Mise à jour le 18/02/2007
ACTUALITES

Fleche Accueil
Fleche Sommaire du N°401
Fleche Au courant de la plume
Fleche A vue de pays
Fleche Deux sons de cloche
Fleche Tribune de la femme
Fleche D'une semaine à l'autre
Fleche A vue de monde
Fleche Cocktail flash
Fleche Sites à visiter
Fleche Nos archives

DIALOGUE

 Fleche Ajouter à vos favoris
 Fleche Nous contacter

SERVICES
Fleche E-mail gratuit
Fleche Infos mondiales (AFP)
Fleche Horoscope

PUBLICITES

Galerie de photos

 
 

LIENS UTILES

Fleche cenatrin
Fleche site officiel du Burkina
Fleche fespaco
Fleche siao
Fleche uemoa
Fleche ceni


RECHERCHE SUR INTERNET
 

PARTENAIRES

 


 
Hebdomadaire burkinabè paraissant le Lundi
Bienvenue sur le site de San Finna, votre hebdomadaire burkinabè en ligne!
          
San Finna N°401 du 19 au 25 Février 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

ELECTIONS BIDOUILLEES
POURQUOI SONT-ELLES SI DIFFICILES A BOYCOTTER ?
REPONSES DE BURKINABE


La démocratie burkinabé est un modèle achevé d’hypocrisie. Dans le record des « Guinness », les constructeurs récolteront des palmes. C’est que ce qui a été mis comme ingéniosité, pressions, moyens financiers… est tel que les résistances internes ne pouvaient que difficilement supporter la charge.

Lorsque dans un pays balayé par les phénomènes de pauvreté, élection après élection, on pratique la fraude jusqu’à l’affiner notamment grâce à l’informatique, lorsque cette fraude est couverte par les autorités morales, religieuses, par les intellectuels, quasiment tous les médias, les partenaires techniques et financiers auxquels le pouvoir a su donner des motivations particularisées, lorsque la démocratie se joue avec la soumission des organes de l’Etat, des contre pouvoirs à un seul homme, les politiques de l’opposition peuvent apparaître abandonnés jusque par les Dieux et décider en conséquence de rendre les armes ou de rentrer dans le rang pour avoir soit la tranquillité, soit quelques miettes du « gâteau ». Ainsi, les choses ont été modelées au Faso, ouvrant un boulevard de démocratie factice à un régime qui s’y promène sans la moindre inquiétude, sans le moindre état d’âme.

Les élections qui se profilent à l’horizon se tiendront encore une fois, vaille que vaille. Rien n’a changé : le fichier électoral est toujours mauvais, la multiplicité des documents d’identification pour voter permettra encore le vote des mineurs, des absents, celui des morts.. mais elle permettra aussi les multiples votes avec transport du bétail électoral de ville en ville, de bureau de vote en bureau de vote. Les chefs coutumiers se posteront encore aux abords des bureaux de vote, s’y installeront même pour certains. Ils seront là en chiens de garde pour bien montrer à ceux qui viennent voter que leurs menaces de retrait des terres, de bannissement du village… seront appliquées à la lettre s’ils font le « mauvais choix ». Et la CENI sera toujours là, au début comme à la fin du processus pour veiller au grain, permettre la circulation des listes parallèles confectionnées à l’avance. Elle sera là pour laisser se jouer la comédie électorale en prenant garde de sortir les résultats qui ont déjà été décidés en haut lieu. On distribuera donc ce qu’on veut à chaque parti selon son degré de soumission. La CENI accomplira d’autant plus facilement ce travail que, mise honteusement en place par des fraudes, des manipulations les plus dégradantes, elle se retrouve très majoritairement composée, jusque dans le quota de l’opposition !!, d’éléments peu ou prou inféodés au pouvoir.

Pourtant, les élections se tiendront avec la participation de l’opposition. Elle sait que tout est faussé, elle n’ignore pas ce qui sortira des urnes mais elle y va. Pourquoi ? La question, il faut la tourner et la retourner pour tâcher de comprendre.

