Mise à jour le 25/02/2007
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San Finna N°402 du 26 Février au 04 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

A vue de monde

PROLONGATION D’ETAT DE SIEGE EN GUINEE
LE REFUS DES DEPUTES, C’EST DU PIPEAU OU C’EST POUR DE VRAI ?

En Guinée, sur les 114 députés que compte l’Assemblée nationale, 86 viennent de voter ce vendredi 23 février 2007, contre la prorogation de l’état de siège ainsi que le demandaient Lansana Conté et son premier Ministre. Et il faut savoir que sur ces 114 députés, 90 sont des députés de la majorité (PUP/PCN). Par ailleurs, et tenez-vous bien, ce vote a eu lieu à l’unanimité à main levée.

Incroyable mais vrai : face à ce régime qui ne passe pas pour un tendre, il s’est trouvé des députés, qui plus est de la majorité, pour jeter comme ça au visage : «Eh bien, nous ne te donnerons pas ce que tu demandes parce que nous en avons assez ! Les syndicalistes et le peuple souffrent trop de cet état de siège ; alors en tant qu’élus du peuple, nous disons Non ».

Il faut savoir en effet que «Selon la loi fondamentale du pays, l'état de siège décrété le 12 février ne pouvait excéder 11 jours sauf avis favorable du parlement par un vote majoritaire en session extraordinaire. Ce fût la raison du rassemblement et du refus des députés ce vendredi à Conakry » ( in Guinée : Les députés recalent le Président ContéallAfrica.com 23 Février 2007 par Aliou Goloko Washington, DC).

Voilà donc une cinglante baffe qui n’est pas sans poser des problèmes graves. En effet, que va faire le président Conté face à un tel désaveu ? En démocratie, lorsqu’il y a un tel décalage entre les organes de l’Etat, entre le président et une assemblée soutenue par le peuple, il y a un besoin de remettre à niveau le mandat. Alors de deux choses l’une : ou bien Lansana Conté dissout l’Assemblée nationale pour rechercher à travers la drogue électorale, une nouvelle légitimité, ou bien il tire les conclusions immédiates de cette gifle pour rendre le tablier.

Mais de la manière dont les choses se déroulent, au lendemain de ce vote que tout le monde qualifie d’historique, on ne voit pas se dessiner une quelconque de ces options, ce qui nourrit bien des extrapolations.

En tout premier lieu, le vote des députés guinéens avait tellement paru gros qu’il n’en a pas manqué pour y détecter une manœuvre. Devant le blocage de la situation, qui met face à face les syndicalistes et le pouvoir, chacun défendant bec et ongles ses positions, on pouvait aller tout droit à la catastrophe. Alors les députés auraient pu être mis en condition pour venir sortir tout le monde de cette situation inextricable. En prenant sur eux de défier Lansana Conté pour satisfaire les syndicalistes et donner ainsi prétexte (avec la non reconduction de l’état de siège) à la levée du mot d’ordre de grève, les parlementaires enlevaient une épine du pied à Lansana Conté. Bref, il y aurait eu là une espèce de cote mal taillée pour permettre de reprendre les négociations sur de nouvelles bases.

Mais cette vision des choses semblait immédiatement après contredite par les faits puisque l’armée décrétait la fin de la grève, invitant les commerçants et les opérateurs économiques à reprendre leurs activités normales en précisant qu’il s’agissait d’une réquisition.

Comme il fallait s’y attendre, les syndicalistes qui ont vu rouge, ont immédiatement répondu en affirmant non seulement que le mot d’ordre de grève serait maintenu mais qu’il fallait plus que jamais changer de premier Ministre. A noter cependant que la décision de l’Etat-major avait été prise avant le vote de l’Assemblée nationale et qu’en début d’après-midi, le samedi 24 février, l’Etat-major annonçait la levée de tout le dispositif lié à l’état de siège.

Il faut seulement espérer que cette dernière mesure fasse retomber la colère des syndicalistes et que les efforts titanesques que semble déployer l’ancien président Babangida donnent véritablement l’occasion à la CEDEAO de jouer son rôle et aux protagonistes de la crise de rentrer dans un dialogue constructif.


VT


 




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