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San Finna N°399 du 05 au 11 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

 

Tribune de la femme

* Ce vendredi 2 février dernier, Ouagadougou était en ébullition à cause de ce combat de boxe de tous les dangers entre Idrissa Kaboré dit le caïd du Faso et son challenger togolais Balogoun Kokou. Le boxeur togolais inquiétait beaucoup car on le savait invaincu jusqu’à présent. Par ailleurs, ses phrases assénées avant le combat « Je vais casser la gueule à votre boxeur », bien que faisant partie du « jeu », avaient eu un effet certain sur les Burkinabé qui commençaient à craindre que le match ne soit plié et livré. Eh bien, ça n’a pas été le cas, ce qui on peut le comprendre, requinque les Burkinabé. Bien sûr, on n’a pas eu droit à une victoire par KO mais aux points. C’est tout de même une victoire. Bravo à notre caïd du Faso et bonne continuation en sphère internationale !

* Omar el Béchir voulait la présidence de l’Union Africaine qu’on lui avait promise l’an dernier. Mais voilà, la promesse avait une clause suspensive : le Soudan devait montrer de la bonne volonté et cesser ses bombardements au Darfour. L’engagement n’a pas été tenu, donnant ainsi des arguments à la communauté internationale, à l’Union Africaine, aux adversaires tchadiens du Soudanais, pour exiger la révocation de cette promesse. Tenant le bon bout, Déby menacera de ne pas siéger pendant un an si d’aventure, l’UA passait outre pour élire el Béchir à sa tête. Ce dernier a fini par renoncer à la présidence, laissant Idriss Déby dans des transports de satisfaction comme s’il venait de gagner un combat contre son plus cher ennemi. Du coup, certains se demandent si le président soudanais, juste pour embarrasser l’UA et tenir tête surtout à Déby, n’aurait pas gagné, lui aussi, à menacer de boycotter pendant un an l’organisation continentale si on ne l’élisait pas à sa tête.

* Chez nous, les législatives s’annoncent et on peut dire que, des cadeaux, le CDP n’en fera pas aux partis de la mouvance comme à ceux de l’opposition maîtrisée et évidemment, à l’opposition à proprement parler. On vient d’assister, après une offensive en duo de Roch Marc Christian Kaboré et de Salif Diallo sur le terrain, contre le Rassemblement populaire des citoyens (RPC), parti attribué à tort ou à raison à Zéphirin Diabré, à une saignée de l’UPR avec des démissions en cascade pour le CDP. Dernier cas : le passage des conseillers, maire COMPRIS (à ce qu’on dit !) de l’UPR vers le CDP dans la ville de Zabré.

* Comme si la vie politique n’était pas suffisamment embrouillée, on ne compte plus les candidatures de commerçants, de chefs, de personnes n’ayant aucun lien avec la politique. Maintenant, c’est aux préfets et autres gouverneurs d’entrer dans la danse. On dit que Mme Bolly née Djiga Fatimata, Préfet de Péni, serait candidate du parti majoritaire, tout comme Mété Bonkoungou Directeur régional de santé, ou encore Jacob Ouédraogo (Gouverneur de la région du Centre Est !) au Yatenga. Si c’est vérifié, c’est grave car qu’ils soient élus ou non, le risque d’influence et de manipulation du scrutin est bel et bien déclaré par leurs prises de position officielles.

* Pour la manifestation du Collectif, le bruit a couru, avant sa tenue, que la DCIR, chargée de la surveillance de la marche et du meeting, se serait fait tirer l’oreille, avançant qu’elle n’avait pas les moyens adéquats pour faire son boulot. Mais finalement, elle a répondu présente !

