Mise à jour le 28/01/2007
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San Finna N°398 du 29 Janvier au 04 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

POINT DE VUE
APRES LA GROGNE DES MILITAIRES,
BLAISE COMPAORE INSTAURE LE SURSIS

Plus d’un mois après la chaude alerte des militaires, le gouvernement burkinabé poursuit son train-train quotidien comme si l’essentiel était à la sauvegarde des apparences. Le réaménagement de l’équipe gouvernementale, rendu nécessaire sinon obligatoire avec la promotion du ministre Jean de Dieu Somda à la vice-présidence de la Commission de l’Union européenne est même devenu un mirage. Blaise Compaoré, le président du Faso, a-t-il intériorisé ce conseil de Jacques Chirac à ses fidèles, après la défaite de la Droite aux législatives anticipées, inhérentes à la dissolution de l’Assemblée nationale ? « Il ne faut rien faire dans la précipitation ; cela renforcerait l’impression de déroute ».

Les Burkinabé qui ont longtemps vaticiné sur l’imminence d’un réaménagement de l’équipe gouvernementale après la grogne itérative des soldats dans différentes garnisons du pays, pourraient en être pour leur frais. Ils ont, pour ainsi dire, méconnu les impondérables de la politique conduite par le président Compaoré depuis son accession au pouvoir en 1987. Une politique faite de duperie, de ruse et de surprise dans le genre « commando » dont il a du mal à se départir. Les grilles de réflexion et d’analyse forgées sur des bases factuelles occidentales ne peuvent s’appliquer aux réalités burkinabé caractérisées par des mœurs politiques à 100 lieues de celles des anciennes démocraties européennes. Djibril Bassolet et Yéro Bolly ne pouvaient donc pas démissionner du gouvernement après la grave crise ouverte par certains de leurs hommes. Cela s’apparenterait à un abandon du chef dans des moments difficiles. Militaire en mission dans l’équipe gouvernementale, le ministre Bassolet n’est pas autorisé à commettre un tel affront au chef suprême des forces armées. Le Burkina Faso n’est pas Israël où un chef d’Etat Major des armées peut rendre le tablier après l’échec d’une opération.

A vrai dire, les évènements des 20 et 21 décembre 2006 ont différé le remaniement technique qui devait permettre à Mr Jean de Dieu Somda de regagner son nouveau poste à Abuja au siège de la CEDEAO.

Mais il ne faudrait pas satisfaire des injonctions à caractère politique émanant de soldats (fussent-ils dans une colère justifiée) comme cette demande de départ du Ministre Bassolet du gouvernement. On peut leur offrir davantage de « garba » si cela les enchante, améliorer leur traitement salarial, répondre favorablement à des doléances d’ordre social, pas plus !

Régime du sursis

Les observateurs attentifs de la vie politique nationale diront que c’est le genre de situation qu’affectionne Blaise Compaoré : garder un collaborateur dans une ambiance d’incertitude quant au sort qui sera le sien. Il est prouvé que celui qui vit le régime du sursis a tendance à donner le meilleur de lui-même, à démontrer en permanence sa loyauté même au prix d’une reptation. Cette même logique pourrait prévaloir au niveau de l’armée nationale au grand dam de ceux qui continuent de gamberger sur l’éventualité d’un grand mouvement qui emporterait le Général Ali Traoré de la tête de l’Etat major général des Armées. Avec l’annulation in extremis du mot qu’il devait prononcer à la cérémonie de vœux au Ministre de la Défense, le général Ali Traoré est apparu aux yeux de nombreuses personnes, en tenu de bure, la corde au cou. Et pourtant ! Il dispose encore d’atouts insoupçonnables.

En effet, si on lui reproche une certaine mollesse, il est également reconnu à cet intellectuel croyant, de grandes qualités humaines, même si elles ne le conduisent pas à des relations idylliques avec la troupe, à l’instar d’un Kouamé Lougué.

Sans être une potiche, il a en quelque sorte le profil de l’homme lige recherché par le président Compaoré pour tenir ce genre de poste sensible.

Réputé pour sa poigne et son professionnalisme, le colonel major Dominique Diendéré n’aurait donc aucune chance de succéder à Ali Traoré s’il filait le parfait amour avec les soldats. Or, les propos qui lui ont été prêtés après la manifestation des militaires à Ouagadougou en juillet 1999, ont (semble-t-il) écorné son image au niveau des sans grade.

Dans tous les cas, les chambardements, d’aucuns les annonçaient pour l’après Sommet. Nous y sommes et le pire pour le président Compaoré serait de vouloir laisser les choses en l’état. Le Burkina n’est plus celui d’avant. Décembre 2006 et, accidentellement les militaires, ont lancé le moteur à explosion sociale. A voir le ton des uns et des autres dans les médias aussi bien que dans les gargotes, on s’aperçoit que les Burkinabé ne sont pas encore les mauviettes qu’on croyait ! Les exigences de démocratie et de bonne gouvernance se feront encore plus grandes et avec véhémence.

Dans tous les cas, avec le mutisme éloquent du CDP dans cette affaire, le gouvernement devrait se faire une bonne lecture de la situation. Les « djandjobas » et autres manifestations féminines aux frais de la princesses sont plutôt urticantes !





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