*
Ce vendredi 2 février dernier, Ouagadougou
était en ébullition à cause de
ce combat de boxe de tous les dangers entre Idrissa
Kaboré dit le caïd du Faso et son challenger
togolais Balogoun Kokou. Le boxeur togolais inquiétait
beaucoup car on le savait invaincu jusqu’à
présent. Par ailleurs, ses phrases assénées
avant le combat « Je vais casser la gueule à
votre boxeur », bien que faisant partie du «
jeu », avaient eu un effet certain sur les Burkinabé
qui commençaient à craindre que le match
ne soit plié et livré. Eh bien, ça
n’a pas été le cas, ce qui on
peut le comprendre, requinque les Burkinabé.
Bien sûr, on n’a pas eu droit à
une victoire par KO mais aux points. C’est tout
de même une victoire. Bravo à notre caïd
du Faso et bonne continuation en sphère internationale
!
* Omar el Béchir voulait la présidence
de l’Union Africaine qu’on lui avait promise
l’an dernier. Mais voilà, la promesse
avait une clause suspensive : le Soudan devait montrer
de la bonne volonté et cesser ses bombardements
au Darfour. L’engagement n’a pas été
tenu, donnant ainsi des arguments à la communauté
internationale, à l’Union Africaine,
aux adversaires tchadiens du Soudanais, pour exiger
la révocation de cette promesse. Tenant le
bon bout, Déby menacera de ne pas siéger
pendant un an si d’aventure, l’UA passait
outre pour élire el Béchir à
sa tête. Ce dernier a fini par renoncer à
la présidence, laissant Idriss Déby
dans des transports de satisfaction comme s’il
venait de gagner un combat contre son plus cher ennemi.
Du coup, certains se demandent si le président
soudanais, juste pour embarrasser l’UA et tenir
tête surtout à Déby, n’aurait
pas gagné, lui aussi, à menacer de boycotter
pendant un an l’organisation continentale si
on ne l’élisait pas à sa tête.
* Chez nous, les législatives s’annoncent
et on peut dire que, des cadeaux, le CDP n’en
fera pas aux partis de la mouvance comme à
ceux de l’opposition maîtrisée
et évidemment, à l’opposition
à proprement parler. On vient d’assister,
après une offensive en duo de Roch Marc Christian
Kaboré et de Salif Diallo sur le terrain, contre
le Rassemblement populaire des citoyens (RPC), parti
attribué à tort ou à raison à
Zéphirin Diabré, à une saignée
de l’UPR avec des démissions en cascade
pour le CDP. Dernier cas : le passage des conseillers,
maire COMPRIS (à ce qu’on dit !) de l’UPR
vers le CDP dans la ville de Zabré.
* Comme si la vie politique n’était pas
suffisamment embrouillée, on ne compte plus
les candidatures de commerçants, de chefs,
de personnes n’ayant aucun lien avec la politique.
Maintenant, c’est aux préfets et autres
gouverneurs d’entrer dans la danse. On dit que
Mme Bolly née Djiga Fatimata, Préfet
de Péni, serait candidate du parti majoritaire,
tout comme Mété Bonkoungou Directeur
régional de santé, ou encore Jacob Ouédraogo
(Gouverneur de la région du Centre Est !) au
Yatenga. Si c’est vérifié, c’est
grave car qu’ils soient élus ou non,
le risque d’influence et de manipulation du
scrutin est bel et bien déclaré par
leurs prises de position officielles.
* Pour la manifestation du Collectif, le bruit a couru,
avant sa tenue, que la DCIR, chargée de la
surveillance de la marche et du meeting, se serait
fait tirer l’oreille, avançant qu’elle
n’avait pas les moyens adéquats pour
faire son boulot. Mais finalement, elle a répondu
présente !
* Bernard Kouchner vient de lancer un appel à
signature pour que le président guinéen
soit traduit devant la justice internationale. Dans
le principe, il n’y a pas beaucoup à
redire mais, dans le fond, quand on voit tous les
cas du genre en Afrique, qui impliquent jusqu’à
des gouvernements étrangers, (et pour lesquels
des leaders d’opinion comme Bernard Kouchner
ne pipent mot), on peut craindre que cette saillie
du politique et communicateur de renom ne succombe
à la critique de manipulation d’opinion
à des fins de prestige ou de dividendes politiques.