Nous avons donc tendu notre micro pour en savoir plus. La voici :

« L’opinion est maintenant acquise au constat que, plus que jamais, ces élections ne seront pas loyales et transparentes. Comment expliquez-vous que l’opposition y participe et croyez-vous qu’elle ne puisse rien faire d’autre ? »

Alphonse TOUGMA du FFS :
Je vous remercie. Pour revenir à votre question, nus avons opté depuis 1991 pour un processus démocratique. En boycottant des élections, je ne crois pas que ce soit payant et souvent, on a vu des cas où l’opposition n’a pas participé et ça a été préjudiciable à cette opposition. Aujourd’hui, il ne faut pas forcément boycotter les élections et laisser l’espace politique au parti au pouvoir. Il faut y rentrer et travailler davantage pour l’amélioration de notre démocratie. Il est vrai que l’opposition part cette fois-ci avec moins de chances mais il faut qu’elle se réveille et forge mieux le rapport de forces politique.

Pour ceux qui disent qu’il ne faut pas participer, qu’en participant on légitime un système ou un processus qui n’est pas forcément ça, mon avis personnel est qu’il faut y aller car de toutes les façons, le peuple est souverain et il lui appartient toujours d’avoir le dernier mot. Concernant les législatives à venir, je pense que jusque là, personne n’a jamais boycotté de telles élections. En 1992, les résultats étaient moins fameux qu’en 1997 et 2002. je me dis que si nous sommes allés trois fois, ce n’est pas aujourd’hui qu’il faut reculer même si aujourd’hui la CENI est critiquable. Quand on entend par exemple que les cartes d’électeurs ont été reprises à 3,2 milliards et que ça arrive par bateau, ça fait rire ! C’est pas une institution qui inspire confiance. On aurait pu fabriquer nos cartes sur place. Ceci dit, il y a bien d’autres griefs qu’on lui porte mais cela ne m’empêche pas de penser qu’il faut aller aux élections, apporter les messages de solidarité et de vérité au peuple afin de forcer les barrières de l’injustice. Et je pense que le peuple saura nous faire confiance.

Noël YAMEOGO, Conciliateur à l’UNDD :
Le congrès a donné mandat au Bureau Exécutif National de décider ou non de la participation mais surtout s’il y a participation, d’en définir la forme pour particulariser la position du parti que l’on sait très très remonté contre la manière dont les élections sont organisées dans notre pays. S’il ne tenait qu’à moi, à titre personnel, je serais d’avis de ne pas participer à cette élection dont on connaît déjà les résultats. Nous allons nous fatiguer pour rien, vivre encore des émotions terribles alors que tout montre que les sièges sont déjà attribués à ceux qu’on préfère avoir dans la scène politique. Connaître tout cela et accepter de se faire complice de la forfaiture électorale, c’est ça qui désole totalement. Comme aime dire le président du parti, l’élection au Burkina Faso, c’est un viol de la volonté populaire avec fourniture de vaseline par les opposants. Mais nous sommes dans un parti démocrate où le principe qui prime, c’est la majorité. Nous verrons bien.

Cheik Abass KANTAGBA, Juriste :
A mon avis, l’opposition doit participer aux élections en ce sens que l’animation de la vie politique, depuis le début de la démocratisation, a été faite en partie par elle. Elle a accompagné un certain nombre de mesures qu’aujourd’hui elle-même décrie. La CENI, disent certains, est aujourd’hui « bigornée », le fichier électoral défectueux. Mais écoutez, c’est la faute à qui s’ils les ont légitimés lors des présidentielles et des municipales ? Ensuite j’aimerais ajouter que l’opposition au Burkina n’a pas confiance en ses capacités de mobilisation et de contestation. Elle n’est pas certaine de pouvoir gagner dans un rapport de forces si elle refuse de se présenter. D’ailleurs, dans cette opposition, on ne sait plus qui est qui. Si les plus organisés, les plus compétentes, décident de se retirer du jeu de ces élections, les plus arrogants et intrigants ne lâcheront jamais.

Alain ZOUBGA, militant du PDP/PS :
Je voudrais tout d’abord vous remercier pour être venu échanger avec moi dans un contexte dominé par les préparatifs des prochaines élections législatives. L’opinion aujourd’hui se pose beaucoup de questions : ces élections vont servir à quoi ? Qu’est-ce que l’opposition peut espérer de ces élections ? Qu’est-ce que le pays peut en espérer ?

