San
Finna N°399 du
05 au 11 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
LE
COLLECTIF A MANIFESTE CE 3 FEVRIER
LES FRUITS ONT-ILS TENU LA PROMESSE DES FLEURS ?
Il
est des évènements qui sont naturellement
portés par des circonstances favorables. On peut
placer la manifestation du 3 février dernier du
Collectif au nombre de ces évènements. Lorsqu’on
se replonge dans le contexte national, deux évènements
en particulier donnaient à croire que cette manifestation
connaîtrait un succès.
Le premier se trouve
dans les répliques en cascade du non-lieu dans
l’affaire Norbert Zongo, dont la toute dernière
se trouve dans les révélations de Moïse
Ouédraogo que le Parquet a encore, une fois de
plus, rejetées avec fracas.
Le deuxième se trouve dans la dynamique créée
par la mutinerie de décembre dernier qui a fait
comprendre à chaque Burkinabé que c’est
au prix de la lutte que l’histoire avance.
Le 03 février devait être, au niveau des
partis politiques et de la société civile,
l’occasion de reprendre à la volée
le mécontentement des militaires qui, quoique circonscris
autour de revendications catégorielles, visait
également les dysfonctionnements dans l’armée,
dans la justice, donc la mal gouvernance.
Que pourra-t-on conclure maintenant que la manifestation
a eu lieu ?
Tout d’abord, on relèvera que la sensibilisation
autour de la manifestation a été en deçà
des attentes. Il y a eu certes quelques déclarations
et prestations médiatiques mais pas en nombre et
en ampleur suffisant pour entraîner le déclic
au niveau de l’opinion. Ensuite, il n’a pas
été suffisamment pris en compte les données
nouvelles de la vie politique liées à la
mutinerie dans l’armée pour renouveler les
thèmes de mobilisation et élargir le champ
de la lutte.
Mais malgré tout cela, et bien que les médias
internationaux ne se soient pas prêtés à
la préparation de l’évènement,
on peut dire que l’un dans l’autre, nous avons
eu droit à une bonne manifestation.
A Ouagadougou, les élèves, étudiants,
travailleurs de tous secteurs se sont effectivement retrouvés
ce 3 février, très nombreux, à la
place de la Nation. On a remarqué également
la présence de leaders politiques et syndicaux,
des Femmes en noir…
Dans les regards, les attitudes, se lisait l’attente
d’un message, d’un mot d’ordre fort.
Si ce mot d’ordre n’est pas venu au niveau
attendu, il y a tout de même dans l’air, un
frémissement notable. A côté des slogans,
« Nan lara a sara » !, des chansons, des gentillesses
habituelles réservées au clan Compaoré
(« A bas le clan maffieux de Blaise Compaoré,
Juges pourris …») ; il y a eu des demandes
liées au rejet de la gouvernance et au départ
de Blaise Compaoré lui-même.
Pour rester dans le ton, le vice- Président du
Collectif, dans le message central de la Coordination
nationale du regroupement, n’a pas eu sa langue
dans la poche : « Quand dans un pays, les uns
mangent et les autres regardent, le couvercle de la cocote
minute ne peut que sauter, et il va sauter ». Ainsi,
le Vice-Président du Collectif n’est pas
passé par 4 chemins pour exprimer « le ras
le bol » des masses. Pamphlet haut en couleurs
qui témoigne qu’effectivement, la mobilisation
va monter d’un cran. Et tout y est passé
pour faire éclater à la conscience de tous,
jusqu’à ceux qui font la politique de l’autruche,
le ras le bol populaire. Ainsi, on n’oubliera pas
demain qu’on n’avait pas été
prévenu. Et Tolé Sagnon égrène
la cherté de la vie, le soutien de nos gouvernants
aux rebelles ivoiriens, l’exploitation des richesses
du Nord de la Côte d’Ivoire par deux grands
de ce pays, les villas futuristes de Ouaga 2000 et Somgandé,
le sabotage du droit….
Et puis, comme signe que ce ne sont pas des mots en l’air,
que le temps de l’action est arrivé, les
décisions de la Coordination nationale du Collectif
ont été livrées :
-
ouverture d’une souscription à partir de
ce jour pour une durée de 6 mois pour aider le
Collectif pour ces luttes à venir, notamment la
5 ème Assemblée générale nationale
- organisation de conférences pour former la jeunesse
du « pays réel » à partir de
ce mois
- organisation d’une marche en mars si d’ici
là, rien n’est fait.
Après
donc la marche habituelle, le meeting de clôture
a été marqué par une souscription
de 110.135 fcfa en espèces, en attendant que pour
les luttes à venir, d’autres patriotes ouvrent
leurs cœurs au Collectif.
On
peut dire qu’à Bobo, Koudougou comme dans
bien de capitales provinciales, la mobilisation a été
au rendez-vous.
Il n’est pas certain que le pouvoir montrera de
l’émotion par rapport à cette manifestation.
S’il fait tout pour réduire l’impact
de la mutinerie, ce n’est pas par rapport à
cette protestation populaire qu’il montrera de l’émotion.
Mais au moins, ce sera un acte de plus, inscrit dans la
perspective, que le peuple est en état de marche
pour reconquérir ses droits légitimes confisqués
par le pouvoir.