San
Finna N°400 du
12 au 18 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
TENUE
DU PREMIER CONGRES ORDINAIRE DE L’ UNDD
C’est le
samedi 10 février 2007 que le premier congrès
ordinaire de l’Union nationale pour la démocratie
et le développement (UNDD) s’est ouvert à
Ouagadougou autour du thème « La crise de
la démocratie et l’impératif de rupture
». Outre des délégations UNDD venues
de pays voisins (Mali, Côte d’Ivoire..), on
notait à ces assises, la présence de délégués
des 45 provinces que comporte le pays. L’ouverture
a été haute en couleurs, rythmée
notamment par les prestations de Dick Markus et DJ Lingani.
Et puis, les interventions ont commencé. Tour à
tour, sont intervenus le vice Président Amadou
Dabo, la vice présidente Marlène Zebango,
le Secrétaire général Salif Ouédraogo,
la Commissaire nationale Mme Adèle Kaboré.
Interventions qui ont toutes été ponctuées
d’applaudissements en raison de leur pertinence.
Des délégués du Mouvement de la Jeunesse
UNDD/Mali et du Mouvement de la jeunesse UNDD/Côte
d’Ivoire ont également pris la parole, et
les congressistes ont pu se rendre compte que l’UNDD
n’était pas moins alerte au Mali, en Côte
d’ivoire qu’au Burkina faso.
Et puis, la parole est revenue au président du
parti qui a à son tour, régalé aussi
l’assistance dans une intervention (à lire
ci-dessous) en français ponctuée de virées
dans le moré national.
Dans l’après-midi et la soirée, les
congressistes se sont penchés sur les projets de
recommandation. Une recommandation qui retient l’attention
est relative à une demande de clarification entre
majorité et opposition. Quand on sait que de plus
en plus de partis crient haut et fort qu’ils ne
sont ni de la majorité ni de l’opposition
(alors que bien souvent, on sait où ils sont),
cette demande apparaîtra aux yeux de beaucoup de
Burkinabé, comme légitime.
Il fallait s’attendre à une recommandation
sur le dossier Norbert Zongo. Ca n’a pas manqué
et l’originalité a consisté dans le
fait que, «se référant au précédent
de l’assassinat de Rafic Hariri au Liban »,
l’UNDD en a appelé, puisque le pouvoir jure
la main sur le cœur vouloir régler cette affaire,
à « la signature d’une convention entre
l’Etat du Burkina Faso et l’ONU afin qu’il
soit créé un tribunal international sur
le quadruple assassinat de Sapouy ». Une absence
de réponse positive du pouvoir prouverait son désir
manifeste de ne pas voir ce dossier régler. Et
comment oublier le dossier ivoirien et la négociation
en cours ? Les congressistes ont donc planché sur
une motion de soutien à ce dialogue inter ivoirien.
San Finna a tenu à publier, juste après
le discours d’ouverture de Me Hermann Yaméogo,
la note édifiante qui accompagne une recommandation
sur l’abandon du scrutin provincial au profit du
scrutin régional.
I. LE DISCOURS DE ME HERMANN YAMEOGO
Mesdames
et Messieurs de la Presse,
Camarades Congressistes,
Au
moment où s’ouvre notre premier congrès
depuis la reconstitution de l’UNDD, nous devons
avoir une pensée pour tous ceux qui ont été
les géniteurs et les bâtisseurs de ce parti,
et qui ne sont plus de ce monde. Une pensée aussi
pour ceux qui, depuis la grande trahison de juin 2003
qui nous a privés de l’ADF/RDA, ont été
rappelés à Dieu. Pour eux tous, je vous
demande de sacrifier à la minute de silence.
Merci à vous tous.
Notre Congrès se tient, Mesdames et Messieurs des
médias, chers Camarades, sous deux auspices.
Le premier, bienheureux, est lié à l’adhésion
générale au dialogue inter ivoirien et à
ce dégel entre notre pays et la Côte d’Ivoire
qui en est la conséquence ou la cause.