Je voudrais au moins vous dire que les élections en tant que telles constituent un moment particulier dans la vie des partis politiques, des nations démocratiques d’une façon générale, le moment où chaque acteur se mobilise pour donner le meilleur de lui-même. Si l’opinion aujourd’hui se pose des questions, doute, se demande finalement à quoi serviront ces élections, c’est qu’il y a des raisons objectives et subjectives.

Objectivement, il suffit de prendre les résultats obtenus depuis des années. On est en droit de se demander si tout n’est pas fait pour que chaque jour qui passe voit l’effondrement de la frange de l’opposition d’une façon générale. Il y a plusieurs raisons à cela. Il y a des raisons internes et externes.

En dépit de tout cela, personnellement je comprends qu’il y ait des partis, des individus qui veulent aller à ces élections mais ce que je ne comprends pas, c’est qu’ils vont à ces élections comme si tout était normal, comme dans des conditions normales, comme si dans ce pays-là, la démocratie avait réussi un tant soit peu à fédérer le peuple. Il y a un certain nombre d’acteurs à ce jour qui ne voient pas la vérité en face. Ils semblent privilégier (peut-être) l’intérêt individuel parce qu’il y a peut-être une chance, même si c’est sur 1000, qu’ils deviennent députés. Encore faut-il qu’ils puissent tirer leur épingle du jeu.

L’opposition participe à ces élections parce que premièrement c’est du devoir pour tous les partis d’aller à des élections surtout parce qu’il y a des acteurs qui ne voient que les élections, qui pensent que toute leur vie, la vie politique se mesure à des élections. Encore faut-il travailler à créer les conditions d’une participation qui puisse permettre à chacun de dire : « C’est vrai, je me suis battu, j’ai le résultat que je mérite ! ». Les conditions aujourd’hui me semblent difficiles, viciées, verrouillées. Que ce soient les facteurs externes aux partis politiques, tout le monde sait que le fichier électoral est mauvais. Il n’a jamais été corrigé. Tout le monde sait que la CENI actuelle est discréditée. On a vu comment au niveau de la CENI, on a organisé les élections comme on le fait dans les élections municipales où on transporte les gens en groupe pour aller voter ! C’est quand même ridicule et humiliant !

Et pour moi, la CENI aujourd’hui est une CENI discréditée. Même l’opposition a contribué à discréditer cette CENI. Quand on voit les coups bas orchestrés par certains partis (je ne les citerai pas) pour éjecter le représentant du PDP/PS parce qu’ils veulent évincer les autres.. Ce n’est qu’un exemple.

Le regroupement d’une façon générale de l’opposition se fait toujours de façon difficile et impossible parce qu’il y a toujours des gens qui ne représentent rien en réalité mais qui sont les plus grands intrigants. Ils manoeuvrent tout et créent les conditions de la désunion. Les ambitions personnelles prennent le dessus, chacun préfère être la tête du rat que la queue du lion ! Impossible donc d’avoir l’unité, impossible ! C’est quand vous cherchez à avoir l’unité que chacun pense que c’est lui le chef.

On dira que je suis sévère mais j’ai vécu cette situation depuis des années ; Je sais ce que c’est. L’expérience du G 14, d’Alternance 2005.. , toutes ces expériences-là me convainquent qu’il faut changer.

Tant que l’opposition ne sera pas en mesure d’avoir un minimum de démarche unitaire, dans les conditions actuelles, nous ne pouvons pas aller loin. Parce que nous n’avons pas les ressources nécessaires pour faire face à la machine électorale du CDP. La bataille pour corriger le fichier électoral s’est arrêtée net. On n’est pas allé jusqu’au bout. Tout cela montre que ces élections seront extrêmement difficiles pour l’opposition ; Elle espère, et j’espère aussi, qu’elle va gagner quelque chose, mais je doute fort, très fort. Mais pouvait-elle faire autre chose ?

