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San Finna N°400 du 12 au 18 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
  

Tribune de la femme

COLLOQUE DE L’INSTITUT AFRIQUE MODERNE
« AFRIQUE-FRANCE-EUROPE : LES SENTIERS DE L’AVENIR »

Il s’est tenu à Ouagadougou les 7 et 8 février derniers, un Colloque organisé par l’Institut Afrique Moderne en collaboration avec la fondation pour l’innovation politique et la Fondation Konrad Adenauer, sur le thème « Afrique-France-Europe : les sentiers de l’avenir ». Ce colloque avait pour objectif, dit-on, de donner un nouveau souffle à la coopération classique entre la France et l’Afrique et dans une certaine mesure, d’amener la France à être l’architecte des nouvelles relations entre l’Afrique et l’Europe.

Les exposés et les débats se sont focalisés sur trois points : le bilan critique et avenir de la relation France/Afrique, les revendications des Africains et les éléments d’une nouvelle politique de coopération entre l’Europe et l’Afrique.

Le bilan a été considéré comme mitigé. La coopération française a été créditée pour sa longévité, sa fidélité, sa connaissance du continent et son assistance technique. A son débit, il a été noté l’éclatement de ses centres de décisions, le manque de vision à long terme, son poids financier insuffisant, ses erreurs en matière d’immigration. L’ancien Ministre Charles Josselin dira que l’influence de la France n’est plus ce qu’elle était et qu’elle doit penser Europe. L’ancien Ministre Michel Roussin estimera qu’il faut revoir les accords de défense, économique et la politique des accords militaires qui envenime tout.

L’opinion, en tout cas, s’est posée des questions autour de cette rencontre à Ouagadougou : simple manœuvre de diversion diplomatico-médiatique pour préparer les mutations tant demandées dans les relations France-Afrique mais si longtemps différées, acte sincère de refondation des relations France/Afrique pour tenir effectivement compte des impératifs de la mondialisation et de la solidarité internationale, espèce de pétard mouillé comme on en voit malheureusement souvent dans les relations internationales… ?

Nous avons voulu donner la température, faire partager à nos lecteurs le sentiment ressenti par des leaders et de simples citoyens burkinabé.

«Que pouvez-vous retenir de ce colloque ? »

- Ousmane NACRO, Président de la LIDEJEL : Je vous remercie. Permettez-moi tout d’abord de saluer les initiateurs de cette rencontre parce que pouvoir rencontrer à un même endroit des sommités de la politique et du monde des affaires en un temps record, relève d’une chose à saluer.

Pour ma part, je pense que le monde étant en perpétuel changement, il y avait de quoi s’arrêter à un moment pour faire le bilan de ce que la France-Afrique a réalisé. En ce qui me concerne, je pense sincèrement que l’Afrique n’a pas tiré grand-chose de ces messes qui se retrouvent tous les deux ans, où des chefs d’Etat se retrouvent avec leurs épouses, au finis je ne sais pas trop ce qu’on lègue aux Africains ; à telle enseigne que je crois que cette formule est dépassée. Nous assistons aujourd’hui à un bouleversement sur le plan politique et économique. Et ceux-là qui vont anticiper ce changement seront ceux qui vont se retrouver et réfléchir afin de voir (parce qu’il reviendra plus à ceux qui nous ont colonisé de dire où est-ce qu’ils veulent nous entraîner), il revient donc aux Africains de dire eux-mêmes ce qu’ils veulent de ceux qui nous ont colonisé, et ce que nous entendons faire pour que l’Afrique puisse décoller. Et je pense que cette rencontre a fait le bilan des différents sommets qui se sont succédés et certainement a jeté aussi les jalons d’une future coopération entre l’Afrique et la France et entre l’Afrique et l’Europe, et lorsqu’on voit en ce moment le président de la Chine qui est en train de mener une tournée sur le continent au moment même où cette rencontre se tient, je crois qu’il y a un autre « client » : c’est notamment cette Chine-là qui, sur le plan politique, est une référence, et on n’oublie pas qu’elle a un droit de veto au niveau du Conseil de Sécurité, et encore mieux, qu’elle est au plan économique, pratiquement incontournable. Il y a de quoi alors revoir ces relations et se demander ce qu’il faut faire : continuer ou ouvrir nos territoires à d’autres. Qu’on le veuille d’ailleurs ou non, il y a des choses qui s’imposent à nous : l’entrée de la Chine dans le pré-carré français. C’est courageusement qu’il faut prendre en compte ces paramètres, s’asseoir et réfléchir pour voir comment faire en sorte que de ces différents rapports, l’Afrique tire le maximum de profits. C’est pour moi l’objectif de cette rencontre initiée par notre compatriote Zéphirin Diabré.

