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San Finna N°397 du 22 au 27 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

IMPASSE ANNONCEE DE LA GOUVERNANCE NATIONALE
INTERROGATIONS SUR LES VOIES DE SORTIE DE CRISE

Les révolutions sont ainsi faites qu’elles s’imposent souvent de façon irrépressible, même aux victimes qui en vivent les avertissements précurseurs. Sommes-nous donc à la veille de ces changements structurels dans la gestion du pays comme à l’indépendance ou à l’avènement du 4 août 1983 ? Nul ne peut en jurer mais, en dépit d’une stabilité « labellisée », il y a des signes avant-coureurs qui ne trompent pas.

OVERDOSE GENERALISEE

Aujourd’hui dans le pays, en effet, ils ne sont pas nombreux à contester que nous évoluons à pas forcés vers l’ impasse si nous n’y sommes déjà installés. Le malaise ambiant qui évolue crescendo en des manifestations de colère et d’insoumission, en est du reste un des reflets visibles. Un malaise qui touche tous les secteurs d’activité de la vie du pays, toute l’étendue du territoire national et que les institutions grippées n’arrivent plus à résorber. C’est en vérité la pleine crise de légitimité car dans les familles, les maquis, les bureaux ou au village, c’est le même son de cloche, les mêmes démarcations vis-à-vis de la misère galopante, de l’impunité, de la corruption, de la démocratisation « dévissée » ; c’est la même sensation de blocage et plus grave, de fermeture des horizons. Nous sommes loin de la «Janviose » (NDLR : tout récent néologisme burkinabé signifiant que janvier est un mois difficile à passer car l’argent y fait encore plus défaut) et même de la « Compaorose » (popularisée par le Capitaine Ouali pour caractériser le dévoiement de la gouvernance Compaoré), à ce stade c’est d’ une overdose généralisée dont il s’agit.

Ce ne sont pas les mésintelligences qu’on cache de moins en moins au niveau du CDP et le climat qui s’y dégage que la machine est enrayée, sans perspectives de relance, qui démentiront que le peuple n’est plus en attente de replâtrage mais de rupture. Quand on y rajoute l’effet déstabilisateur des révélations récentes de Moïse Ouédraogo, frère du supplicié David Ouédraogo dans le dossier Norbert Zongo et la dernière furia de l’armée, on comprend que les dirigeants, en dépit des apparences, puissent avoir le sommeil plus que troublé. Maintenant, on n’en finit pas de se triturer les méninges, et de se poser la sempiternelle question : que faire ?

L’ARMEE COMME RECOURS

Les plus pessimistes n’y vont pas par 4 chemins : pour eux, on ne fait pas de neuf avec de l’ancien (la récupération n’a pas ici de raison d’être) ; ils ne voient que l’armée comme recours salvateur pouvant -face à la domestication de la plupart des leaders politiques, de la société civile, des confessions religieuses et de la chefferie traditionnelle- prendre les choses en main afin d’ opérer les changements structurels ; une armée qui balayera proprement la maison afin de restaurer une véritable démocratie. C’est que, comme on dit, quand c’est gâté, c’est gâté ! Et l’opinion ici, c’est que c’est mité, fini ! Il n’y a pas de ravalement possible de façade !

S’il y a eu un flop avec Guei dans le cas ivoirien, ATT en son temps au Mali et Val aujourd’hui en Mauritanie (quoi qu’on dise) semblent avoir réussi à fonder une démocratie valable.

Par ailleurs, en renfort d’argument pour l’intervention de l’armée, il est avancé que, minée à bien de niveaux par les excès de la gouvernance, elle se réhabiliterait par le fait et se donnerait les moyens de sa propre refondation. C’est un point de vue qui fait son petit bonhomme de chemin, alimentée par la vérification pratique, au fil des élections truquées et des pratiques dévoyées de la vie politique et économique, que notre démocratie et ses structures d’application sont impropres à assurer une gouvernance responsabilisée, soucieuse de liberté et de justice sociale.

LE CONGE A BLAISE COMPAORE ET AUX SIENS

Il en est d’autres qui, bien que convertis au changement, veulent le circonscrire en le focalisant sur le seul départ de Blaise Compaoré. Ils estiment que c’est l’homme et son clan (pour ne pas dire lui et sa famille biologique) qui sont à l’origine de toutes les dérives de ce hold-up sur la nation, duquel découle spécialement la perversion des institutions, de la vie politique et économique. Le mal étant identifié, il suffit de le réduire en extrayant cette famille des rouages de l’Etat et de la vie politique : du coup, on mettra fin à l’impasse et cela libèrera la vie politique, économique, la justice…. Morte la bête, mort le venin, comme on dit ! Il s’agirait d’une frappe chirurgicale qui ne toucherait pas au fond la substance de la Constitution. On pourrait en effet faire jouer les mécanismes constitutionnels et amener le président de l’Assemblée nationale à succéder au chef de l’Etat afin d’ organiser des élections dans les délais constitutionnels, un coup d’Etat de velours en quelque sorte !

LA MEDECINE DE L’ OUVERTURE POLITIQUE

Plus modérés et encore plus attachés à la sauvegarde de la Constitution sinon au système, il en est enfin qui réduisent le changement à des réaménagements dans la structure du gouvernement. Pas plus de coup d’Etat de velours que de coup d’Etat bon teint mais plutôt le souci de changer sans chambouler, de corriger sans compromettre les acquis. Le pays n’est peut-être pas ce havre de gouvernance stabilisée mais le lait n’est pas répandu. Il faut donc se garder de l’Aventure, éviter absolument de jeter le bébé avec l’eau du bain. Le passé est riche d’enseignements à cet égard, et l’on pourrait y puiser la recette de gouvernement de large union ; ça pourrait encore passer, et la colère populaire pourrait tomber.

Voilà une gamme significative des interrogations que ni les partis politiques ni les syndicats ni les médias, ni les mouvements de droits de l’homme… n’expriment officiellement (et pour cause !) mais qui traversent bel et bien, par-delà le landerneau politique, l’échine de tout le pays. Et chacun y va, de ses vœux et de ses abjurations : c’est ça qui est la vérité !

Le trait commun cependant entre tous -et qu’il faut retenir en définitive- c’est ce consensus tacite sur le constat que quelque chose, au minimum, ne tourne pas rond dans le pays, que des décisions importantes sont en souffrance, et au pire, qu’il faut passer à la 5ème République !

Pour le moment, les gouvernants ne montrent pas qu’ils en ont conscience et qu’ils sont résolus à sortir de leur bulle (se reposant certainement encore sur les vertus de leurs acquis diplomatiques, médiatiques, financiers…) mais s’ils venaient à descendre sur terre, tant mieux mais si par contre, ils restent prisonniers des habitudes, des certitudes et du courant, incapables de le remonter tels de braves saumons, eh bien, ce qui doit arriver, arrivera : l’essentiel, c’est que le pays, lui, se relève !

La Rédaction





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