San
Finna N°400 du
12 au 18 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
LA
CONFERENCE DE PARIS SUR LES ENFANTS-SOLDATS
UNE QUESTION CAPITALE CERTES MAIS A VOIR DANS TOUS SES
ASPECTS
A
Paris, s’est tenue en début de semaine passée,
une grande conférence sur la question des enfants-soldats.
Excellente initiative quand on sait qu’il y en a
au bas mot, 300 000 de par le monde. 58 pays étaient
donc présents pour voir les dispositions à
prendre pour empêcher ces recrutements et voir comment
lutter contre ceux qui y ont recours.
Le quotidien Le
Figaro du 7/02/07 a rapporté que « ces pays
se sont engagés à ne pas utiliser des enfants
soldats et à favoriser leur réinsertion
dans la vie civile, lors de la conférence ''Libérons
les enfants de la guerre'' réunie depuis lundi
à Paris ». Il ont surtout noté que
« Parmi les signataires du document figurent dix
des douze pays où, selon l'ONU, des enfants sont
utilisés comme soldats, dont le Soudan, le Tchad,
l'Ouganda, la République démocratique du
Congo, la Colombie, le Népal et le Sri Lanka ».
La seule ombre au tableau selon le quotidien, c’est
que « les "engagements" de Paris (…)
n'ont pas de valeur juridique contraignante ».
Ce
qu’on peut dire de cette grande réunion,
c’est qu’effectivement les violences sur les
enfants, les crimes sur ces êtres innocents, devraient
figurer en première place dans les crimes contre
l’humanité surtout que cette question s’est
imposée comme l’un des dérèglements
sociétal les plus graves de notre époque.
De voir utilisés sur notre continent, ces jeunes
-parfois même de 8 ans !- dans des conflits par
des adultes comme porteurs, comme esclaves sexuels, comme
chair à canon, comme détecteurs de mines
antipersonnelle, a gommé des consciences l’idée,
quoique naïve mais humaine, du Noir qui n’est
pas bien méchant. Pour en effet être capables
de tels crimes sur les enfants, il faut avoir l’âme
bien noire, vidée de toute humanité.
Mais quand on examine au fond les causes qui sous-tendent
les conflits en Afrique et les dérives qu’elles
génèrent avec notamment l’enrôlement
et l’exploitation des enfants, on est obligé
de reconnaître que l’inhumanité que
l’on colle à ceux qui sont coupables de ces
crimes est partagée par bien de parrainages et
complicités extérieurs à l’Afrique.
Si l’on cherche donc à combattre le mal,
il faut le faire globalement, en s’attaquant à
toute la chaîne de responsabilité.
Il est bien qu’à Paris, on ait convoqué,
à grand renfort de publicité, une conférence
sur le sujet et que l’on veuille graver dans les
pages de l’histoire que c’est la capitale
des droits de l’homme qui l’a co-organisée
avec l’UNICEF. Mais il y a beaucoup à dire
car si on a dit beaucoup de choses sur les enfants-soldats,
on n’a quasiment rien dit sur ceux qui les ont créés.
Surtout, on n’a pas dit comment faire pour qu’ils
paient pour leurs crimes. Qu’à Paris, on
puisse en effet évoquer cette question sans divulguer
les noms des chefs de guerre, des chefs d’Etat dans
les conflits qu’ils ont suscités directement
ou indirectement, est tout à fait incompréhensible
sinon suspect.
L’UNICEF a déjà fait une campagne
sur le sujet des enfants-soldats qui a fait grand bruit.
Elle n’a pas manqué de révéler
ces responsabilités, et d’en appeler à
des sanctions pour éradiquer la gangrène.
Bien d’ONG, de reporters, ont réagi dans
le même sens. Ainsi, la célèbre association
SURVIE, dans sa déclaration du 25/03/2003, faisait
le constat suivant : « ……Mais ‘on’
ne contrôle pas ces hordes d’enfants-soldats,
dont certains sont devenus adultes. “Instruites”,
déchaînées et renouvelées depuis
fin 1989 par le seigneur de la guerre Charles Taylor (avec
la complicité de Blaise Compaoré, Muammar
Kadhafi, et un segment de la Françafrique). Ces
bandes ont été ‘imitées’
depuis par des leaders adverses. Elles multiplient désormais
les atrocités dans l’Ouest ivoirien. On y
voit parader le sinistre Sam Bockarie, mis en accusation
dans son pays, la Sierra Leone, pour ‘meurtre, viol,
extermination, actes de barbarie, esclavage, pillages
et incendies, esclavage sexuel, enrôlement forcé
d’enfants’ »…
Mais à Paris, dans les communiqués officiels,
on n’a pas tellement parlé de Foday Sankoh
ni de Charles Taylor (sauf une dépêche de
l’AFP du 4 février dernier qui a souligné
qu’ « il va bientôt être jugé
pour son rôle dans le conflit de Sierra Leone et
notamment, pour recrutement d'enfants-soldats... »),
Blaise Compaoré… , qui sont pourtant ces
hommes qui ont écumé l’ouest africain
pendant des années, n’hésitant pas
à recourir aux diamants du sang pour financier
les conflits, utiliser et encourager l’utilisation
des enfants-soldats dans toutes ces guerres atroces.
Quand au final, on fait le point de cette conférence,
on se dit que si quelque chose a bougé, si des
fonds pourront fort opportunément être récoltés
pour la réinsertion d’enfants-soldats, on
a le sentiment que ce genre de rencontres sert plutôt
les régimes, les institutions et les réseaux
qui se sont spécialisés à fin de
promotion d’image où l’objectif est
loin d’aller jusqu’au bout de l’idée
qu’on affiche.