Mise à jour le 28/01/2007
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San Finna N°398 du 29 Janvier au 04 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

CRISE GUINEENNE
QUI AURA PERDU ? QUI AURA GAGNE ?

A la manière dont les choses étaient parties, on ne donnait pas cher de Lansana Conté et de son régime ! Il y avait tant de détermination dans les syndicats, tant de rage de vaincre de la part des populations qu’on croyait que tout était plié : les Guinéens allaient rééditer l’exploit des Sans culottes français, celui des jeunes Maliens qui avaient offert leurs poitrines aux canons de Moussa Traoré pour renaître à la liberté.

Après avoir payé le prix fort d’une soixantaine de vies humaines, de centaines de blessés, la certitude en Guinée était acquise que le peuple avait payé le prix de sa liberté. Mais la crise guinéenne a apporté la démonstration que, quand les hommes au pouvoir bénéficient du soutien effectif de l’armée, ils y sont vissés. La Guinée, apparemment, n’est ni le Mali ni la Roumanie, ni la Georgie… où l’armée, devant la révolte populaire, a fini par retourner ses baïonnettes au service du peuple. Le pouvoir guinéen a tenu bon parce que son armée a tenu bon, et du rêve de la libération par les barricades, il faudra peut-être se rabattre sur celui, plus modeste, de la cohabitation par la négociation.

C’est la tournure que semblent prendre les évènements après plus de 15 jours de grève et de flambées insurrectionnelles.

Les syndicalistes, tête de proue de la révolte populaire, ont demandé des mesures sociales et politiques dont la plus difficile à satisfaire était la nomination d’un premier Ministre qui mette en place un gouvernement de consensus pour préparer le pays à un après Conté démocratique.

Même si la population, fatiguée du régime en place et enhardie par sa mobilisation, voulait aller plus loin jusqu’à tourner la page du pouvoir, il faut reconnaître que c’étaient là des demandes maximales formulées par les syndicalistes. Grâce notamment à la 4ème épouse du président guinéen, au président du Conseil économique et social, aux religieux.., les syndicalistes se sont prêtés à un dialogue typiquement guinéen. Ils n’ont pas en effet eu recours aux canaux internationaux traditionnels (médiateurs de la CEDEAO, de l’Union africaine, des Nations Unies) ni même aux structures internes d’usage (institutions d’Etat) à proprement parler. Et ça a donné finalement comme résultat, ce qui paraissait inacceptable : l’acceptation de la nomination de ce premier Ministre voulu par les syndicats. Ce pourrait être assimilé à une sorte de coup d’Etat puisque dans les institutions, aucune disposition ne donne de telles prérogatives aux syndicats.

Il reste maintenant à expliquer et à faire accepter tout cela au peuple qui peut estimer que l’on a négocié « moins cher » son courage, son sacrifice. Du coup, le décompte est engagé pour savoir véritablement qui a gagné, qui a perdu.

Mais les syndicalistes, dira-t-on, (prenant la mesure des évènements) ont réalisé que le bain de sang aurait pu se poursuivre sans intervention extérieure pour le peuple ni retournement de situation militaire en leur faveur jusqu’à épuisement du peuple et peut-être au retournement de l’opinion contre eux (malheur aux vaincus !). L’intuition, le réalisme, on le reconnaîtra peut-être demain, c’est donc d’avoir saisi le bon moment pour sortir de la confrontation, pour faire comme le joueur qui se retire de la table de jeu avec son gain sans chercher à faire exploser la banque. Les syndicalistes ont bien vu qu’au rythme où allaient les choses, l’armée ne retournerait pas ses baïonnettes en faveur du peuple. Et comme ils n’avaient pas demandé plus ce que le président consent, ils peuvent estimer avoir pleinement rempli leur contrat, ce d’autant qu’ils attendent de voir la mise en œuvre des concessions avant de lever définitivement le mot d’ordre de grève.

On peut même pensé qu’ils ont mâché le travail aux partis politiques car ayant interféré dans un domaine qui, normalement, n’est pas de leurs compétences : celui des demandes politiques. Ils ont obtenu, en moins de 20 jours, ce que les partis politiques n’ont pas obtenu depuis près d’1/4 de siècle. On dit même que Lansana Conté serait prêt à accepter la transition.

Il reste maintenant à tous les acteurs de la société civile et politique, à tous les Guinéens, de savoir quoi faire de cette victoire acquise, quoi qu’on pourrait dire, de haute lutte. La question est de savoir de quels pouvoirs disposera le premier Ministre. Sera-t-il un véritable chef de gouvernement ayant les mains libres pour prendre toutes décisions et notamment celles exigées par les syndicalistes ?

Mais comment ne pas penser aussi que Lansana Conté, en fin politique et en homme ayant encore bon pied bon œil (quoi qu’on dise et malgré les apparences !), a compris qu’il ne fallait pas tirer trop longtemps sur la corde au risque, au train où allaient les choses, de voir la communauté internationale se donner bonne conscience pour s’immiscer dans les affaires intérieures de la Guinée ou de mettre à rude épreuve les militaires qui en viendraient à se diviser ou à relâcher leur soutien au régime. Il aurait alors tout perdu. Céder un premier Ministère, quand on a l’armée pour soi et quand c’est l’armée qui gouverne dans le pays, ce n’est finalement peut-être qu’un moyen de reculer pour mieux sauter.

Alors, qui a gagné, qui a perdu ? Bien malin qui peut le dire pour le moment !

La Rédaction





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