* Bernard Kouchner vient de lancer un appel à signature pour que le président guinéen soit traduit devant la justice internationale. Dans le principe, il n’y a pas beaucoup à redire mais, dans le fond, quand on voit tous les cas du genre en Afrique, qui impliquent jusqu’à des gouvernements étrangers, (et pour lesquels des leaders d’opinion comme Bernard Kouchner ne pipent mot), on peut craindre que cette saillie du politique et communicateur de renom ne succombe à la critique de manipulation d’opinion à des fins de prestige ou de dividendes politiques. Il y a actuellement beaucoup à dénoncer s’agissant du génocide rwandais, du procès annoncé de Charles Taylor, comme à propos de la gouvernance de bien de pays africains : Libye, Tchad, Centrafrique, Burkina Faso, Zimbabwe, Ouganda, Tunisie, Soudan .. et nous en passons. Une démarche globale, visant le combat de la criminalité d’Etat dans son ensemble, serait beaucoup plus crédible et respectueuse des souffrances multiples des peuples africains privés non seulement de démocratie et de bonne gouvernance mais de la solidarité désintéressée des partenaires techniques et financiers comme des leaders d’opinion en général. Le « silence complice » dont fait état le Docteur Kouchner, à cet égard, est loin d’être applicable à la seule Guinée ; on le relève également à l’encontre de la crise ivoirienne comme de bien d’autres.

* On a appris, par la newsletter de site de Thomas Sankara, que le livre de Vincent Ouattara, « L’ère Compaoré : crimes, politique et gestion du pouvoir » (bloqué à la douane burkinabé, semble-t-il, à cause de son titre choc) est en vente aux Editions Klamba, depuis décembre 2006. Pour en savoir plus, vous pouvez écrire à ce mail : kanba.editions@laposte.net. Extraits de la conclusion de l’ouvrage, qui se laisserait lire d’un trait et qui comporte 288 pages : "Une société où les lois ne fonctionnent pas est une société sans repère, où rien ne peut se construire correctement. Il faudrait pouvoir cultiver l’excellence, l’amour du travail et la méritocratie dans une société qui voit le succès et la réussite dans la tricherie, le vol, le détournements, la calomnie et les flatteries des hommes au pouvoir et les réseaux d’alliance et de parentés, le maraboutage". Voilà qui met l’eau à la bouche…

* On pensait qu’au Tchad, les rebelles avaient totalement désarmé. Que nenni ! Des combats extrêmement violents ont repris dans l’est du pays. Idriss Déby, qui semble requinqué avec le dernier sommet de l’Union Africaine, sera-t-il assez fort pour réduire les rebelles ? Sera-t-il encore épaulé par la France ? Affaire à suivre !
* Peut-on parler de vagabondages politiques au sujet de Idrissa Seck, ancien premier Ministre sénégalais ? Sans aucun doute, oui. Après avoir été remercié, emprisonné pour une affaire de pot-de-vin, il a claqué la porte du PDS avec fracas, ambitionnant de devenir le numéro Un de l’opposition qui dégommerait son ancien parti à la présidentielle à venir. Et il a semblé à un moment que la mayonnaise prenait. Et puis le voilà engagé dans un tango avec Wade après, dit-on, des heures de face à face. Le peuple y aurait vu dans son ensemble un reniement politique spectaculaire pouvant en tout cas tuer le nomade Idrissa Seck. Aujourd’hui, il annonce que malgré les retrouvailles, il se présente tout de même à la magistrature suprême. De là à y voir un candidat « SCUD » chargé de labourer dans les champs de l’opposition pour y piquer des voix à mettre dans l’escarcelle de Wade, il n’y a qu’un pas, que beaucoup ont franchi ! D’autres vont même jusqu’à se demander si au fond, tout ce que Wade et Seck ont servi à l’opinion n’était tout simplement pas un scénario !

* Chez nous au Faso, les militaires se seraient réunis mercredi et jeudi passés et la rumeur fait savoir que peut être mardi, ils se retrouveront à nouveau. Ils refuseraient les interférences de François Compaoré dans les affaires militaires, demanderaient un face à face avec Blaise Compaoré en personne, exigeraient les indemnités ici et maintenant.

