San
Finna N°402 du
26 Février au 04 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
DIALOGUE
INTER IVOIRIEN
ET MEDIATION DE BLAISE COMPAORE
NE PAS PRENDRE L’OMBRE POUR LA PROIE
Lorsque
l’on analyse froidement les raisons qui sous-tendent
le ralliement général au processus de dialogue
direct en Côte d’Ivoire, sous la médiation
de Blaise Compaoré, Président de la CEDEAO,
on ne peut pas ne pas être frappé par les
leçons d’humilité, de repentance qu’inspire
cette nouvelle dynamique.
Le dialogue inter
ivoirien, c’est la fin d’une fuite en avant,
c’est la leçon, comme dit Me Hermann Yaméogo,
que la vérité, si profondément enfouie
soit-elle, finit toujours -comme le cadavre au fond de
l’eau- à remonter en surface. Plus précisément,
ce dialogue direct ramène au cœur du débat,
par-delà les accommodements diplomatiques, les
maquillages médiatiques, les véritables
causes et responsabilités qui sont à l’origine
de cette crise qui a frappé la Côte d’Ivoire
et bien de pays de la sous région.
Nous ne sommes plus en effet au temps triomphant de la
guerre contre l’ivoirité, de ces rebelles
boostés par la France, la Burkina Faso et d’autres
pays que l’on présentait, grâce à
un battage médiatique sans pareil, comme des Robin
des bois ! La méprise première est passée,
et avec le temps, beaucoup d’eau a coulé
sous les ponts. Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement
les rebelles qui sont fatigués, les parrains aussi
le sont, mais plus important, ils ne semblent plus danser
sur le même air, pétant des flammes devant
un public gonflé à bloc. Alors, il faut
savoir, comme l’a si bien enseigné le regretté
Larllé Naba, faire comme le caïman : se gondoler
quand la rivière se gondole !
Ce n’est pourtant pas le cas pour beaucoup qui continuent
à clamer les mêmes clichés, les mêmes
slogans contre X ou Y, à toujours présenter
Laurent Gbagbo comme le boulanger impénitent, celui
qui, nourri à la sève de l’ivoirité,
voudrait encore une fois rouler dans la farine le Burkina
Faso, en engageant un dialogue direct avec un couteau
derrière le dos. Il faut faire attention à
ce genre de thuriféraires tellement de mauvaise
foi, tellement habitués à se nourrir de
leurs louanges qu’ils voient venir comme une période
de vaches maigres, la paix qui se profile à l’horizon.
On n’a pas trop envie de parler parce qu’il
ne faut pas réveiller le chat qui dort ; il ne
faut pas (quand on est à deux doigts de conclure
une paix profitable à deux peuples) remettre de
l’huile sur le feu. Mais il faut quand même
leur dire à ces gens-là d’avoir à
l’esprit que Blaise Compaoré n’était
pas obligé d’accepter la médiation
qu’on lui a confiée, qu’il se pourrait
que ce soit une porte de sortie pour lui mais il importe
surtout de leur faire observer qu’il ne faut pas
prendre cette médiation au premier degré
mais au deuxième, qui en cache toutes les subtilités.
Ce n’est peut-être pas seulement parce qu’il
est un orfèvre de la médiation, un apôtre
de la paix ou encore le Saint patron des rebelles que
cette médiation lui échoit. Il se pourrait
aussi qu’au-delà de tout cela, Blaise Compaoré
ait été considéré comme le
seul capable de faire entendre raison aux rebelles en
leur coupant la bourse et la retraite certes, mais surtout
le seul à même d’éviter que
la paix future ne soit parsemée par des mines.
Qu’est-ce à dire ?
Le chef d’Etat burkinabé peut dire aux rebelles
de désarmer, d’entrer dans la République,
d’accepter un premier Ministère, une vice
présidence.., mais si les Doué Mathias,
les Yao Yao et tous les autres officiers en rupture de
ban, restent à l’extérieur de la Côte
d’Ivoire, ils seront autant de cartouches gardées
dans la gibecière pour peut-être faire le
coup de feu demain.
Blaise Compaoré peut pousser les poulains à
rentrer dans le rang mais si à travers l’identification,
on découvre que sur 100.000 régularisations,
il y a 60 ou 70.000 burkinabé qui sont passés
à travers les mailles, bonjour l’ingérence
électorale !
Blaise Compaoré peut, admonestations et coups de
gueule à l’appui, chasser l’équipe
à Soro du Burkina Faso et contraindre les Forces
nouvelles à renter dans les forces loyalistes mais
s’ils rentrent avec une majorité de ressortissants
burkinabé déguisés, ils n’auront
fait que rééditer le coup du cheval de Troie.
Alors, ne nous croyons pas toujours plus futés
que les autres. Ne continuons pas à ne voir dans
ce dialogue que la vérification par le temps de
l’injustice des accusations d’ingérence
faites à Blaise Compaoré et à son
régime. Arrêtons de soutenir contre les évidences
que Laurent Gbagbo, en allant demander la médiation
de Blaise Compaoré à Ouagadougou, s’est
rendu à Canossa.
Sachons grandir à la modestie en comprenant que
celui qui est accroupi voit aussi celui qui marche à
l’affût. Il se pourrait donc que cette médiation
que Laurent Gbagbo a sollicitée à Blaise
Compaoré soit une arête dans la gorge de
ce dernier, une épreuve bien plus difficile qu’il
n’y paraît, bref une sorte de pénitence
!