Mise à jour le 25/02/2007
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San Finna N°402 du 26 Février au 04 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

Deux sons de cloche

ELECTIONS A PO

A FELICITER AVEC OU SANS RESERVE ?

L’omnipotent et omniprésent parti-Etat qui écrase tout sur son passage, et à qui rien ne résiste, vient d’être battu par un PAI coalisé avec quelques partis. Depuis, la ville est en fête, et avec elle, une grande partie des Burkinabé qui voient dans cette déculottée du parti majoritaire, une pure revanche pour les uns et une preuve que la démocratie n’est pas un vain mot au pays des hommes intègres pour les autres. Mais dans le concert des youyous et des vivats, il en est qui restent sur leur quant à soi, suspectant cette élection d’être un consommé d’attrape-nigauds destiné à prendre à revers tous ceux qui crient haut et fort qu’il n’y a pas de démocratie possible au Burkina et que le parti majoritaire a trusté tous les leviers du pouvoir, tous les contre-pouvoirs, bref toute la démocratie. Voilà là un deux sons de cloche tout à fait particulier qui peut faire le bonheur des Tomi et Tozi.

L’ELECTION DE PO, C’EST BLAGUER-TUER

Au-delà des apparences, auxquelles mordent beaucoup de Burkinabé, la victoire du PAI à Pô pourrait bien cacher un calcul très bien pensé et mis en œuvre par le pouvoir. Face aux critiques grandissantes par rapport au dévoiement de la démocratie, qui fait dire qu’il n’y a pas de possibilité d’expressions plurielles au Faso et d’alternance parce que tout est verrouillé, le pouvoir aurait pu décider de vouloir démontrer le contraire aux yeux de tous. Il laisserait les choses se dérouler normalement à Pô, allant même jusqu’à donner un coup de pouce pour que cela soit, pour après se répandre en démonstrations qu’il suffit que les partis politiques s’en donnent les moyens, et notamment ceux de lutter pour ébranler le parti au pouvoir pour que les changements s’opèrent. Pô serait ainsi la preuve que la CENI n’est pas aux ordres, que le fichier électoral n’est pas bidouillé. Voilà de quoi emboucher un coin à ces opposants impénitents qui vont criant chaque jour que Dieu fait que le pauvre Moussa Michel Tapsoba est une marionnette, que la CENI est inféodée et que la démocratie est gâtée, pourrie. On peut craindre que le calcul ait marché car le peuple, si facile à emballer, se retrouve pris dans de véritables transes, voyant dans cette victoire une revanche sur les frustrations du passé. On peut le craindre surtout qu’on a eu droit à un battage médiatique sur le sujet pendant plusieurs jours ! Aujourd’hui Pô est tellement regonflée que cette ville se donne en exemple au Burkina Faso pour non seulement attester qu’à partis unis et déterminés, rien n’est impossible mais que la démocratie n’est pas aussi formatée que cela. C’est le sentiment qui se dégage en voyant les habitants de Pô gagner par cette euphorie qui n’en finit pas. Mais les élections au Burkina Faso sont comme des euphorisants, des alcools, donnant l’ivresse, la joie à la consommation puis la gueule de bois à la dissipation de l’ivresse. Alors, à ceux qui se laisseraient enivrer par le caractère démocratique de l’élection de Pô, au point de croire que les législatives à venir pourraient se remporter de la même façon contre le CDP, je dis de faire attention. L’après élection pourrait encore leur réserver des surprises à vouloir se pendre !

TOMY.

PO A UN PEU REHABILITE LA DEMOCRATIE

La victoire du PAI à Pô est la preuve éclatante que quand des gens sont décidés, mais vraiment décidés, ils peuvent surmonter bien d’obstacles et vaincre. On n’ira pas jusqu’à dire que ces résultats sont la preuve que la démocratie existe au Faso, qu’ils sont un camouflet à ces opposants radicaux qui ne tarissent pas de critiques sur la gouvernance nationale. Mais on reconnaîtra que cette élection ne s’est pas mal déroulée du tout, qu’elle a comblé les espoirs d’une très grande majorité de Pôlais et également de Burkinabé. Et c’est vrai que la rage de vaincre du PAI et de ses alliés était là qui a boosté leur ardeur, que comme c’était une élection partielle dans une seule ville, les différents camps s’étaient particulièrement préparés pour contrôler les bureaux. Ca avait de quoi rebuter les fraudeurs usuels de tout acabit ! On a noté que 7 % de plus d’électeurs ont voté. Et puis, on ne le dira jamais assez, Pô est une ville qui a plus souffert que bien d’autres villes, et il fallait prouver au vu de ce qu’on avait fait à un homme, qu’on saurait se mettre derrière lui même si le parti majoritaire écrase tout sur son passage notamment par ses moyens. On disait même que ce n’était pas une question de parti mais d’homme. Qu’importe qu’hier le PAI ait soutenu Blaise Compaoré et qu’il se réclame de l’opposition aujourd’hui, la seule chose qu’on voulait, c’était réhabiliter un homme bafoué dans son honneur, et avec lui, toute une ville. On le voit, c’est un cas particulier ! Certains avancent même d’autres arguments, que notamment cela est dû au fait que les Gourounsi, en particulier les Kaséna, sont des gens qui sont libres (sous entendu, contrairement aux Mossi qui sont des gens soumis, requérant l’avis du chef pour tout, y compris en politique !). C’est peut-être tout ça qui a joué mais en tout cas, ça a marché, et ça a donné une bouffée d’oxygène dans le pays ! Il serait bien que ça donne des idées aux opposants et à tout le peuple. Et ceux qui disent que le CDP a laissé sciemment les choses se dérouler pour qu’on pense que la démocratie est bien au Faso, se trompent lourdement : les candidats du parti majoritaire qui ont mouillé la chemise, ne s’en laissaient pas conter. Le PAI et ses amis peuvent pavoiser aujourd’hui : ils le méritent bien !


TOZI.

Citation de la semaine

«Agissez comme s'il était impossible d'échouer »

Winston Churchill






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