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San Finna N°397 du 22 au 27 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

 

Tribune de la femme

* Chez nous, si les secousses qui font tanguer le bateau du parti de l’éléphant à son corps défendant sont telles qu’on n’en ressent plus tellement le besoin d’en parler, il en est une qui se développe et qui, semble-t-il, mobilise des efforts dans le parti pour qu’on l’enraye : c’est celle, paraît-il, de la disparition (le mot ne serait pas osé, semble-t-il) de Somda Fayiri, Secrétaire général du parti et avocat de son état. L’homme, à ce qu’on dit avec insistance, aurait quasiment fait le coup de l’Italien qui, parti chercher des allumettes, n’a plus reparu. En effet, la rumeur dit que depuis quelque temps, il serait injoignable : téléphone portable coupé, bureau déserté... Là où les questions se font les plus lourdes, c’est lorsque, semble-t-il, sa femme elle-même en est à se couper les cheveux en quatre à ce sujet. Info ou intox ? Il faudra bien que ceux qui sont les plus intéressés finissent par éclairer l’opinion car après tout, il s’agit d’un citoyen, membre d’une organisation de défense des droits humains, doublé de la qualité d’homme public.

* L'ancien dictateur communiste éthiopien Mengistu Haïlé Mariam, reconnu coupable de génocide pendant la "Terreur rouge" en 1977-78, a été condamné jeudi dernier, après 12 ans de procédure, à la réclusion à perpétuité (plus de « bol » que son camarade Saddam Hussein qui est passé à la trappe !). Il encourait la peine de mort. Hélas, il ne reste plus à attendre que les augures amènent Mugabé à tirer sa révérence, alors Mengistu pourrait aller tâter de la prison pour voir s’il y fait bon vivre. A moins, à moins évidemment qu’il n’ait déjà envisagé le cas et prévu un exil secondaire du côté de chez Chavez ou des amis chinois de Mugabé !

*
Blaise Compaoré acceptera-il de suivre la demande du Réseau des organisations paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) faite aux chefs d’Etat de la zone CEDEAO de ne pas signer les Accords de partenariat économique ? La question est posée. En tout cas, les membres du Réseau estiment que la « région n’est pas suffisamment préparée pour aller à ces accords », ainsi que l’a dit Basiaka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso (CPF) au quotidien Le Pays (19/01/2007). On verra bien ce que feront les chefs d’Etat de la CEDEAO qui, en tout cas, n’ont pas saisi l’occasion de leur dernière réunion à Ouagadougou pour donner suite à l’interrogation.

* Justement, le président de la CPF demande qu’on « trouve les moyens de relever le niveau du tarif extérieur commun » et réclame des subventions pour l’ agriculture, insistant par exemple pour qu’on ne laisse plus le riz « entrer ainsi » dans le pays. On se rappelle que Le Pays du 22/12/2006 avait répercuté l’atelier de la Coalition des organisations de la société civile pour un développement durable et équitable (CODDE) sur la filière riz. Il était ressorti que la tonne de riz local coûtait 241.000 fcfa contre 210.000 fcfa pour le riz étranger. La CODDE regrettait « le désengagement de l’Etat qui démotive les producteurs » et insistait pour que le pouvoir « trouve une politique favorable à la production locale ». Où en est-on aujourd’hui ?

* On a appris en début de semaine passée que la Banque Mondiale a lancé un audit sur la gestion du cacao et du pétrole en Côte d’Ivoire. Espérons qu’elle en fera également un sur le café/cacao ivoirien vendu en fraude au Burkina Faso et au Mali.

* Le conjoint du chef de l’Etat en France doit-il ou non avoir un statut ? La question intéresse actuellement au plus haut point et des ouvrages sont même sortis sur le sujet. Il semblerait par exemple que Mme Chirac ait à son service deux chauffeurs et qu’une vingtaine de personnes travailleraient dans ce qu’on peut appeler le Cabinet de la première Dame. Il serait effectivement temps de prendre des mesures pour qu’un statut clair soit défini pour le conjoint du premier Français ; de la sorte, les choses se feraient dans toute la transparence voulue au niveau des fonds. Ce serait bien que les pays africains y pensent également, eux qui ont copié jusqu’à l’excès pour la plupart des textes de l’ancienne métropole ! Sur ce point précis justement, le mimétisme des conjoints des chefs d’Etat est tel qu’il a abouti dans les faits à en faire des femmes agissantes comme sur la base de mandats populaires et qui occupent (comme au Burkina Faso) au-delà de la démesure, l’espace médiatique, politique, économique et même diplomatique !