- Evariste KONSIMBO, Président du Cercle d’Eveil : Déjà, il faut noter que c’est une première dans ce sens que, de mémoire, je ne me rappelle pas qu’il y ait déjà eu une structure de cette nature, qui se soit penchée sur la problématique des relations entre la France et l’Afrique, autour de débats soutenus par des communications et enquêtes. Cela a révélé quand même le recul de la France et l’émergence de pays comme la Chine ainsi que la diversification des partenariats. Toutes choses qui seront prises en compte dans le cadre de la géopolitique, parce que, comme on le dit, la France est puissante à cause de ses colonies et si du fait de la mondialisation, les colonies diversifient leurs partenariats, leurs relations, il va de soi que la puissance de la France peut être entamée. De ce point de vue, c’est un tableau qui a fait l’était des lieux et qui essaie de faire des propositions. Ce que je retiens aussi est que l’avenir sera beaucoup plus tourné vers l’Europe. Ca aussi c’est prévisible parce que de plus en plus avec l’élargissement de l’Europe, la France tend à se dissoudre dans cet ensemble, d’où les problèmes qui pourront s’en suivre notamment celui de notre monnaie qui est soutenue par la France. Le problème du maintien de ce système monétaire va se poser, et je pense que c’est le moment ou jamais de réfléchir à ces questions. Le présence de Angela Merckel au prochain Sommet Afrique/France permettra très certainement à l’Afrique d’avoir un pool plus fort du fait que les deux pays ensemble constituent une force au sein de l’Europe.

C’est peut-être aussi la fin d’une époque surtout avec le départ de Chirac. Cette situation annonce des changements dans les comportements, dans les relations, mais je pense que la domination aura toujours pignon sur rue parce que nous n’avons pas au niveau de l’Afrique assez de penseurs pour nous tracer des voies. Tout nous vient de l’Europe, et même cette rencontre à Ouagadougou aura connu une forte présence française. On a vu aussi des sommités africaines mais l’Afrique, qui n’a pas encore gagné le combat de la démocratisation, que peut-elle proposer ? Dans la mesure où l’Afrique ne peut rien proposer et que c’est l’Europe qui va décider, moi je pense qu’il est clair que l’Europe privilégiera ses intérêts.

J’aurais vu de l’audace si on avait vu des pensées qui allaient esquisser des pistes notamment sur la question de la monnaie.

On a à côté de nous des pays comme le Ghana qui est tout seul et qui arrive à avoir une monnaie très forte et d’un autre côté, des pays qui partagent dans la zone CFA ; je sens qu’Afrique actuellement n’a rien à proposer.