* Puisqu’on est sur le sujet des militaires, il faut savoir qu’en Côte d’ivoire, dans la zone loyaliste, les militaires viennent de faire le coup de feu à Bouaflé, Abengourou, Zuénoula, Gohitafla et de Yamoussoukro, pour appuyer des revendications catégorielles. On voit d’ici les réactions peu amènes qui suivront cet énième acte d’indiscipline des militaires. On rappellera qu’après les précédents en RDC, en RCA, en Sierra Leone.., ça commence à être une véritable plaie des républiques africaines, et bien sûr, on fera la relation avec la dernière sédition au Burkina Faso sinon pour banaliser, pour dire que ça n’arrive pas qu’aux autres ! Mais attention à ne pas schématiser en voulant comparer ce qui n’est pas comparable. Les séditions interviennent toujours dans des pays en butte à des déséquilibres liés à des actions de déstabilisation ou de mal gouvernance. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les enfants « djafoulent » comme ça les armes à la main en Côte d’Ivoire. Ils avaient déjà lancé le mouvement pour demander à Guei Robert de balayer la maison. Ils ont tenté sans succès de remettre ça avec les Zinzin et Baoufoué contre Laurent Gbagbo. Et depuis, de temps en temps, ils renouent avec les vieilles habitudes. La Côte d’Ivoire ayant connu un coup d’Etat, une agression dont elle n’en a réchappé que par miracle, en subit les contrecoups à travers la désobéissance qui a pris corps dans son armée. Encore y réussit-elle malgré moult difficultés puisque le phénomène de la contestation militaire est maîtrisé. Mais pour le Burkina Faso, c’est le ciel qui lui est tombé sur la tête. Présenté comme le pays du calme plat, où tous les indicateurs sont au vert et où l’armée est derrière un seul homme, la mutinerie brise des tabous et fragilise singulièrement les autorités alors qu’en Côte d’Ivoire, ce n’est pas cette impression qui se dégage, principalement.

* Philippe Douste Blazy était l’invité de l’émission française « On a tout essayé » de Laurent Ruquier ce 2 février 2007. A la question du célèbre chroniqueur Stevy de savoir ce qu’il faut faire pour éviter que les milliards de fcfa provenant des impôts des Français, n’aillent à des gouvernants véreux pour la plupart, le ministre a dit qu’il faut d’abord éviter de piller l’Afrique. Et il a reconnu que si hier la France a eu sa part de fautes à ce niveau, aujourd’hui il en est d’autres pour pratiquer ce pillage. Et il a donné l’exemple de la Chine Populaire au Darfour. Bref, la France pour lui est blanche comme neige : elle n’a pas d’intérêts pétroliers au Nigeria, au Tchad, au Congo, elle pas d’intérêts sur l’uranium nigérien, dans les marchés publics de nombre de pays africains…. Comme on aurait aimé qu’il suggère une lutte globale internationale pour que les chefs d’Etat ne se pérennisent au pouvoir, pour que les élections ne soient pas bidouillées…, surtout que tout cela amène guerres et rébellions.... !

* Nicolas Sarkozy devrait se rendre en fin février, selon la Lettre du Continent, au Gabon et au Congo Brazzaville. On sait que ces pays figurent parmi les hauts lieux de la Françafrique. Le candidat français va-t-il faire ami-ami avec Bongo et N’Guesso ? Tous ses gestes seront analysés, à n’en pas douter, lui qui disait à Cotonou qu’il en finirait avec les réseaux, le soutien aux dictateurs et la politique de copinage. Mais c’est vrai que depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et que la rupture est devenue « tranquille ».