Il y a actuellement beaucoup à dénoncer
s’agissant du génocide rwandais, du procès
annoncé de Charles Taylor, comme à propos
de la gouvernance de bien de pays africains : Libye,
Tchad, Centrafrique, Burkina Faso, Zimbabwe, Ouganda,
Tunisie, Soudan .. et nous en passons. Une démarche
globale, visant le combat de la criminalité
d’Etat dans son ensemble, serait beaucoup plus
crédible et respectueuse des souffrances multiples
des peuples africains privés non seulement
de démocratie et de bonne gouvernance mais
de la solidarité désintéressée
des partenaires techniques et financiers comme des
leaders d’opinion en général.
Le « silence complice » dont fait état
le Docteur Kouchner, à cet égard, est
loin d’être applicable à la seule
Guinée ; on le relève également
à l’encontre de la crise ivoirienne comme
de bien d’autres.
* On a appris, par la newsletter de site de Thomas
Sankara, que le livre de Vincent Ouattara, «
L’ère Compaoré : crimes, politique
et gestion du pouvoir » (bloqué à
la douane burkinabé, semble-t-il, à
cause de son titre choc) est en vente aux Editions
Klamba, depuis décembre 2006. Pour en savoir
plus, vous pouvez écrire à ce mail :
kanba.editions@laposte.net. Extraits de la conclusion
de l’ouvrage, qui se laisserait lire d’un
trait et qui comporte 288 pages : "Une société
où les lois ne fonctionnent pas est une société
sans repère, où rien ne peut se construire
correctement. Il faudrait pouvoir cultiver l’excellence,
l’amour du travail et la méritocratie
dans une société qui voit le succès
et la réussite dans la tricherie, le vol, le
détournements, la calomnie et les flatteries
des hommes au pouvoir et les réseaux d’alliance
et de parentés, le maraboutage". Voilà
qui met l’eau à la bouche…
* On pensait qu’au Tchad, les rebelles avaient
totalement désarmé. Que nenni ! Des
combats extrêmement violents ont repris dans
l’est du pays. Idriss Déby, qui semble
requinqué avec le dernier sommet de l’Union
Africaine, sera-t-il assez fort pour réduire
les rebelles ? Sera-t-il encore épaulé
par la France ? Affaire à suivre !
* Peut-on parler de vagabondages politiques au sujet
de Idrissa Seck, ancien premier Ministre sénégalais
? Sans aucun doute, oui. Après avoir été
remercié, emprisonné pour une affaire
de pot-de-vin, il a claqué la porte du PDS
avec fracas, ambitionnant de devenir le numéro
Un de l’opposition qui dégommerait son
ancien parti à la présidentielle à
venir. Et il a semblé à un moment que
la mayonnaise prenait. Et puis le voilà engagé
dans un tango avec Wade après, dit-on, des
heures de face à face. Le peuple y aurait vu
dans son ensemble un reniement politique spectaculaire
pouvant en tout cas tuer le nomade Idrissa Seck. Aujourd’hui,
il annonce que malgré les retrouvailles, il
se présente tout de même à la
magistrature suprême. De là à
y voir un candidat « SCUD » chargé
de labourer dans les champs de l’opposition
pour y piquer des voix à mettre dans l’escarcelle
de Wade, il n’y a qu’un pas, que beaucoup
ont franchi ! D’autres vont même jusqu’à
se demander si au fond, tout ce que Wade et Seck ont
servi à l’opinion n’était
tout simplement pas un scénario !
* Chez nous au Faso, les militaires se seraient réunis
mercredi et jeudi passés et la rumeur fait
savoir que peut être mardi, ils se retrouveront
à nouveau. Ils refuseraient les interférences
de François Compaoré dans les affaires
militaires, demanderaient un face à face avec
Blaise Compaoré en personne, exigeraient les
indemnités ici et maintenant.