* On continue chez nous à inoculer l’idée que si l’opposition ne veut pas sortir ratatinée des élections législatives de 2007, elle doit s’unir. Le sempiternel même refrain ! Ceux qui avancent cela ne devraient-ils pas plutôt dire que pour que l’opposition ait des résultats significatifs, le pouvoir doit sans délai accepter les demandes sans cesse réitérées de l’opposition au niveau du fichier électoral, de la CIB ou de la carte d’électeur sécurisée, du retour au mode de scrutin de 2002 et de l’interdiction d’attribution d’un seul siège au niveau de certaines provinces …? Ce que le chef d’Etat vient d’accomplir pour les Togolais ne devrait-il pas l’inciter à en faire de même au plan national ? C’est là qu’il faut commencer et pas ailleurs ! Et qu’attendent, au fait, toutes ces organisations chargées de la promotion de la démocratie au Faso, pour se manifester ? En cette année électorale de tous les dangers, c’est maintenant qu’il faut tirer la sonnette d’alarme, après ce sera trop tard ! Si elles se taisent, pire si elles préparent (comme certains le prédisent) des coups bas à quelques encablures des élections pour bien positionner ceux qui nous gouvernent, en tout cas, chacun pourra les juger responsable de la situation intolérable que vit le pays au niveau de la gouvernance politique.

* Toujours sur le même sujet, le Président de la CENI a rendu public un document sur la révision exceptionnelle des listes, invitant les populations à s’inscrire massivement sur les listes électorales. Il y rappelle que l’opération se déroule du 10 au 31 janvier 2007 et concerne tout particulièrement tous les Burkinabé ayant 18 ans accomplis depuis la tenue des élections municipales d’avril 2006 de même que ceux qui avaient les 18 ans accomplis aux élections municipales mais qui ne s’étaient pas inscrits. Moussa Michel Tapsoba égrène la liste de toutes les pièces à fournir pour se faire inscrire : passeport, carte d’identité burkinabé, carte consulaire, extrait d’acte de naissance, jugement supplétif, livret de pension civile ou militaire, livret de famille, carte de famille. En tout cas, on peut déjà dire, avec cette longue liste, «Bonjour les éternelles fraudes » ! On le voit bien, les opposants n’ont pas été entendus, même sur ce point capital !

* Il y a en France des signes qui concourent à accréditer l’idée d’une reprise en main de la justice par la justice dans certains dossiers à forte teneur politique. Ce sont les décisions suivantes : celle du Juge Bruguière dans l’affaire rwandaise, la décision de la Cour de cassation dans le dossier du Beach, l’accélération du dossier sur le bombardement Bouaké. Sur ce sujet, on peut lire dans le quotidien Libération du 17 janvier 2007 : « La juge au Tribunal aux armées de Paris (TAP), Florence Michon, est actuellement au Togo dans le cadre de l'enquête sur le bombardement meurtrier de Bouaké (Côte-d'Ivoire) de novembre 2004, a appris Libération de source concordante. Soupçonné par la justice d'avoir fourni les avions qui ont été utilisés lors du raid et d'avoir aidé à exfiltrer les pilotes «slaves» qui étaient aux commandes des avions, le marchand d'armes français Robert Montoya vit au Togo. Neuf soldats français et un agronome américain ont été tués dans le raid de Bouaké ». C’est comme si la justice française se défaisait un peu des entraves de l’Exécutif pour se réapproprier, selon les normes consacrées, les procédures judiciaires délicates de ces dossiers politiques délicats.

