San
Finna N°398 du
29 Janvier au 04 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
DEMOCRATIE
BURKINABE
LE TEMPS DE LA RUPTURE EST-IL ARRIVE ?
Au
Burkina Faso, la démocratie a calé. Elle
est bloquée sans espoir de reprise avec les hommes
qui nous gouvernent. Le décor semble planté
pour une fatale épreuve de force. On ne sait pas
encore d’où viendra la charge, de l’armée,
des syndicats, des partis politiques.. , mais on sait
que ça viendra car on se trouve dans une situation
d’impasse telle que le changement radical est devenu
partout, le leitmotiv.
L’espoir
de rafistolage, de dialogue sincère s’est
envolé et le désespoir s’est installé
à l’égard des institutions, des hommes,
et pire, de l’avenir. Les gouvernants, chaque jour
que Dieu fait, montrent qu’ils sont grisés
par le pouvoir, par les richesses qu’il procure,
et qu’ils n’ont de satisfaction que d’inspirer
l’envie à ceux qui n’ont rien. Ils
ne pensent pas à s’amender, à une
quelconque critique, et moins encore à rendre le
tablier.
Le pouvoir, qu’ils ont monopolisé, confondu
en leurs mains, est leur sauvegarde pour l’avenir.
De locataires du pouvoir, ils se sont mués en propriétaires
ad vitam aeternam parce que c’est ainsi qu’ils
croient se protéger à jamais des torts qu’ils
ont causés au peuple.
C’est cette conviction qui fait que, malgré
les appels incessants de l’opposition et de la société
civile pour des réformes politiques et institutionnelles,
que malgré les dénonciations provenant même
des bailleurs de fonds sur la vacance du pouvoir judiciaire,
et surtout malgré la colère de l’armée
qui exige sa refondation, il dame sur toutes ces demandes
et organise comme si de rien n’était, les
élections législatives à venir. Plus
édifiant, il n’a de souci que de satisfaire
sa boulimie de lauriers de super médiateur et de
convaincre dans le monde entier, qu’il n’a
pas son pareil pour régler les différends
et reconstruire la paix dans les pays de la sous région.
C’est la preuve, comme on dit, qu’il n’y
a plus rien à en tirer !
L’angoisse dominante, c’est de savoir qui
viendra sauver le pays du naufrage pour éviter
le précipice. Des responsables politiques, sans
trancher sur l’option, ont en tout cas une priorité
qu’ils partagent : la démission de Blaise
Compaoré.
C’est le cas de Me Hermann Yaméogo, président
de l’UNDD, qui a souligné plus d’une
fois que le pouvoir était au bout du rouleau et
qui demandé en particulier le 3 janvier 2007 sur
la chaîne de la BBC, que Blaise Compaoré,
en raison de l’impasse où il a conduit le
pays, « suive l’exemple du premier Président
Maurice Yaméogo et démissionne». Le
13 janvier suivant, l’Union des partis sankaristes
(UPS), composée de cinq partis sankaristes (CPS,
Convergence de l’espoir, FFS, PUND et MSD), faisant
l’analyse de la dernière mutinerie, «
demande », ainsi que cela ressort du Pays du 15
janvier 2007 « à Blaise Compaoré de
démissionner ».
Le 18 janvier 2007, le Groupe du 14 février, dans
une déclaration signée par 8 partis (UNIR/MS,
FFS, FDP, PDS, PFID, LCB, PAI, PDP/PS), a également
décrit la dégradation de la situation en
raison des méthodes de gouvernement du chef de
l’Etat, pour finir par reconnaître que le
pouvoir était en fin de parcours et demander à
« Blaise Compaoré de tirer avec toute la
lucidité nécessaire les conséquences
de la crise globale persistante ».
Quant à Soumane Touré du PAI, le 20 Janvier
dernier, il a créé un véritable choc
médiatique en déclarant tout uniment ceci
: « Blaise Compaoré nous a trahis »,
pour prôner le même remède en ces termes
: « Certains affirment que c’est le ministre
de la Défense qui doit démissionner. Non,
c’est plutôt Blaise qui doit démissionner.
Il est le chef suprême des armées. Et à
ce titre, il est responsable de la dérive des 20
et 21 décembre 2006. Il a gravement failli et il
doit démissionner » (Le Pays du 23/01/2007).
La convergence de toutes ces opinions devrait suffire
à édifier sur la nature de la crise de confiance
que vit le pays. Nous avons tendu le micro à des
responsables politiques pour approfondir le débat.
Question
à François BADOLO, Député
à l’Assemblée nationale, membre
du Bureau politique de l’Union des partis
sankaristes :Vous avez le 13 janvier dernier, au
nom de l’Union des partis sankaristes, après
analyse de la situation nationale, abouti au constat
que Blaise Compaoré doit démissionner.
Pouvez-vous préciser votre pensée
?
«
Pour arriver à la conclusion que le Président
devait se démettre, vous énumérez
certains éléments. Il y a notamment la situation
nationale que nous avons analysée en ce qui concerne
par exemple les évènements du 19, 20 et
21 décembre, ou encore la situation économique.
Tout ça nous a amenés à la conclusion
qu’indépendamment de la misère écrasante
de nos pauvres populations, que nous dénonçons
depuis toujours, le pouvoir actuel a failli. Et Blaise
Compaoré ne maîtrise rien, même l’armée
qu’il semblait contrôler lui échappe.
