San
Finna N°401 du
19 au 25 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
SPECIAL
24ème SOMMET
AFRIQUE FRANCE
En
France, ce 24 ème Sommet est passé plus
ou moins inaperçu malgré l’écho
médiatique. Les Français, on le sait, ne
s’intéressent que peu à la politique
étrangère notamment la politique africaine
de la France. Mais en Afrique, ce sommet a été
très suivi et fortement commenté. Voici
un article sur la question de notre collaborateur en France,
une Déclaration du CADTM et le point de vue d’un
Burkinabé.
Le
« testament africain » de Jacques Chirac
Jacques
Chirac a présidé en fin de semaine dernière
son probable dernier sommet Afrique-France à Cannes.
Il s’est posé en défenseur de la cause
africaine plaidant notamment pour une concurrence plus
loyale sur le marché du coton. Blaise Compaoré
a présidé à l’occasion une
table ronde sur les matières premières et
l’Afrique.
C’était
probablement son dernier sommet France-Afrique. Celui
que l’on surnomme « Chirac l’Africain
» a présidé les 14-15 et 16 février
derniers, à Cannes, le 24ème sommet France-Afrique.
Face à Blaise Compaoré et aux 47 autres
chefs d’Etat Africains qui ont fait le déplacement,
le président français a fait le bilan de
ses douze années de soutien à l’Afrique,
pendant qu’il était au pouvoir, et a plaidé
jeudi, pour une plus forte mobilisation de la communauté
internationale auprès du continent noir où
près de 300 000 millions de personnes vivent sous
le seuil de pauvreté.
L’Afrique, « ce sont des crises, des blessures
au flanc du monde, dont la communauté internationale
ne peut détourner les yeux car aujourd’hui,
les désordres régionaux ont souvent des
répercussions planétaires » a déclaré
le président français lors d’un discours
prononcé jeudi. Depuis son pupitre, il a placé
ses espoirs dans « une Afrique nouvelle en marche
», à condition que les pays riches ne soient
plus les instigateurs d’une concurrence déloyale.
Il a dénoncé les subventions « inacceptables
et inhumaines » des pays riches aux producteurs
de coton. A ce sujet, il a confié à Blaise
Compaoré la présidence d’une table
ronde sur les matières premières et l’Afrique.
Le président burkinabé a alors pu faire
part des doléances des paysans africains, asphyxiés
par la faiblesse des cours du coton sur le marché
international.
Le président Chirac a aussi appelé les états
africains à renforcer l’état de droit
et à faire preuve de bonne gouvernance financière
et démocratique. Il est revenu sur l’insoluble
tragédie du Darfour, appelant « tous les
belligérants et le gouvernement du Soudan à
accepter le déploiement d’une force de paix
». Et comptait pour cela sur une réunion
multipartite entre les acteurs du conflit, pour envisager
une sortie de crise. Une réunion qui a d’ailleurs
accouché d’un accord, prévoyant que
le Soudan, le Tchad et la Centrafrique ne soutiendront
plus la rébellion à l’intérieur
de leurs territoires.
Jacques Chirac s’est aussi félicité
de la résolution récente de plusieurs conflits,
au Libéria ou en Sierra-Léone, tout en passant
sous silence le soutient à certains régimes
contestés. Quant à la côte d’Ivoire,
le président français a souhaité
en l’absence de Laurent Gbagbo, qu’elle «
retrouve la voie de la sagesse et du développement
» qui existait, selon lui, du temps du président
Félix Houphouët-Boigny.
Plus personnellement, Jacques Chirac a redit son attachement
à l’Afrique dans un discours qui avait valeur
de « testament ». Il s’est tourné
vers Angela Merkel, chancelière allemande (l’Allemagne
assure actuellement la présidence de l’Europe)
et l’a prié de maintenir l’Afrique
au cœur du G8 qui aura lieu prochainement en Allemagne.
« J’aime et je respecte l’Afrique. La
France aime l’Afrique » et « se sent
liée avec elle par les engagements de la fraternité
de l’histoire et du cœur » a dit Jacques
Chirac.