* Les sacs en plastique faits à partir de la pomme de terre, vous connaissez ? Oui, ça existe en France maintenant. Ils sont biodégradables et ça, c’est bon pour l’environnement (comme dirait la célèbre publicité). Ils coûtent un peu plus chers c’est vrai, mais d’ici peu, ils reviendront au même prix que les sacs faits en plastique. Quand est-ce que chez nous, on va interdire ces sacs faits en plastique comme on commence à le faire dans certains pays africains ? Ne pourrions-nous demander à être associés d’une façon ou d’une autre à ces expérimentations concluantes (et peut-être même déjà au stade de la production) pour que notre pays utilise rapidement ces sacs biodégradables ?

* Des têtes commencent à tomber concernant le scandale du « Programme pétrole contre nourriture en Irak », initié par l’ONU. On se demande comment tout cela finira. On a l’impression qu’on attendait juste que Kofi Annan se retire pour que l’affaire soit exhumée car c’était une épine dans le pied de la grande maison, et certainement que Ban Ki-moon voulait s’en débarrasser au plus vite !

* La cérémonie des vœux au Ministère de la Défens a particulièrement édifié les militaires et l’opinion avec les faits suivants. La satisfaction en grande partie des demandes sociales des militaires (même si celles de fond restent en souffrance), la décision de poursuivre les investigations pour permettre d’enclencher les poursuites judiciaires, la réprimande sujette à caution et source de dérision du Ministre Yéro Bolly, formulée en ces termes : «L’arme n’est pas un outil de dialogue...mais elle donne des résultats » (in L »’Observateur Paalga du 18 janvier 207). Cela a valu des commentaires relevés, notamment au niveau de la presse comme en témoigne l’article de l’Observateur Paalga N°6808 du 21 janvier 2007, page 5, qui nuance cette affirmation de Yéro Boly : «Rien ne justifie de prendre les armes pour résoudre un problème, parce que l’arme, a-t-il poursuivi (NDLR : le quotidien cite le Journal du Jeudi JJ), ne peut être un outil de dialogue… ».L’Observateur réplique donc : « En fait, ce n’est pas tout à fait exact car le moins que l’on puisse dire, c’est que le flingue donne, aide à réfléchir plus rapidement et il peut être d’une efficacité redoutable ». Et le journal continue : « La preuve, c’est le même Yéro Boly qui nous l’a administrée, car si dans son laïus, des officiers aux hommes de rang en passant par les sous—officiers, chacun en a eu pour son grade, il a aussi et surtout annoncé séance tenante un train de mesures déjà prises ou en voie de l’être pour soulager les maux des .bidasses ». Décidément, cette mutinerie des militaires n’a pas fini de révéler les dysfonctionnements qui existent dans le pays ; on se demande seulement ce que le pouvoir va faire demain si les travailleurs de telle ou telle société, les syndicats, les élèves et étudiants, se mettaient à manifester violemment, s’en prenant à des édifices publics, blessant des citoyens…

* Conduit par Antoine Ouaré, le Rassemblement populaire des citoyens (RPC) est un nouveau parti au Burkina Faso. Eh oui, encore un ! Reconnu officiellement le 13 décembre 2006, ce parti dit vouloir, comme de plus en plus de nouveaux partis le disent, «promouvoir une autre manière de faire la politique». Il ne se situe pas dans une perspective idéologique classique, refuse de se placer dans le débat gauche/droite et «fonde sa démarche sur la recherche de solutions pragmatiques aux nombreux défis qui assaillent notre pays et notre peuple». Le RCP n'est ni de la mouvance présidentielle, ni de l'opposition, selon son patron Mr Ouaré, même s’il précise juste après qu'il soutient l'action du président du Faso. Quant au supposé parrainage de l'ex-administrateur associé du PNUD, Zéphirin Diabré, le RPC dira lors de la présentation du parti à la presse le 18 janvier dernier que «celui-ci n'est pas de leur parti » (Sidwaya du 19/01/2007). N’y aurait-il pas des problèmes par rapport à cette position quand on sait que, selon les textes légaux, les partis politiques doivent être situés à la majorité ou à l’opposition ?

