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San Finna N°400 du 12 au 18 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

« BLOOD DIAMOND » (LES DIAMANTS DU SANG)
FILM SUSCITATEUR DE LEGALITE OU DE DELINQUANCE ?

« Blood Diamond » (Les diamants du sang) est un film qui, avant même sa sortie, a créé un choc dans l’opinion mondiale. Il promettait de s’attaquer à un sujet tabou, un sujet explosif : les diamants de la guerre. Il y avait de quoi être en haleine. Beaucoup de gens en appelaient de leurs vœux à ce que des hommes de bien tapent dans la fourmilière pour dénoncer cette perversion qui consiste de la part des chefs d’Etat, des chefs de guerre, de firmes diamantaires pas toujours au-dessus de tout soupçon, de se commettre directement ou indirectement dans le commerce illégal des pierres précieuses. Briser ce commerce ignominieux (qui transforme une pierre pouvant être source de bien-être pour un peuple en instrument de sa destruction, au vu des horreurs constatées dans nombre de pays africains) était devenu un devoir de la conscience universelle. On comprend donc l’anxiété qui s’était justement emparée de tous ces trafiquants qui ne doutaient pas que le film fasse mouche et qu’il les mette à nu.

De fait, tout était là pour véritablement mettre sur la rampe de lancement, la lutte contre le commerce des diamants du sang et contre l’impunité des chefs d’Etat et chefs de guerre… et assurer le succès de cet objectif : la notoriété du réalisateur Edward Zwick, la compétence de la productrice Gillian Gorfil, les acteurs fétiches (comme Léonardo di Caprio, s’il vous plaît !) et talentueux comme le Béninois Djimon Hounsou et Jennifer Connelly. L’annonce de cette brochette d’acteurs, elle seule, suffisait à faire la promotion du film sans parler des moyens mis en œuvre et du contexte dominé par ce procès mythique qui s’annonce contre Charles Taylor, l’un des patrons de ce commerce des diamants du sang, et qui suscite tant d’intérêt en Afrique comme dans le monde.

Mais il faut craindre que l’objectif ne soit pas pleinement atteint, et c’est ce qui ressort déjà de l’accueil réservé par les médias et le public, au film. On dit que les firmes diamantifères, notamment la De Beers ont injecté des sommes folles pour des campagnes de publicité pour assurer que les diamants ne servent plus aujourd’hui à financer les exactions. Elles n’auraient même pas hésité à jouer de dénigrement envers les responsables de la production de « Blood Diamond », dénonçant le fait que la production du film n’aurait pas respecté sa promesse de faire, pendant le tournage, des dons d’organes pour les victimes des guerres, ce qui serait un mensonge.

Mais peut-être faudrait-il chercher ailleurs, et dans des causer plus profondes les raisons du succès plutôt relatif de la production.

Le film en effet n’est pas allé jusqu’au fond des problèmes, jusqu’à la révélation de toute la chaîne de responsabilités dans l’utilisation des diamants comme énergie des guerres. Il a surtout réalisé un tir groupé sur l’industrie diamantaire qui a eu des grandes frayeurs non pas tellement parce que sa responsabilité directe était tellement établie mais parce qu’elle courait ici le risque d’une contre-publicité qui pouvait mettre à mal le secteur.

Il en est d’autres par contre qui auraient eu des peurs tenant à l’ exhumation de leur participation à des crimes de compétence internationale par leur participation à l’exploitation des diamants du sang si le film avait quelque peu zoomé sur eux : ce sont, en dehors de Charles Taylor, de Foday Sankoh décédé et de ses quelques lieutenants encore vivants, tous ces chefs d’Etat en exercice, dont les noms ont si souvent été cités dans ces trafics maffieux. Tout s’est passé comme si les promoteurs avaient cherché à se faire de l’argent sur un sujet dramatique autant que délicat en misant sur le divertissement, le goût de l’aventure pour que le film soit vendable. C’est vrai que le réalisateur a en quelque sorte prévenu que le film ne serait pas un film d’investigation, expliquant qu’ « Un film, un livre, une œuvre d’art ne changent pas à eux seuls la face du monde, mais ils vous permettent au moins de faire entendre votre voix » (site Afrik.com : « Blood Diamond », les diamants ou la vie ? » du 30 janvier 2007). C’est un choix !

Alors, on comprend que le public, qui sort de la salle de projection, puisse être divisé. On comprend que ceux qui sont venus pour avoir des frissons, se plonger dans un film d’aventure où il y a de l’argent, des femmes à « gagner », la gloire et la richesse à la clé, ressortent satisfaits, que par contre ceux qui sont venus pour assister à un film de dénonciation mettant la lumière sur les auteurs et toutes les implications de ce commerce monstrueux, en repartent plutôt déçus, estimant que le film est passé à côté de l’essentiel. Exemple, ce « tchateur » du site www.grioo.com qui, sur le film, écrira « La responsabilité de ces fameux diamantaires aurait en fait pu être liée aux activités de leurs gouvernements dont le matériels militaires et les ordres furent sous-traités par des présidents africains voyous ( Blaise Compaoré , Charles Taylor ) , et même si dans le film ils sont formellement accusés ( enfin UN seul diamantaire est accusé , les autres ? Une prochaine fois p-e ! ), c'est avec légèreté et de manière désinvolte , si bien qu'ils se retrouvent toujours à partager cette responsabilité avec pleins de petits potentats locaux pas plus importants pour deux sous ... » (Lundi 29 Janvier 2007, 13:58).

On peut même dès lors se demander s’il n’y a pas de risque que la production de « Blood Diamond » n’ait l’effet contraire, qu’au lieu de décourager le commerce de diamants du sang, il ne renforce les vocations de la part de nombreux jeunes oisifs de par le monde (mais de par l’Afrique surtout), qui, voyant les exploits de tel ou tel mercenaire sympathiquement filmé, ne soient tentés de l’imiter. Nul à ce sujet ne contestera la puissance qu’exercent les images sur les consciences et notamment des plus jeunes !

La Rédaction





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