Mais oui ! D’abord, je l’ai esquissé. Il faut créer les conditions pour que ce soient de véritables élections transparentes, démocratiques, au lieu de ruer dans les brancards. Travailler pour qu’il y ait un autre fichier était du possible pour l’opposition. Travailler pour qu’il y ait une autre CENI véritablement neutre, indépendante, était du possible. Se battre pour qu’il y ait la nécessité de faire participer toutes les forces vives pour qu’un certain nombre de dossiers soient repris et traités correctement était possible. On a vu que le code électoral a été revu, transformé, remettant en cause ce qui avait permis à l’opposition d’engranger un certain nombre de députés, donnant l’image d’un pays où la démocratie était en marche. Tout ce qui a été refait aujourd’hui, plus les faiblesses internes de l’opposition, me font croire que véritablement nos chances sont faibles.

La démarche unitaire pour moi n’est pas une démarche classique telle que nous l’avons vu au niveau du G 14, du Collectif.. Je ne pense pas qu’il faut que nous nous orientons vers là. Je l’ai dit dans mes écrits : il faut véritablement refonder. Ca veut dire quoi ? Il faut redonner à chaque institution sa véritable place pour l’édification de la république. La société civile aujourd’hui doit pouvoir jouer un autre rôle que celui qu’elle joue de nos jours. Tantôt ballottée, tiraillée par les tenants du pouvoir, utilisée pour des choses qui ne rentrent pas dans les ambitions du peuple…

Ensuite, les partis politiques eux-mêmes. Je ne dis pas qu’il faille les limiter mais il ne faut pas que les partis se constituent sans chercher à s’organiser autour de grandes options. Si on crée un parti simplement parce qu’on veut diriger un parti, c’est très vite voué à l’échec. Il est possible qu’il y ait de grands regroupements. Il faut tendre à regrouper le maximum possible ceux qui ont les mêmes visions politiques voire idéologiques. Cela va diminuer le nombre de partis et renforcer leurs bases sociales. Par ailleurs, la société civile peut être intéressée à la vie politique à travers les candidatures indépendantes. Je soutiens cette idée parce que la population en a marre de la politique ; si ça peut l’intéresser davantage .. Bref, la nécessité de la refondation politique s’impose au niveau national. En tout cas, personnellement, je crois qu’après les élections, il faut qu’il y ait des acteurs qui travaillent à créer les conditions d’un mouvement de refondation.

En tout cas, s’il y a un parti aujourd’hui qui ne va pas aux élections, je ne crierais pas au scandale mais si un parti choisit d’y aller, je le comprends mais suis convaincu que dans les conditions actuelles, il ne gagnera pas grand-chose. Ensuite, cela retarde encore le changement. Le changement ne viendra pas alors de ces élections. Je suis convaincu que certains espèrent, comme cela est connu, que le CDP va s’asseoir et décider quel ou quel leader passera. Certains pensent qu’ils seront sur la liste de ceux qui vont passer. Je suis dans un parti qui a décidé d’aller aux élections ; c’est une décision démocratique. Je ne vais pas m’opposer parce que je suis minoritaire mais je suis convaincu que nous y allons dans des conditions extrêmement catastrophiques. Et cela vaut pour plusieurs partis.

Aujourd’hui dans les mosquées, à 6 h 30 du matin, il y a des leaders politiques qui passent pour donner 200 000, 300 000 f et j’en ai les preuves. Nos parents musulmans, que voulez-vous qu’ils fassent ? Avec les communautés catholique et protestante, c’est la même chose. Il est rare de trouver un chef qui accepte d’aller dans une autre direction que celle que le pouvoir impose. C’est ça les éléments qu’il faut refonder. Il faut qu’on sache redéfinir les rôles et les devoirs de chacun. Le Mogho Naba n’est pas le Mogho du CDP, c’est le Mogho de tout le monde. Il faut qu’il joue le rôle d’équilibre des grands courants de la société.

Au Burkina malheureusement, le pouvoir est entré partout : dans les partis d’opposition, les syndicats, au niveau de la société civile, dans les clubs de foot… Pour tout vous dire, je suis pessimiste.

 

PY/SK







Site réalisé par Come Tell The World