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San Finna N°397 du 22 au 27 Janvier 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

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AGATHE HABYARIMANA
AGNEAU SACRIFICIEL DE LA RAISON D’ETAT
OU SIMPLE REPECHEE DE L’HISTOIRE ?

Il faut avouer que, même si la raison d’Etat est de plus en plus rongée par l’Etat de droit, elle n’en reste pas moins rebelle dans certains cas. On peut en voir un exemple dans les difficiles relations entre le Rwanda et la France qui découlent de la politique que leurs dirigeants ont mené ou mènent encore à la tête de leurs Etats et qui ont influencé la nature de leurs relations diplomatiques réciproques.

Aujourd’hui, la justice française met en cause les dirigeants rwandais d’avoir été à l’origine de l’acte terroriste qui a, par la destruction du BOEING présidentiel rwandais, coûté la vie aux présidents Habyarimana et Melchior Ndadaye ainsi qu’à tout l’équipage français. De leur côté, les autorités rwandaises accusent les autorités françaises d’avoir parrainé voire participé à l’exécution du génocide de 1994 par des actes de complicité ou des faits de non-assistance à peuple en danger.

Dans les deux cas, des poursuites pourraient, au-delà des conséquences sur les personnes même des dirigeants, rejaillir négativement sur l’image des deux pays. Et c’est là que la raison d’Etat apparaît, pouvant pousser à des transactions pas jolies, jolies, sur la justice. Est-ce ce qui arrive actuellement avec le cas Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais ? Il en est qui en mettraient leur main au feu quand d’autres soutiennent que ce n’est qu’un juste retour des choses !

L’avocat de la veuve, Philippe Meilhac, pour commencer par lui, ne comprend pas ce qui arrive à sa cliente. Il rappelle à cet égard que ce sont bel et bien les autorités françaises qui, le 9 avril 1994, alors que débutait au Rwanda le génocide, ont évacué vers Paris Agathe Habyarimana avec ses enfants, trois jours après le funeste attentat. Depuis tout ce temps, elle est restée en France avec sa progéniture. Aucune procédure, aucune tracasserie, venant de Kigali ou d’ailleurs, n’est venue les perturber dans leur refuge. Sécurisée, elle a même pu assister, bien que cela ait provoqué l’émoi au niveau de la Fédération internationale des droits de l’homme, en janvier 2004, à la cérémonie des vœux à l’Organisation internationale de la Francophonie. C’est tout à fait naturellement qu’en juillet 2004, elle a déposé une demande d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), un organisme public chargé de trancher dans ce domaine. Il s’agissait en quelque sorte de convertir simplement une situation de fait en situation de droit.

Cette demande (contre toute attente, selon l’avocat) sera comme on le sait rejetée le 4 janvier 2006, et à Me Meilhac de dénoncer, à travers les motivations de cette décision, «un véritable acte d’accusation » (site de RFI du 11/01/07).

C’est du pareil au même du côté des soutiens de la veuve qui dénoncent aussi le fait que l’OFPRA ait dépassé son rôle pour aller préjuger en portant ces allégations très graves contre Agathe Habyarimana, « d’avoir mis en œuvre un pouvoir d’influence afin d’imposer ses directives ou ses choix en matière de politique » ; d’avoir soutenu son frère, Protais Zigiranyirazo, à mettre « en ordre de marche, avec d’autres membres de la famille, des escadrons de la mort ». Toutes choses qui amènent l’OFPRA à estimer qu’il y a des « raisons sérieuses » de penser que la veuve aurait participé au génocide». Pour elle et les siens, c’est un véritable acte d’accusation sinon de condamnation, et à l’avocat de conclure : «Je suis surpris, compte tenu de l’extrême sévérité de la décision de l’OFPRA qu’elle n’ait pas été rendue plus tôt ».

C’est ainsi que la rumeur court, relayée par nombre de médias, que la France aurait voulu rattraper le coup et apaiser la colère de Paul Kagamé (que le juge Bruguière a fortement recommandé à la Cour pénale internationale) en sacrifiant Agathe Habyarimana. Le coup portera-t-il ? Il y a des réserves à ce sujet. La première vient de ce que la procédure sur la demande d’asile n’est qu’à ses débuts ; elle doit passer d’abord par la commission des recours des réfugiés (CRR) et en cas de confirmation du refus de l’OFPRA, devant le Conseil d’Etat. A priori, on ne peut donc pas écarter une décision qui fasse droit à la demande de la veuve. L’autre réserve, c’est que ceux qui soutiennent que la veuve n’a récolté que ce qu’elle a semé, sont très actifs et très influents. Ils ne démordent pas de l’idée qu’elle est un élément-clef du génocide. Se battant sur tous les fronts, ils n’entendent avoir de repos qu’après que Agathe Habyarimana aura été arrêtée et traduite devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Si comme on le dit, la décision a été influencée par le pouvoir français, eh bien Kigali ne semble pas répondre encore favorablement à la « drague » de Paris. Là-dessus, le Ministre rwandais de la justice, Tharcisse Karugarama, se confiant à l’AFP, est clair : « Cela ne suffit pas de lui refuser le statut de réfugié, il faudrait que la France l’arrête car elle figure parmi les principaux planificateurs du génocide. Pourquoi la France a-t-elle attendu plus de 12 ans pour prendre cette décision ? Tout le monde se pose cette question. Et puis, elle reste en France, après tout ».

Voilà une péripétie de la raison d’Etat qui n’a pas encore dit son dernier mot !

NDLR : Au moment de boucler, nous apprenons que Mme Habyarimana a contre-attaqué, mettant en cause publiquement Paul Kagamé. Pour elle, il est l’auteur de l’attentat qui a coûté la vie à son mari et il doit répondre de son acte. Par ailleurs, elle estime qu’il est indirectement responsable du génocide des Tutsi en 1994 puisqu’il savait ce que l’attentat allait entraîner comme conséquences ! Sur les ondes en tout cas, on n’a pas entendu la veuve dire un seul mot sur la décision de l’OFRAP.

DT


 





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