Le second, angoissant, s’attache à la désespérance
nationale croissante dont la dernière mutinerie
(avec ses répliques souterraines) constitue le
signal le plus fort. Nos assises en seront forcément
imprégnées. Et pour cause !
Avant d’y revenir, relevons que la crise (et pour
tout dire la guerre imposée à la Côte
d’Ivoire) n’a jamais rencontré notre
agrément. Position logique et de principe puisque
nous avions déjà dénoncé les
ingérences du régime au Liberia, en Angola,
en Sierra Leone, n’hésitant pas à
prendre la rue pour en demander la cessation.
Vous êtes témoins, Camarades présents
dans cette salle, Mesdames et Messieurs des médias,
que nous avons été les premiers à
dénoncer haut et fort cette guerre de plus dont
nous avons mis en exergue les parrainages extérieurs
évidents. Vous êtes témoins de ce
qui s’en est suivi comme harcèlements et
exactions à notre encontre. Tout le monde se souvient
qu’à cause de cette prise de position, nous
avons écopé de bannissement, de coup d’Etat
à l’ADF/RDA, ce parti que nous avons porté
à bout de bras pour en faire le premier de l’opposition,
le deuxième du pays.
C’est le lieu de remercier tous ces responsables,
ces militants, qui n’ont pas fui le navire, aux
temps chauds de l’intolérance, par peur,
par calculs ou simplement pour s’être laissé
convaincre que la barque était en perdition et
que, comme des rats, il fallait le quitter. Ces remerciements
et ces félicitations vont notamment à Noël
Yaméogo, à Mathieu N’Do, qui pour
leur fidélité, ont connu la séquestration.
Ils ont eu raison de résister. Nous avons eu raison
de faire le carré autour de nos principes contre
les déserteurs, contre les subornés, contre
les inquisiteurs, puisque l’histoire nous rend aujourd’hui
justice de nos sacrifices et de nos souffrances, puisqu’
après tant de pérégrinations, voilà
Blaise Compaoré promu médiateur dans cette
crise . Qui l’eût dit, qui l’eût
cru ?
S’il y a un parti qui peut s’enorgueillir
de la nouvelle dynamique de paix en Côte d’Ivoire,
et qui la reçoit comme une récompense a
posteriori de ses prises de position anticipatrices et
courageuses, c’est bien le nôtre. L’UNDD
n’a jamais cessé, on s’en souvient,
d’en appeler à ce dialogue direct et à
l’implication personnelle de Blaise Compaoré
dans le règlement de cette crise. Pour être
de l’entreprise qu’il a portée, il
était l’un des mieux placés, sinon
le mieux placé, pour la solutionner. Comme on dit
en moré, « Par où le bracelet est
passé pour atteindre le bras, par là il
doit repasser pour en sortir ».
Mais à ce stade, évitons le travers du réquisitoire,
de l’autosatisfaction. Les victimes elles-mêmes
ne le font pas ; ne soyons pas plus royalistes que le
roi ! Pour l’heure, concentrons-nous sur tout ce
qui peut être fait pour rendre irréversible,
le dialogue inter ivoirien. Le seul intérêt
qui doit ici primer, c’est celui des peuples ivoirien
et burkinabé, séparés par un accident,
une cruauté de l’histoire (comme il en arrive
souvent dans la vie d’une nation) et qui n’aspirent
qu’à leurs retrouvailles. Le temps viendra
de nous atteler à la déconstruction du faux
en confection autour de tous ceux qui ont mis le feu aux
poudres, demander sinon des comptes, des repentances à
ces pyromanes qui se convertissent sans état d’âme
en pompiers.
Par contre, on nous entendra avec force tout au long de
ce congrès sur la situation nationale marquée
par une mal-gouvernance qui a atteint un point de non-retour.
Nous relèverons d’abord le signal patriotique
de l’armée qui a osé emprunter la
voie de la sédition (de la désobéissance
citoyenne et constitutionnelle pour être plus conforme
aux évènements), afin de faire connaître
au monde qu’elle n’approuve pas la façon
dont les choses sont conduites en son sein et dans le
pays. Notre parti n’est pas surpris que les évènements
aient fini par prendre ce cours brutal. Il y a trop longtemps
que nous avons tiré la sonnette d’alarme
sur l’instrumentalisation de l’armée,
les injustices en son sein, sa privatisation, son engagement
dans des actions de prédation extérieure.