* Extraits intéressants du « Matin d’Abidjan » du 2 février 2007, concernant la médiation burkinabé sur la crise ivoirienne. « ….C'est donc à Ouaga que le médiateur Sud-africain a travaillé à rapprocher les deux frères devenus ennemis, le temps de 5 ans d'incompréhension…Mbeki aurait longuement exposé sur les avantages particuliers, pour Blaise Compaoré, d'aider à solutionner la crise ivoirienne ‘Excellence M. Le Président, vous êtes accusé de mettre le feu à la Côte d'Ivoire, pourquoi ne pas vous investir personnellement pour mettre fin à la guerre et prouver votre bonne foi vis-à-vis des Ivoiriens?’, a-t-il dit à l'occasion de l'un de ses exposés, ce jour. Au passage, le fils de Govan Mbeki prend soin de souligner que le beau Blaise a, là, l'occasion de redorer son blason vis-à-vis du peuple Ivoirien, pour qui il apparaît désormais comme l'assassin, le déstabilisateur N°1. L'argumentation est aussi valable, pour être blanchi aux yeux du monde, quand l'on a été l'un des éléments essentiels, aussi bien de la connexion mondiale de la mort avec la parenthèse de la guerre civile au Liberia aux côtés de Taylor, que de celle concernant l'achat des diamants du sang, aux côtés des rebelles de la Sierra Leone. D'autre part, Ouaga est aujourd'hui réputée pour être une plate-forme de passage de produits comme le cacao, le coton, le diamant ivoirien… frauduleusement sortis du territoire et des mines ivoiriens. Sur ce chapitre précis, le chef de l'Etat ivoirien avait averti que le moment venu, tous ces pays, passés producteurs de produits appartenant à la Côte d'Ivoire, seraient poursuivis par la justice internationale. Mbeki a dû faire pression pour que ces ‘crimes’ aussi bien économiques que de guerre soient passés à pertes et profits par Laurent Gbagbo, moyennant, en retour, une implication sans faille de Ouaga, pour que vive la paix en Côte d'Ivoire. Après plusieurs tractations, Mbeki obtient gain de cause ».

* La CEDEAO vient d’être éconduite à Conakry. A la mission mise sur pied à Ouaga et qui s’annonçait, conduite par Obasanjo et Wade, Lansana Conté aurait fait dire qu’il était au village. Ca veut dire ce que ça veut dire. Mais pour son ami capverdien Vieira, dont la visite était annoncée dans le même temps, le village pourra le libérer pour qu’il reçoive son invité ! Deux poids, deux mesures, qui sont le reflet de la considération que Conté a pour la CEDEAO, friande de médiations, et pour son ami Vieira ! Il faut dire aussi que cette délégation ouest-africaine arrivait plutôt comme le médecin après le mort, les protagonistes ayant réglé leurs problèmes et le mot d’ordre de grève étant levé, on pouvait se demander si Obansajo était mandaté pour jouer la mouche du coche ou pour s’attribuer un rôle de régisseur qu’il n’a pas dans la crise guinéenne.

* Pour finir sur une note légère, et c’est la grande nouvelle de la semaine, diffusée par nombre de médias du globe : Silvio Berlusconi a présenté des excuses publiques à son épouse. Selon le Libération du 1er février, Mme Berlusconi « Offensée de voir son mari courir les jupons », a écrit une lettre ouverte au présumé volage époux dont le journal La Repubblica s’en fait l’écho en ces termes : «Veronica Lario a exigé des ‘excuses publiques’ de son mari, ‘faute d'en avoir reçu en privé’ ! ‘Ma dignité de femme doit aussi servir de modèle à mes enfants’, assène la mère ‘blessée’ de trois des cinq rejetons de l'homme le plus riche d'Italie .Il y a quelques jours, l'ex-Premier ministre avait publiquement courtisé une animatrice de télévision (‘avec vous, j'irais n'importe où !’) puis une députée de Forza Italia (‘si je n'étais pas déjà marié, je l'épouserais tout de suite’). Réponse du Cavaliere, communiquée le jour même à l'agence de presse Ansa : ‘Ta dignité est un bien précieux que je garde dans mon coeur même quand mes lèvres profèrent des blagues irréfléchies. (..) Je te prie de m'excuser et de prendre ce témoignage public de mon orgueil qui cède à ta colère comme un acte d'amour’.» Serait-ce l’expression d’un amour sincère ou un bon coup de « com » pour regagner des places dans l’opinion ? A vous de juger !





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