* Puisqu’on est sur le sujet des militaires,
il faut savoir qu’en Côte d’ivoire,
dans la zone loyaliste, les militaires viennent de
faire le coup de feu à Bouaflé, Abengourou,
Zuénoula, Gohitafla et de Yamoussoukro, pour
appuyer des revendications catégorielles. On
voit d’ici les réactions peu amènes
qui suivront cet énième acte d’indiscipline
des militaires. On rappellera qu’après
les précédents en RDC, en RCA, en Sierra
Leone.., ça commence à être une
véritable plaie des républiques africaines,
et bien sûr, on fera la relation avec la dernière
sédition au Burkina Faso sinon pour banaliser,
pour dire que ça n’arrive pas qu’aux
autres ! Mais attention à ne pas schématiser
en voulant comparer ce qui n’est pas comparable.
Les séditions interviennent toujours dans des
pays en butte à des déséquilibres
liés à des actions de déstabilisation
ou de mal gouvernance. Ce n’est pas d’aujourd’hui
que les enfants « djafoulent » comme ça
les armes à la main en Côte d’Ivoire.
Ils avaient déjà lancé le mouvement
pour demander à Guei Robert de balayer la maison.
Ils ont tenté sans succès de remettre
ça avec les Zinzin et Baoufoué contre
Laurent Gbagbo. Et depuis, de temps en temps, ils
renouent avec les vieilles habitudes. La Côte
d’Ivoire ayant connu un coup d’Etat, une
agression dont elle n’en a réchappé
que par miracle, en subit les contrecoups à
travers la désobéissance qui a pris
corps dans son armée. Encore y réussit-elle
malgré moult difficultés puisque le
phénomène de la contestation militaire
est maîtrisé. Mais pour le Burkina Faso,
c’est le ciel qui lui est tombé sur la
tête. Présenté comme le pays du
calme plat, où tous les indicateurs sont au
vert et où l’armée est derrière
un seul homme, la mutinerie brise des tabous et fragilise
singulièrement les autorités alors qu’en
Côte d’Ivoire, ce n’est pas cette
impression qui se dégage, principalement.
* Philippe Douste Blazy était l’invité
de l’émission française «
On a tout essayé » de Laurent Ruquier
ce 2 février 2007. A la question du célèbre
chroniqueur Stevy de savoir ce qu’il faut faire
pour éviter que les milliards de fcfa provenant
des impôts des Français, n’aillent
à des gouvernants véreux pour la plupart,
le ministre a dit qu’il faut d’abord éviter
de piller l’Afrique. Et il a reconnu que si
hier la France a eu sa part de fautes à ce
niveau, aujourd’hui il en est d’autres
pour pratiquer ce pillage. Et il a donné l’exemple
de la Chine Populaire au Darfour. Bref, la France
pour lui est blanche comme neige : elle n’a
pas d’intérêts pétroliers
au Nigeria, au Tchad, au Congo, elle pas d’intérêts
sur l’uranium nigérien, dans les marchés
publics de nombre de pays africains…. Comme
on aurait aimé qu’il suggère une
lutte globale internationale pour que les chefs d’Etat
ne se pérennisent au pouvoir, pour que les
élections ne soient pas bidouillées…,
surtout que tout cela amène guerres et rébellions....
!
* Nicolas Sarkozy devrait se rendre en fin février,
selon la Lettre du Continent, au Gabon et au Congo
Brazzaville. On sait que ces pays figurent parmi les
hauts lieux de la Françafrique. Le candidat
français va-t-il faire ami-ami avec Bongo et
N’Guesso ? Tous ses gestes seront analysés,
à n’en pas douter, lui qui disait à
Cotonou qu’il en finirait avec les réseaux,
le soutien aux dictateurs et la politique de copinage.
Mais c’est vrai que depuis, beaucoup d’eau
a coulé sous les ponts et que la rupture est
devenue « tranquille ».