Et si on s’entête, on en arrivera à
une explosion comme on l’a vu au Congo où
personne ne pensait que des gens pouvaient prendre le
maquis ».
Question
à Christian Tyton KONE, Président
du PNR/JV :
« On parle de plus en plus de la démission
du chef de l’Etat. Qu’en dites-vous
? »
«
J’ai toujours dit haut et fort que ce pays était
mal géré. La crise nationale qui est née
avec l’affaire Norbert Zongo, les multiples sorties
des forces de défense et de sécurité
(militaires, policiers, GSP…), l’affaire des
casques et même les dernières élections
présidentielles -où Blaise Compaoré
aura recueilli 1 000 000 de voix (acquises comme on sait
!) pour près de 13 000 000 d’âmes,
montre à tous que la démocratie, a perdu
la boussole. C’est un désaveu cinglant. Un
manque de légitimité ! Les gens n’ont
plus confiance au système, aux élections.
Ce qu’il faut faire normalement dans de tels cas,
c’est tirer les conséquences. On a plusieurs
fois interpellé Blaise Compaoré pour qu’il
démissionne. Après 20 ans de pouvoir, il
ne peut plus rien faire. Voilà la Guinée
en train de sombrer dans des difficultés. A ce
que je sache, on a les mêmes indicateurs ici. La
logique voudrait qu’après par exemple les
évènements des 19, 20 et 21 décembre
2006, il démissionne seul ou qu’en tout cas,
les ministres concernés par la colère des
militaires, proposent de rendre le tablier. On a toujours
reproché à ce pouvoir ses mensonges érigés
en méthode de gouvernement, sa corruption qui se
double d’une arrogance sans bornes. On voit maintenant
que ça ne mène plus loin. Si Blaise Compaoré
peut aimer le Burkina Faso, s’il a des gènes
de patriotisme, il doit comprendre qu’il est le
problème de ce pays et accepter de lui-même
de se retirer. La situation est vraiment insupportable
maintenant, avec la misère sans fin, les élections
toujours traficotées, la famille qui fait main
basse sur le pays… Regardez par exemple cette affaire
de François Compaoré qui vient encore de
se moquer du peuple en pliant la justice à ses
bottes. On ne peut pas supporte plus longtemps cela. Si
de lui-même, Blaise Compaoré au minimum ne
veut pas un dialogue avec la classe politique et la société
civile pour une sortie honorable comme en Guinée,
je crains que le pire ne se prépare pour notre
pays ».
Question
à Nestor B. Bassière,
Président national du FFS : Vous avez, conjointement
avec 7 autres partis membres du Groupe du 14 février,
déclaré le 18 janvier 2007 (après
examen des données de la vie politique nationale)
que le pouvoir était au bout du rouleau et
demandé à « Blaise Compaoré,
de tirer avec toute la lucidité nécessaire
les conséquences de la crise globale persistante
». Comment voyez-vous, au FFS, que les choses
pourraient se faire ?
«
Je remercie San Finna pour m’avoir donné
l’occasion de m’exprimer sur la situation
nationale. Il est vrai que nous avons eu une déclaration
au niveau du G14 où l’ensemble des partis
membres ont pris une résolution commune, où
nous avons demandé au PF, face à la situation
actuelle, d’en tirer les conséquences si
vraiment il tient toujours à son peuple. La situation
aujourd’hui, on n’est pas aveugle, même
si tous les aveugles le savent, est que le pouvoir est
au bout du rouleau. On nous a fait toujours croire qu’au
Burkina Faso, il y a la paix, le bien-être.., mais
on s’est rendu compte avec le dernier soulèvement
des militaires, que la crise est là. Les derniers
évènements ont convaincu plus d’un
sceptique que réellement au Faso, il y a une classe
dirigeante qui a creusé un grand fossé avec
le peuple réel, c’est-à-dire les Burkinabé
réels.
Nous civils, avons l’occasion de marcher tous les
jours mais les autres n’en ont pas. Quand l’occasion
s’est offerte à eux, ils se sont librement
exprimés. Il est vrai que les évènements
se sont déroulés dans une douloureuse situation
pour un Etat de droit mais lorsqu’on est fatigué,
tous les moyens sont bons pour revendiquer, et ça
a été le cas.
Nous disons donc au président du Faso aujourd’hui
que son pouvoir est fini. Nous le disons parce que le
peuple est fatigué. Ils ont eu un premier mandat
pour préparer leur propre vie, le second mandat
pour l’avenir de leurs enfants, et le troisième
mandat, c’est peut-être pour préparer
l’avenir de leurs neveux ! Et le reste du peuple
? Ils le mettent où ?
Nous disons qu’ils en ont fait assez et que le peuple
est fatigué. Vraiment, s’il tient toujours
à son peuple, qu’il ait le courage de remettre
le pouvoir et de tirer les conséquences parce que
ça n’arrive pas qu’aux autres. Certains
chefs d’Etat ont cru que le pouvoir était
devenu de la monarchie, ils se sont accrochés et
les résultats sont tels qu’on les connaît
aujourd’hui.
L’histoire est là, je pense que personne
ne va nier cet état de faits.
Voilà pourquoi nous avons tenu solennellement,
au sein du G 14, à lui demander, s’il tient
encore à son peuple, d’en tirer les conséquences
face à la situation nationale actuelle ».