Ce qui est arrivé devait arriver. Et rien ne sera
plus comme avant ! L’armée en tout les cas
s’est engagée dans la voie de sa réhabilitation.
Au peuple maintenant à travers notamment ses organisations
représentatives, aux jeunes… de rentrer dans
la brèche pour permettre le retour à une
véritable légitimité démocratique.
C’est un devoir patriotique, et la Constitution
nous y autorise parce que le régime a perdu sa
légitimité s’il n’en a jamais
eue.
Nous parlerons du tragique de cette situation qu’on
continue d’ occulter grâce à des complicités
diplomatiques et médiatiques, pour montrer que
nous avons effectivement atteint la charge de rupture.
Nous martèlerons encore et toujours qu’il
faut engager le débat et l’action autour
des changements structurels. Il ne s’agit pas en
effet, comme on l’entend réclamer ici et
là du seul départ de Blaise Compaoré,
envasé au pouvoir en fait depuis 1983 ; il s’agit
aussi de celui de son clan et surtout de l’éradication
de toutes ces structures de captation et de prédation
du pouvoir et des richesses nationales qu’ils ont
ensemble et de concert systématisé. On ne
peut pas faire du neuf avec du vieux, on ne peut pas faire
œuvre démocratique avec des maçons
qui ne connaissent pas la démocratie, qui ne l’aiment
décidément pas.
On nous parle jusqu’à l’écoeurement
du Burkina Faso comme d’un pays où tous les
indicateurs sont au vert, avec des taux de croissance
constants, qui marchent vers les 2 chiffres ; on nous
saoule de ses prouesses politiques et sociales, de sa
démocratie confortée par une stabilité
institutionnelle et politique sans pareille. Mais on ne
nous dira rien sur les méthodes employées
pour obtenir cette « stabilité ». On
se taira sur le fait que cette croissance laisse se débrouiller
la majorité du peuple en butte à la pauvreté,
à l’insécurité… ; on
ne dénoncera pas cette prétendue stabilité
qui ne vise que la pérennisation d’un homme
et de son clan au pouvoir, et non un processus de nationalisation
des institutions.
Nous en parlerons en étayant nos propos par des
exemples et en stigmatisant en particulier cette organisation,
vaille que vaille, des législatives de 2007 alors
que la réalité objective, la sagesse commandent
la pause nationale pour reprendre tout le processus démocratique.
Contre ce hold-up électoral de plus, sur lequel
bien qu’informée, la communauté internationale
se tait encore, nous ne tarirons pas de critiques.
Notre congrès, vous le voyez, est loin d’être
un congrès ordinaire, rythmé par des festivités,
des « djandjobas ». Il est un congrès
de responsabilité puisque l’heure est grave
et que nous sommes en deuil de nos illusions démocratiques.
C’est pour cela que nous l’avons convoqué
sous le sceau du recueillement et du sursaut. Recueillement
et sursaut, ce sont les mots qui conviennent car nos censures
seront suivies de propositions, et d’une résolution
à engager les protestations visibles et audibles
sur le terrain pour qu’on ne dise pas demain «
Même l’UNDD n’a pas bougé ».
Je vous remercie, Mesdames et Messieurs de la presse,
de nous avoir honoré de votre présence à
cette séance d’ouverture.
Quant à vous, Chers Camarades,
Je souhaite que de nos débats, courageux et sans
tabous, nous puissions ressortir avec un parti encore
plus revigoré et plus fort pour apporter sa part
de contribution au relèvement patriotique, social
et démocratique de notre pays.
Je déclare ouvert le Premier Congrès ordinaire
de l’UNDD reconstituée.
II.
