.
Ce ne sont pas là, il faut le reconnaître,
des leçons de responsabilité et de solidarité
qui pourtant, devraient être au cœur de l’entreprise
d’intégration ! Mais c’est bien connu
: lorsqu’il s’agit de postes juteux de ce
genre, à fort retour d’ascenseur, les chefs
d’Etat africains retrouvent leurs réflexes
nationalistes, ataviques et boulimiques.
Bref, en tout cas, on peut dire en conclusion qu’il
est un chef d’Etat, Laurent Gbagbo pour ne pas le
citer, qui aura fait un doublé avec son voyage
à Ouagadougou : revenir avec le dialogue inter
ivoirien dans sa besace et sans avoir lâché
le poste de Gouverneur de la BCEAO.