San
Finna N°400 du
12 au 18 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
MULTINATIONALES
ET SOCIETE CIVILE :
LE CAS D’AREVA ET DE L’URANIUM DU NIGER
La
lutte contre la pauvreté est devenue un refrain
chanté quasiment au quotidien : si les remèdes
prescrits par les Institutions de Bretton Wood semblent
inopérantes, du moins pour le moment, en revanche
les causes apparaissent du domaine de l’inéquitable
répartition des ressources ou des fruits de la
croissance économique ; nombre d’observateurs
économiques et politiques estiment la mal gouvernance
et le pillage des ressources africaines par les multinationales
comme les causes premières. La Société
civile, longtemps demeurée hors de ces joutes académiques
et parlementaires, a, cette fois-ci, haussé le
ton du côté du Niger au sujet des retombées
sociales de l’exploitation de l’Uranium d’Arlit
par la française AREVA.
La
récurrence des prises d’otages sur les plates-formes
pétrolières au Nigeria par « des groupuscules
armées», est suffisamment révélatrice
d’une situation devenue intenable pour de nombreuses
populations africaines dont les terroirs regorgent de
richesses naturelles; seulement l’exploitation de
ces ressources, généralement minières,
font l’objet de contrat faramineux entre gouvernants
du jour et multinationales détentrices de la technologie.
Déjà à l’étape des études
préliminaires et de faisabilité des projets,
les experts concluent que l’installation de la mine
va créer des emplois, que des investissements sociaux
seront réalisés au profit des populations,
et que c’est l’ensemble de la Région
qui se développera, tout en améliorant la
balance commerciale du pays ; et tout naturellement, dans
cette euphorie des promesses, les autorités locales
aident « à couper le ruban symbolique »
et à lancer officiellement les activités…..
jusqu’au jour où, souvent après des
décennies d’exploitation, on ne voit rien
venir.
Ce
qui se passe actuellement au Niger avec Areva confirme
d’une part la réalité de la Françafrique,
et d’autre part, que la Société civile
peut jouer un rôle prépondérant dans
la gouvernance. Selon Panapress, « Le collectif
des organisations de défense du droit à
l’énergie au Niger (CODEN) a refusé
une proposition de venir en France discuter avec le groupe
Français Areva qui exploite l’uranium Nigérien,
a t-on appris Mardi 30 janvier à Paris, de source
proche de cette ONG ». En effet, M. Moustapha Khadi,
un des responsables du CODEN, a précisé,
toujours selon la même source, que « des richesses
sortent du sous-sol d’Arlit mais ses habitants s’appauvrissent.
On y compte une seule voie bitumée, des écoles
sans locaux et l’aérogare réduit à
une petite piste d’atterrissage. Nous pensons qu’Areva
peut faire mieux pour changer le visage de la région
et nous luttons pour ce faire ». C’est seulement
en septembre 2006, que le groupe français spécialisé
dans le nucléaire, s’est en effet engagé
à financer à hauteur de 11 milliards de
F CFA, « des programmes de formation d’ingénieurs
nigériens et de lutte contre le SIDA et promouvoir
le développement de l’agriculture irriguée
dans la vallée de l’Irhazer » dans
le nord du Niger. Alertée et sollicitée
en 2005 par des nigériens originaires d’Arlit,
suite à des problèmes de santé évoqués
par certains membres de la population, dont des employés
en activité ou retraités, l’association
SHERPA (une association de Juristes), a effectué
au Niger entre décembre 2003 et février
2005 trois missions d’enquête, sur le site
de la mine d’uranium d’Arlit exploitée
par la Somaïr et la Cominak, filiales de la COGEMA-AREVA.
Les premières constatations factuelles avaient
état de l’existence « de raisons sérieuses
d’exprimer diverses interrogations sur l’origine
des problèmes de santé rencontrés
par les populations locales ». Les analyses effectuées
par le laboratoire de la CRIIRAD (Commission de Recherche
et d’Information Indépendante sur la Radioactivité)
avaient permis de conclure :
• une dissémination de ferrailles radioactives
dans les rues d’Arlit, d’autant plus préoccupante
que tout est recyclé (y compris comme ustensile
de cuisine)
• Un stockage à l’air libre de déchets
radifères très radiotoxiques,
• Une insuffisance des moyens de contrôle
radiologique des services de l’Etat nigérien.
Pour mémoire, 10 pays sont responsables de 94 %
de l'extraction mondiale d'uranium. Les principaux gisements
d'uranium se trouvent dans les pays suivants : Australie,
Afrique du Sud, Niger (mines d'Arlit), Gabon, Namibie,
Congo (par exemple la mine de Shinkolobwe), Russie, Ouzbekistan,
Kazakhstan, Canada et États-Unis. La production
mondiale d'uranium atteignit 45103 tonnes en 2001, dont
34% provient du Canada, le pays le plus important en matière
de production d'uranium. Les réserves mondiales
prouvées d'uranium, atteignent un total mondial
de 2516 milliers de tonnes. Les plus importantes ressources
se trouvent en Australie (26%), au Kazakhstan (17%), au
Canada (12%), en Afrique du Sud (9%), au Brésil
(6,4%), en Namibie (5,7%), en Russie (5,5%), aux États-Unis
(4,1%), en Ouzbékistan (3,6%), en Mongolie (2,4%),
en Ukraine (1,7%), au Niger (1,2%) et en Algérie
(1%).