* En Ouganda, on sait que les pourparlers du pouvoir avec les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (qui ont fait des dizaines de milliers de morts et déplacé deux millions de personnes, entravé le développement du pays) étaient au point mort, la Cour Pénale Internationale ayant lancé des mandats d’arrêt contre certains des leaders de la rébellion. Les rebelles, c’est connu, n’entendent pas signer d’accord tant que les mandats d’arrêt ne seront pas levés. Pour faire avancer les choses, la rébellion a décidé d’envoyer une délégation à la CPI pour rencontrer le procureur afin que son «côté de l’histoire puisse aussi être entendu » (propos de Vincent Otti, numéro 2 de la rébellion, repris par l’AFP). Quelle sera la réponse de la Cour qui a toujours encouragé la poursuite des seigneurs de guerre ? Nous verrons bien sous peu.

* Reporters sans frontière (RSF) a vraiment du pain sur la planche : en ce début 2007, il y a déjà eu au moins 2 assassinats de journalistes : celui en Chine Populaire, le 10 janvier dernier, du reporter Lan Chengchang de 35 ans, violemment battu la veille par des hommes de main alors qu'il enquêtait sur une mine de charbon près de Datong, dans le Shanxi, et à Istanbul, celui du journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink, plusieurs fois poursuivi par la justice turque pour avoir demandé la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie, et tué par balles vendredi par un inconnu. San Finna présente ses condoléances aux familles de ces journalistes assassinés.

* Le baril de brut est bel et bien aujourd’hui sous les 50 dollars US : alors, qu’attend-on pour revoir à la baisse les produits pétroliers au Faso ?

* Comme on le sait, les infirmières bulgares et un docteur libyen ont été condamnés à mort pour avoir inoculé intentionnellement le sida à des enfants libyens. Eh bien, le 18 janvier dernier, le Parlement européen, ne croyant pas du tout à cette version des faits, a demandé officiellement à la Libye d’annuler cette condamnation à mort. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet sur le Courrier International du 19 janvier dernier : « Pour faire pression sur la Libye, elle (NDLR : l’Union Européenne) la menace (NDLR :la Libye) de sanctions diplomatiques et économiques. De leur côté, les autorités libyennes ont recours aux mêmes méthodes et menacent d'appliquer la peine de mort si la Bulgarie n'accepte pas de payer des indemnités aux familles des victimes. Sinon, pourquoi la sentence n'a-t-elle pas été appliquée rapidement comme c'est le cas quand il s'agit d'accusés libyens ?".

* Les bruits qui couraient sur le passage de 3 remorques bourrées d’armes en provenance de Lomé semblent se confirmer, selon des allégations de riverains de la Circulaire qui soutiendraient avoir vu passer une remorque avec deux conteneurs et deux autres avec un conteneur chacun.

* Nous avons eu connaissance de la Déclaration du G14 par rapport à la mutinerie de l’armée et des problèmes généraux du pays. Déclaration dans laquelle le groupe fait le constat que le chef de l’Etat est le responsable de la dégradation grave de la situation nationale et qu’il doit en tirer les leçons.

* Nouvelle insolite pour finir, qui nous vient de l’Agence de presse Reuters : en Russie, depuis le début de cette année, il y a sur certains trains de longue distance, des compartiments hommes, femmes ou mixtes. On aurait plutôt vu cette pratique dans des pays à forte communauté musulmane ! En tout cas, même si on n’aime pas la ségrégation, avec l’insécurité qui augmente partout de nos jours, on en trouvera pour applaudir à cette mesure qui protègera les femmes, si souvent victimes d’agressions dans les trains, par des hommes manifestement plus violents qu’elles par nature !

DERNIERE MINUTE

En Guinée Conakry, après deux nouvelles victimes au niveau des manifestants ce 20 janvier 2007 (portant à 8 le nombre total de victimes depuis les 11 jours de grève), on apprend que des pourparlers ont lieu en ce moment avec les autorités. Le suspense est toujours d’actualité : qui va céder ? La semaine qui commence devrait s’annoncer décisive sur le cours des évènements en Guinée Conakry.





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