San
Finna N°398 du
29 Janvier au 04 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
POINT
DE VUE
APRES LA GROGNE DES MILITAIRES,
BLAISE COMPAORE INSTAURE LE SURSIS
Plus
d’un mois après la chaude alerte des militaires,
le gouvernement burkinabé poursuit son train-train
quotidien comme si l’essentiel était à
la sauvegarde des apparences. Le réaménagement
de l’équipe gouvernementale, rendu nécessaire
sinon obligatoire avec la promotion du ministre Jean de
Dieu Somda à la vice-présidence de la Commission
de l’Union européenne est même devenu
un mirage. Blaise Compaoré, le président
du Faso, a-t-il intériorisé ce conseil de
Jacques Chirac à ses fidèles, après
la défaite de la Droite aux législatives
anticipées, inhérentes à la dissolution
de l’Assemblée nationale ? « Il ne
faut rien faire dans la précipitation ; cela renforcerait
l’impression de déroute ».
Les
Burkinabé qui ont longtemps vaticiné sur
l’imminence d’un réaménagement
de l’équipe gouvernementale après
la grogne itérative des soldats dans différentes
garnisons du pays, pourraient en être pour leur
frais. Ils ont, pour ainsi dire, méconnu les impondérables
de la politique conduite par le président Compaoré
depuis son accession au pouvoir en 1987. Une politique
faite de duperie, de ruse et de surprise dans le genre
« commando » dont il a du mal à se
départir. Les grilles de réflexion et d’analyse
forgées sur des bases factuelles occidentales ne
peuvent s’appliquer aux réalités burkinabé
caractérisées par des mœurs politiques
à 100 lieues de celles des anciennes démocraties
européennes. Djibril Bassolet et Yéro Bolly
ne pouvaient donc pas démissionner du gouvernement
après la grave crise ouverte par certains de leurs
hommes. Cela s’apparenterait à un abandon
du chef dans des moments difficiles. Militaire en mission
dans l’équipe gouvernementale, le ministre
Bassolet n’est pas autorisé à commettre
un tel affront au chef suprême des forces armées.
Le Burkina Faso n’est pas Israël où
un chef d’Etat Major des armées peut rendre
le tablier après l’échec d’une
opération.
A vrai dire, les évènements des 20 et 21
décembre 2006 ont différé le remaniement
technique qui devait permettre à Mr Jean de Dieu
Somda de regagner son nouveau poste à Abuja au
siège de la CEDEAO.
Mais il ne faudrait pas satisfaire des injonctions à
caractère politique émanant de soldats (fussent-ils
dans une colère justifiée) comme cette demande
de départ du Ministre Bassolet du gouvernement.
On peut leur offrir davantage de « garba »
si cela les enchante, améliorer leur traitement
salarial, répondre favorablement à des doléances
d’ordre social, pas plus !
Régime du sursis
Les observateurs attentifs de la vie politique nationale
diront que c’est le genre de situation qu’affectionne
Blaise Compaoré : garder un collaborateur dans
une ambiance d’incertitude quant au sort qui sera
le sien. Il est prouvé que celui qui vit le régime
du sursis a tendance à donner le meilleur de lui-même,
à démontrer en permanence sa loyauté
même au prix d’une reptation. Cette même
logique pourrait prévaloir au niveau de l’armée
nationale au grand dam de ceux qui continuent de gamberger
sur l’éventualité d’un grand
mouvement qui emporterait le Général Ali
Traoré de la tête de l’Etat major général
des Armées. Avec l’annulation in extremis
du mot qu’il devait prononcer à la cérémonie
de vœux au Ministre de la Défense, le général
Ali Traoré est apparu aux yeux de nombreuses personnes,
en tenu de bure, la corde au cou. Et pourtant ! Il dispose
encore d’atouts insoupçonnables.
En effet, si on lui reproche une certaine mollesse, il
est également reconnu à cet intellectuel
croyant, de grandes qualités humaines, même
si elles ne le conduisent pas à des relations idylliques
avec la troupe, à l’instar d’un Kouamé
Lougué.
Sans être une potiche, il a en quelque sorte le
profil de l’homme lige recherché par le président
Compaoré pour tenir ce genre de poste sensible.
Réputé pour sa poigne et son professionnalisme,
le colonel major Dominique Diendéré n’aurait
donc aucune chance de succéder à Ali Traoré
s’il filait le parfait amour avec les soldats. Or,
les propos qui lui ont été prêtés
après la manifestation des militaires à
Ouagadougou en juillet 1999, ont (semble-t-il) écorné
son image au niveau des sans grade.
Dans tous les cas, les chambardements, d’aucuns
les annonçaient pour l’après Sommet.
Nous y sommes et le pire pour le président Compaoré
serait de vouloir laisser les choses en l’état.
Le Burkina n’est plus celui d’avant. Décembre
2006 et, accidentellement les militaires, ont lancé
le moteur à explosion sociale. A voir le ton des
uns et des autres dans les médias aussi bien que
dans les gargotes, on s’aperçoit que les
Burkinabé ne sont pas encore les mauviettes qu’on
croyait ! Les exigences de démocratie et de bonne
gouvernance se feront encore plus grandes et avec véhémence.
Dans tous les cas, avec le mutisme éloquent du
CDP dans cette affaire, le gouvernement devrait se faire
une bonne lecture de la situation. Les « djandjobas
» et autres manifestations féminines aux
frais de la princesses sont plutôt urticantes !