Un « discours testament », car la France a
perdu de son influence en Afrique, bien que le Burkina
Faso reste le pays Africain où la France investit
le plus. Et « depuis 12 ans, j’ai tenu à
ce que, tout en assumant dans la fidélité
son héritage historique, elle (NDLR : l’Afrique)
accompagne les évolutions dans un esprit nouveau
» a dit le président Chirac. Or aujourd’hui,
l’Europe s’est mise en travers des relations
franco-africaines. L’aide au développement
de la France est encadrée par Bruxelles. Et l’élargissement
de l’Europe a contraint la France à rediriger
une partie de ses aides vers les pays de l’ex bloc
communiste. Par ailleurs, les pays émergents que
sont l’Inde et la Chine entreprennent une opération
séduction de l’Afrique. Dernier exercice
en date : le premier sommet sino-africain à Pékin
fin 2006.
Face à la mondialisation, le président Chirac
a donc mis en garde les dirigeants africains contre «
la facilité du court terme et les égoïsmes
» qui feraient que l’Afrique, avec «
ses immenses ressources naturelles » risque d’être
« une nouvelle fois mise au pillage ».
Chirac l’Africain a livré son testament,
mais peut-être pas sa dernière bataille en
faveur du peuple noir. Il pourrait dit-on, prendre la
tête d’une future ONU de l’environnement,
tandis que le défi écologique s’impose
de plus en plus au continent le plus pauvre de la planète.
Les
associations altermondialistes se sont réunies
à Cannes pour critiquer la tenue du 24ème
somment France-Afrique. Considérant que certains
protagonistes présents à Cannes étaient
des dictateurs ayant du sang sur les mains. Environ
200 personnes ont manifesté, avant de se
rassembler sur un parking du centre de ville, faute
de pouvoir défiler. Les Verts et Survie avaient
notamment appelé au rassemblement.
Matthieu
Herault
COMMUNIQUE
DE PRESSE DU COMITE POUR L'ANNULATION DE LA DETTE
DU TIERS MONDE
16 FEVRIER 2007
Le CADTM refuse à Jacques Chirac le droit
de se proclamer défenseur du peuple africain
alors qu’il en est l’un des fossoyeurs.
Lors du 24e sommet Afrique-France qui se tient
actuellement à Cannes, le président
français Jacques Chirac a une fois de plus
fait preuve d’un lyrisme particulièrement
déplacé à propos de l’Afrique.
Il a notamment déclaré : «
J'aime l'Afrique, ses territoires, ses peuples,
ses cultures", avant de lancer : «
J'ai confiance dans son avenir car j'ai la conviction
que l'Afrique nouvelle est en marche ».
Loin
des propos convenus de ce sommet officiel, le
CADTM veut rappeler que ce sommet réunit
des dirigeants, français et africains,
qui s’entendent pour piétiner les
droits des peuples africains et mettre l’Afrique
en coupe réglée.
Pour
le CADTM, présenter la situation internationale
actuelle en termes de rapports Nord-Sud, comme
le nom du Sommet le suggère, est une imposture
:le véritable clivage oppose ceux qui profitent
du modèle économique dominant et
ceux qui le subissent violemment.
Les
dirigeants des pays les plus industrialisés,
dont Jacques Chirac, sont les promoteurs d’un
système qui impose l’ouverture totale
des marchés du Sud, réduit drastiquement
les budgets sociaux, privatise massivement les
entreprises publiques et livre l’économie
des pays du Sud, débarrassée de
toute protection, aux appétits des grandes
entreprises multinationales, avec la complicité
des élites locales qui prélèvent
leur commission au passage. La dette, que le CADTM
combat fermement, en a été le vecteur.
Tandis
que les peuples africains s’enfoncent dans
la pauvreté (1 Africain sur 2 doit survivre
avec moins de 2 dollars par jour, plus de 200
millions de personnes souffrent de la faim), une
minorité – au Nord et au Sud -s’enrichit
de manière scandaleuse et pille honteusement
les richesses africaines. C’est cette minorité
qui est représentée à Cannes
alors que les peuples africains n’ont absolument
pas voix au chapitre.
Pour
le CADTM, Jacques Chirac a beau répéter
son amour de l’Afrique, les mesures économiques
qu’il défend depuis des décennies
sont à la base même du drame que
vivent des centaines de millions d’Africains,
mortellement blessés par la dette, la corruption
et la misère.
Le
CADTM réclame l’abandon définitif
des politiques d’ajustement structurel imposées
via la dette et l’instauration d’un
autre modèle économique, enfin capable
d’intégrer réellement la donne
sociale et la donne environnementale. C’est
à ce moment-là seulement qu’on
pourra
Dire qu’une Afrique nouvelle est en marche,
débarrassée de tous ses fossoyeurs
actuels parmi lesquels Jacques Chirac et les autres
dirigeants présents à Cannes.