Une mine d'uranium en exploitation produit de nombreux
déchets : des rejets atmosphériques, des
rejets liquides, des déchets solides, des minerais
pauvres, etc. Ces déchets exposent l'environnement
à la radioactivité de l'uranium, qui peut
entraîner une contamination radioactive des humains,
de la faune et de la flore. De plus, certains déchets
ont non seulement un danger lié à la radioactivité
mais aussi un risque lié à la toxicité
des produits chimiques conventionnels tels que l'acide
sulfurique et les métaux lourds, utilisés
pour le traitement du minerai d'uranium.
Avec la découverte, dans les années 1970,
d’un important gisement d’uranium à
Arlit, exploité à partir de 1974, qui plaça
le Niger au troisième rang des réserves
mondiales, Hamani Diori manifesta sa volonté de
s’émanciper de la tutelle française.
Il prétendait notamment aligner le cours de l’uranium
sur celui du pétrole qui venait de faire un bond.
Le 15 avril 1974 Hamani Diori est opportunément
chassé du pouvoir par le général
Seyni Kountché, mort le 10 novembre 1987 dans un
hôpital de Paris d'une tumeur du cerveau.
Cependant,
en ce qui concerne l’impact de ces activités
sur la population nigérienne, le site Internet
de la Cogéma précise : « La présence
de SOMAÏR [et de] COMINAK apporte non seulement des
emplois, mais aussi un support sanitaire et social aux
populations locales dans une région isolée
et économiquement défavorisée. ».
La démarche du Collectif des Organisations de Défense
du droit à l’Energie au Niger (CODEN) de
refuser une proposition de venir en France discuter avec
AREVA infirme ces allégations ; M. Khadi a qualifié
« d’insuffisants les décaissements
promis par le groupe français », et estimé
selon Panapress, « que la Société
civile nigérienne a crée aujourd’hui
un rapport de forces qui lui permet de ne pas se plier
aux exigences de la multinationale ».
Aucune
réaction officielle des autorités de Niamey
pour l’instant, ni de notre compatriote Zéphirin
DIABRE, conseiller de la Présidente du Directoire
Anne Lauvergeon, nommé Chairman Afrique et Moyen
Orient au sein de la Direction International et Marketing
d'AREVA en 2005, et chargé de « mettre en
oeuvre et de suivre la stratégie d'expansion du
groupe dans cette région, en liaison étroite
avec les différentes sociétés du
groupe qui y sont actives ».
L’Uranium,
ressource stratégique dans un monde de remise en
cause des options énergétiques, sera t-il
la cerise sur le gâteau de la mal gouvernance et
de la complicité inavouée de nos dirigeants
dans notre misère, de surcroît dans l’un
des pays les plus pauvres de la Planète ? En tout
cas tout laisse croire dans cette nouvelle « affaire
», que les « valets locaux de l’impérialisme
» économique et politique sont encore parmi
nous ; pire, ils ont de beaux jours devant eux face à
la question des OGM, du coton, de l’or, du café,
du cacao, du diamant, du bauxite, du pétrole et
…. de la Démocratie. Car c’est par
l’onction populaire d’élections bidouillées
qu’ils tirent leur légitimité pour
mieux asservir leurs frères.
La
Société civile nigérienne, comme
pour ne pas laisser les Guinéens leur ravir la
vedette, est une fois de plus, après le mouvement
contre « la vie chère », en train de
donner une belle leçon de courage et de dignité
aux Africains. Le lièvre aurait été
levé par l’Opposition qu’on a vite
fait de crier à la désintoxication. La démarche
du CODEN, somme toute noble, résume ce droit primordial
des populations locales d’avoir un regard sur la
gestion des retombées de leurs richesses. Et c’est
tout un devoir moral pour les Syndicats et les partis
d’Opposition d’accompagner ce genre d’initiatives.
Occasion aussi rêvée pour les Burkinabé
de penser à Essakane, Mané, Perkoa, Poura,
et Taparko.
La
SOMAÏR (société des mines de l’Aïr)
et la COMINAK, (compagnie minière d’Akouta)
exploitent – depuis respectivement 1971 et 1978
– des gisements d’uranium situés dans
le nord du NIGER, en bordure du Sahara (1) . Outre les
mines, chacune de ces sociétés exploite
une usine d’extraction physico-chimique de l’uranium.
La production s’élève à 3 000
tonnes de concentré d’uranium par an, un
apport essentiel pour l’approvisionnement des centrales
nucléaires françaises.