San
Finna N°399 du
05 au 11 Février 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
AUTOUR
DE L’INTERVIEW ACCORDEE PAR MME BOUNDI POROBA DITE
ALADIGNON
(LA MAGICIENNE DU « BALAI »)
QUI NE SERA PAS PUBLIEE
Après
cette émission quasiment en « live »
où l’on a vu le Ministre de la Justice ordonner
la restitution du matériel de travail de Mme Boundi
Poroba saisi par les forces de l’ordre, un débat
s’en était suivi faisant quasiment entrer
l’affaire dans le domaine public.
L’opinion
avait effectivement été informée
qu’il existait à Bobo-Dioulasso, une dame
qui aurait des pouvoirs supra naturels pour confondre
des délinquants que la machine policière
et judiciaire se révélait incapable de faire.
Au Burkina Faso, on est naturellement friand de magie,
de « wack », et l’affaire ne pouvait
pas ne pas laisser indifférent.
Elle intéressait aussi au niveau des intellectuels,
notamment des juristes, car beaucoup se demandaient si
la dame ne faisait pas une concurrence à la justice
et si le Garde des Sceaux avait bien fait en contrevenant
publiquement à une mesure de police. Les débats
battaient leur plein et certains ne pouvaient pas s’empêcher
de faire des comparaisons entre le président Conté
allant personnellement libérer son ami de la prison
et le ministre de la justice du Burkina, écornant
l’autorité des forces de l’ordre en
les sanctionnant publiquement par la restitution des objets
saisis.
San Finna a trouvé tout à fait normal de
dépêcher un collaborateur à Bobo-Dioulasso
pour en savoir plus sur cette affaire.
Le collaborateur a effectivement pu entrer en contact
avec la dame Boundi Poroba dite Aladignon, très
sympathique au demeurant, qui a accepté de bonne
grâce de se prêter au jeu des questions-réponses,
de parler de sa vie, de son activité, de ses démêlés
avec la justice.
Mais une fois que l’entretien fut clôturé
et que le collaborateur en informa sa Rédaction,
commencèrent les coups de téléphone,
les visites, bref une véritable cascade de pressions,
de harcèlements pour ne pas publier l’élément.
C’est d’abord un journaliste disant travailler
à la RTB qui s’oppose à la publication
de l’interview au motif que le passage de l’élément
à la TNB a causé beaucoup d’ennuis
à la bonne dame et qu’elle ne souhaiterait
vraiment plus en rajouter, que le ministre suivait personnellement
le dossier.
Ce fut ensuite les propres enfants de la dame, ses copines,
son époux, des journaliste et secrétaires
de Bobo qui ont fait le siège auprès de
notre collaborateur pour demander que l’interview
reste au « frigo ».
San Finna, effectivement, ne publiera pas l’entretien,
pas à cause de ces pressions mais parce que Mme
Boundi Poroba dite Aladignon a elle-même fini par
se rétracter et demander à son tour de ne
pas porter ses propos à la connaissance de l’opinion.
Nous n’allons pas manquer toutefois d’approcher
d’autres confrères, les associations de journalistes,
le CSC pour être bien rassuré qu’il
n’y a pas dans tout cela, une espèce de censure
qui ne dit pas son nom et une atteinte à la liberté
de la presse.
Nous remercions toutefois Mme Boundi Poroba dite Aladignon
pour son amabilité et qui, sauf toutes ces interventions,
aurait de bonne grâce laissé les Burkinabé
connaître un pan de son métier, de sa vie
qui ne fut pas toujours facile.