San
Finna N°399 du
05 au 11 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
DECLARATIONS
DE JACQUES CHIRAC SUR LE PROGRAMME NUCLEAIRE DE L’IRAN
BOURDE OU AVERTISSEMENT ?
Les
déclarations de Jacques Chirac au sujet du programme
nucléaire de l’Iran et de ses conséquences
au Moyen-Orient, ont fait sursauter les politiques français
et plus largement la communauté Internationale.
Dans un entretien accordé lundi dernier à
des journalistes du Nouvel Observateur, du New-York Times
et du International Herald Tribune, le Président
de la République a imaginé un scénario
dans lequel l’Iran parviendrait à se doter
de la bombe atomique. Et déclaré aux journalistes
présents : « Je dirais que ce n’est
pas tellement dangereux par le fait d’avoir une
bombe nucléaire -peut-être une deuxième
plus tard bon… ça n’est pas très
dangereux. Mais ce qui est dangereux c’est la prolifération.
Ca veut dire que si l’Iran poursuit son chemin et
maîtrise totalement la technique électronucléaire,
le danger n’est pas dans la bombe qu’il va
voir, et qui ne lui servira à rien… Il va
l’envoyer où cette bombe ? Sur Israël
? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère
que Téhéran sera rasée ».
Jacques Chirac aurait été interrogé
de façon impromptue sur l’Iran, alors que
l’entretien avait pour thème central, la
conférence sur l’environnement organisée
les 2 et 3 février à Paris et réunissant
de nombreux experts sur les changements climatiques.
Le lendemain, mardi, le Président de la République
a convoqué les journalistes présents la
veille, et est revenu sur ses propos. Il a déclaré
avoir cru s’exprimer « en off » et a
assuré que jamais il ne pensait que ces propos
seraient diffusés. Il a dit avoir eu «
un mot rapide. Et je retire naturellement quand j’ai
dit : « on va raser Téhéran ».
C’est évidemment une boutade dans mon esprit…mais
bon. Je n’imagine que l’on puisse raser Téhéran
! ». Il affirmait ainsi mardi : « Il
est évident que si un acte agressif indiscutable,
c’est-à-dire l’envoi d’une bombe
par une fusée porteuse, avait lieu (et cette bombe
serait, je le répète, automatiquement détruite
avant même d’avoir quitté le sol iranien
ou en tout cas le ciel iranien), il est évident
qu’il y aurait sans aucun doute des mesures de coercition,
des mesures de rétorsion forcément. Ca fait
partie de la dissuasion nucléaire ».
Il s’est ensuite expliqué sur les possibles
tentations par l’Arabie Saoudite et l’Egypte
de se doter à leur tour de la bombe atomique. Une
éventualité qu’il avait évoquée
au cours de l’entretien. « Je me suis
laissé aller parce que je croyais que c’était
en off, à dire que l’Arabie Saoudite ou l’Egypte
pourraient être tentées de suivre cet exemple.
Je retire naturellement, car ni l’Arabie Saoudite
ni l’Egypte n’ont fait la moindre déclaration
sur ces sujets, et donc ce n’est pas à moi
de les faire ». Il a enfin ajouté que
l’Iran était « une nation qui compte
» et mis en garde contre une escalade des sanctions
à l’encontre de l’Iran.
Le changement de ton du Président, du jour au lendemain,
est difficilement crédible selon quelques experts
internationaux. Certains se sont dits convaincus qu’il
fallait lire dans les déclarations de Jacques Chirac,
un avertissement à l’Iran au cas où
il prendrait l’envie à Téhéran,
d’user d’une force atomique sur Israël.
Entre bourde et avertissement, les déclarations
du Président tranchent avec la diplomatie habituelle
de la France à l’égard de Téhéran.
Rappelons que la France a des intérêts économiques
importants dans la République Islamique, quatrième
producteur mondial de pétrole.