NOTE DE L’UNDD SUR LE SCRUTIN PROVINCIAL A ABANDONNER
AU PROFIT DU SCRUTIN REGIONAL
Le
Burkina Faso, selon des statistiques publiées par
le MATD, avait une population en décembre 2005,
estimée à 13.353.937 habitants.
Nous savons que l’Assemblée nationale comprend
111 députés, soit 1 député
pour 120.000 habitants.
En revenant au scrutin provincial, nous constaterons,
au vu du tableau ci-dessous, combien il est INJUSTE. Il
faut donc réparer cette injustice et on le peut
en revenant au scrutin régional.
Province
Nombre
d'habitants
BALE
198 141
BANWA
271
591
KOSSI
289
013
MOUHOUN
296
561
NAYALA
171
055
SOUROU
237
802
COMOE
304
489
LERABA
117
226
CENTRE
1
488 176
BOULGOU
524
429
KOULPELOGO
236
398
KOURITTENGA
319
517
BAM
271
760
NAMENTANGA
328
496
SANMATENGA
585
366
BOULKIEMDE
586
265
SANGUIE
314
842
SISSILI
343
945
ZIRO
150
392
BAZEGA
269
235
NAHOURI
139
974
ZOUNDWEOGO
248
678
GNAGNA
383
974
KOMANDJARI
341
354
TAPOA
296
406
KOMPIENGA
51
425
HAUTS
BASSINS
843
505
KENEDOUGOU
255 525
TUY
202
746
LORUM
140
450
PASSORE
334
184
YATENGA
560
804
ZONDOMA
161
032
GANZOURGOU
340
594
KOURWEOGO
148
848
OUBRITENGA
248 810
OUDALAN
164
901
SENO
254
514
SOUM
319
144
YAGHA
146
861
BOUGOURIBA
96
122
IOBA
203
707
NOUMBIEL
64
880
PONI
247
123
On
le voit bien, la province la plus petite est la Kompienga,
avec 51 425 habitants. Sur cette base d’environ
1 député pour 50 000 habitants, l’Assemblée
nationale devrait avoir 259 députés ! Ceci
sans compter que cette province de la Kompienga (comme
les 14 autres qui n’ont qu’un député)
devrait avoir au minimum deux députés, puisqu’on
sait qu’avec ce système, c’est le parti
majoritaire qui remporte seul la mise ! C’est dire
que si la Kompienga devait avoir deux députés,
il faudrait doubler le nombre de députés
dans toutes les provinces pour que le système soit
juste au plan national. On atteindrait un chiffre de 518
! Impossible évidemment !
Donc, le système le plus juste, c’est le
scrutin régional.
Sur cette base, et en partant avec les 111 députés
(chaque élu représentant 120 000 habitants),
voici les résultats qu’on obtiendrait :
LA
BOUCLE DU MOUHOUN : nombre d’habitants 1 464 163,
soit 12 députés
LA COMOE : nombre d’habitants : 421 715, soit 3
députés (avec un en plus vu le fort reste)
soit 4 députés
LE CENTRE : nombre d’habitants : 1 488 176, soit
12 députés
LE CENTRE EST : nombre d’habitants : 1 080 344,
soit 9 députés
LE CENTRE NORD : nombre d’habitants : 1 185 622,
soit 9 députés (avec un en plus vu le fort
reste) soit 10 députés
LE CENTRE OUEST : nombre d’habitants : 1 395 444,
soit 11 députés
LE CENTRE SUD : nombre d’habitants : 657 887, soit
5 députés
L’EST : nombre d’habitants : 1 073 159, soit
8 députés (avec un en plus vu le fort reste),
soit 9 députés
LES HAUTS BASSINS : nombre d’habitants : 1 301 776,
soit 10 députés (avec un en plus vu le fort
reste) soit 11 députés
LE NORD : nombre d’habitants : 1 196 470, soit 9
députés (avec un en plus vu le fort reste),
soit 10 députés
LE PLATEAU CENTRAL : nombre d’habitants : 738 252,
soit 6 députés
LE SAHEL : nombre d’habitants : 885 420, soit 7
députés
LE SUD OUEST : nombre d’habitants : 611 832, soit
5 députés