* Extraits intéressants du « Matin d’Abidjan
» du 2 février 2007, concernant la médiation
burkinabé sur la crise ivoirienne. «
….C'est donc à Ouaga que le médiateur
Sud-africain a travaillé à rapprocher
les deux frères devenus ennemis, le temps de
5 ans d'incompréhension…Mbeki aurait
longuement exposé sur les avantages particuliers,
pour Blaise Compaoré, d'aider à solutionner
la crise ivoirienne ‘Excellence M. Le Président,
vous êtes accusé de mettre le feu à
la Côte d'Ivoire, pourquoi ne pas vous investir
personnellement pour mettre fin à la guerre
et prouver votre bonne foi vis-à-vis des Ivoiriens?’,
a-t-il dit à l'occasion de l'un de ses exposés,
ce jour. Au passage, le fils de Govan Mbeki prend
soin de souligner que le beau Blaise a, là,
l'occasion de redorer son blason vis-à-vis
du peuple Ivoirien, pour qui il apparaît désormais
comme l'assassin, le déstabilisateur N°1.
L'argumentation est aussi valable, pour être
blanchi aux yeux du monde, quand l'on a été
l'un des éléments essentiels, aussi
bien de la connexion mondiale de la mort avec la parenthèse
de la guerre civile au Liberia aux côtés
de Taylor, que de celle concernant l'achat des diamants
du sang, aux côtés des rebelles de la
Sierra Leone. D'autre part, Ouaga est aujourd'hui
réputée pour être une plate-forme
de passage de produits comme le cacao, le coton, le
diamant ivoirien… frauduleusement sortis du
territoire et des mines ivoiriens. Sur ce chapitre
précis, le chef de l'Etat ivoirien avait averti
que le moment venu, tous ces pays, passés producteurs
de produits appartenant à la Côte d'Ivoire,
seraient poursuivis par la justice internationale.
Mbeki a dû faire pression pour que ces ‘crimes’
aussi bien économiques que de guerre soient
passés à pertes et profits par Laurent
Gbagbo, moyennant, en retour, une implication sans
faille de Ouaga, pour que vive la paix en Côte
d'Ivoire. Après plusieurs tractations, Mbeki
obtient gain de cause ».
* La CEDEAO vient d’être éconduite
à Conakry. A la mission mise sur pied à
Ouaga et qui s’annonçait, conduite par
Obasanjo et Wade, Lansana Conté aurait fait
dire qu’il était au village. Ca veut
dire ce que ça veut dire. Mais pour son ami
capverdien Vieira, dont la visite était annoncée
dans le même temps, le village pourra le libérer
pour qu’il reçoive son invité
! Deux poids, deux mesures, qui sont le reflet de
la considération que Conté a pour la
CEDEAO, friande de médiations, et pour son
ami Vieira ! Il faut dire aussi que cette délégation
ouest-africaine arrivait plutôt comme le médecin
après le mort, les protagonistes ayant réglé
leurs problèmes et le mot d’ordre de
grève étant levé, on pouvait
se demander si Obansajo était mandaté
pour jouer la mouche du coche ou pour s’attribuer
un rôle de régisseur qu’il n’a
pas dans la crise guinéenne.
* Pour finir sur une note légère, et
c’est la grande nouvelle de la semaine, diffusée
par nombre de médias du globe : Silvio Berlusconi
a présenté des excuses publiques à
son épouse. Selon le Libération du 1er
février, Mme Berlusconi « Offensée
de voir son mari courir les jupons », a écrit
une lettre ouverte au présumé volage
époux dont le journal La Repubblica s’en
fait l’écho en ces termes : «Veronica
Lario a exigé des ‘excuses publiques’
de son mari, ‘faute d'en avoir reçu en
privé’ ! ‘Ma dignité de
femme doit aussi servir de modèle à
mes enfants’, assène la mère ‘blessée’
de trois des cinq rejetons de l'homme le plus riche
d'Italie .Il y a quelques jours, l'ex-Premier ministre
avait publiquement courtisé une animatrice
de télévision (‘avec vous, j'irais
n'importe où !’) puis une députée
de Forza Italia (‘si je n'étais pas déjà
marié, je l'épouserais tout de suite’).
Réponse du Cavaliere, communiquée le
jour même à l'agence de presse Ansa :
‘Ta dignité est un bien précieux
que je garde dans mon coeur même quand mes lèvres
profèrent des blagues irréfléchies.
(..) Je te prie de m'excuser et de prendre ce témoignage
public de mon orgueil qui cède à ta
colère comme un acte d'amour’.»
Serait-ce l’expression d’un amour sincère
ou un bon coup de « com » pour regagner
des places dans l’opinion ? A vous de juger
!