- Sawadogo Mahama, Député et responsable national du CDP : Personnellement, je pense que les relations que notre pays et que l’Afrique a avec la France, doivent nécessairement évoluer pour la bonne et simple raison que la France s’est depuis un certain temps engagée dans l’Union Européenne. De ce point de vue, son intervention dans les pays africains ne peut pas continuer à se faire comme par le passé parce qu’elle est soumise à des obligations communautaires. Mais je peux dire que, malgré cette dynamique qui va bientôt caractériser les relations entre la France et l’Afrique, la France va continuer à être un partenaire privilégié, surtout pour les pays d’expression française. L’explication est simple : les pays d’expression française sont caractérisés sur la plan culturel par certains éléments qui viennent de la culture française, et la culture est un aspect important des relations. Ce qui veut dire que, malgré la tendance qui évolue vers le remplacement de la France par l’Europe au niveau de l’Afrique, cet aspect culturel va demeurer. Ce qui veut dire que la France aura toujours une relation privilégiée surtout avec les pays d’expression française. Si vous prenez le domaine de l’éducation, de l’enseignement, encore longtemps, ils seront régis par le système français. C’est notre langue de communication et même au plan de l’organisation politique, nous avons hérité du système français, et cet héritage ne peut pas du jour au lendemain, disparaître. C’est pour cela que je dis que les relations entre la France et l’Afrique vont nécessairement évoluer mais les relations entre la France et les pays africains d’expression française vont continuer à exister.

Le contexte de la mondialisation met à rude épreuve les anciens concepts. Si vous prenez l’aspect Souveraineté, vous savez très bien qu’il n’a plus le même contenu qu’avant. Les relations de partenariats économiques aussi évoluent. Donc, de plus en plus, nos pays se retournent vers d’autres pays d’Europe. Ca, c’est un constat que tout le monde peut faire facilement. Je veux dire alors que cette situation n’a rien à voir avec le fait que la France soit dirigée par tel ou tel homme politique. C’est le contexte mondial qui est ainsi. Quel que soit l’homme politique qui va diriger la France, on aura toujours des relations privilégiées, surtout avec les pays de culture française.

- Adama OUEDRAOGO, Conseiller municipal UNDD : Cette grande rencontre, convoquée quelque temps avant le Sommet France-Afrique ressemble à une opération pour préparer les esprits au virage à 190 % qui se prépare à Cannes. Nul n’ignore que la politique africaine de la France est plus que jamais décriée, qu’elle constitue même une raison de la flambée du sentiment anti-français. Les Africains, et par-dessus tout les plus jeunes, ressentent comme une humiliation de voir Jacques Chirac féliciter, soutenir à fond, les dictateurs qui pillent leurs pays, piétinent les libertés individuelles et collectives. Ils ont encore plus mal lorsqu’ils voient l’aviation militaire française bombarder les Africains au Tchad, en Centrafrique et tirer sur les populations aux mains nues en Côte d’Ivoire. Si dans le même temps, en France, on prend des lois pour chasser les Africains qui y accourent parce qu’on fait régner l’insécurité physique, alimentaire, juridique en Afrique, vous voyez que ce n’est pas fait pour arranger les choses. Cette politique de la France est vraiment abhorrée, et ce que les Africains demandent, c’est en premier lieu que le peuple français contre lequel les Africains n’ont rien, fait pression sur ses dirigeants pour qu’ils changent de politique. En deuxième lieu, les Africains ne veulent plus de ce tête à tête paternaliste entre la France et l’Afrique. Que ce soit en matière de coopération, que ce soit pour les questions intéressant la lutte contre la pauvreté, les interventions en matière militaire, il vaut mieux les situer dans le cadre de l’Union Africaine et des Nations Unies.

Le Sommet de Cannes a toutes les chances de prendre en compte ces attentes parce que le mécontentement est tel, à l’intérieur et à l’extérieur de la France vis-à-vis des retombées négatives de l’interventionnisme chiraquien en Afrique, qu’il apparaît impérieux de revoir la copie. Le président Chirac sait que c’est dans l’intérêt de la France et dans le sien propre. C’est pourquoi, au moment même où Mme Chirac a dit qu’il y a une autre vie après la politique, ce Sommet, où l’on a compté sinon beaucoup d’agents de la Françafrique des amis de Jacques Chirac, a été certainement organisé pour venir un peu labourer le champ !

 

S. K





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