San
Finna N°402 du
26 Février au 04 Mars 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
LANCEMENT
OFFICIEL DU RAPPORT MONDIAL SUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN
2006 :
SANS SURPRISE POUR LE BURKINA FASO
C’est
le vendredi 15 février 2007 à l’Immeuble
des Nations Unies qu’il a été procédé
au lancement officiel du Rapport Mondial sur le Développement
Humain 2006 : «Au-delà de la pénurie
: Pouvoir, Pauvreté et Crise mondiale de l’Eau
». Ce Rapport est publié chaque année
par le Programme des Nations Unies depuis 1990 et «
s’efforce de quantifier le concept de développement
».
Mme
Mariam Vanessa TOURE, maîtresse de la cérémonie,
a planté le décor et permis à la
Représentante de pays/PNUD, Mme Ruby Sandhu-Rojan,
de présenter et de situer la rencontre. Ce fut
ensuite au tour de M. Halidou KOANDA, Dr Ingénieur
Sanitaire et Environnement, Chargé de Recherche
au CREPA et Consultant indépendant, de présenter
ledit rapport, articulé autour de trois (3) axes
majeurs :
- Le Rapport global mondial
- L’implication du Rapport pour le Burkina Faso
- Les défis à relever
1.
Du Rapport global mondial
M. Koanda, avec visiblement une maîtrise de son
sujet, a tour à tour et avec des exemples concrets
dans chaque cas, évoquer les aspects suivants :
- Les facettes de la crise de l’eau et de l’assainissement
- Les actions à mener
- La fracture de l’assainissement
- La pénurie d’eau, risques et vulnérabilité
- L’Agriculture : concurrence pour l’Eau et
Développement humain
- La gestion des eaux transfrontalières
2.
De l’implication du Rapport pour le Burkina Faso
L’inexistence d’un cadre de concertation dans
le secteur, les atteintes des OMD pour le cas du Burkina,
et les efforts gouvernementaux en cours ou en projets
ont été passés en revue ; à
titre illustratif, la réalisation de 222 000 latrines
dans le cadre d’un programme d’assainissement
autonome aura retenu notre attention, et ce pour un taux
global national d’accès de 2%.
3.
Des défis à relever
A ce niveau, quatre éléments ont été
relevés par le présentateur et qui sont
:
- La mobilisation des financements et des ressources humaines
;
- L’opérationnalisations des plans stratégiques
tels le PSAO (Plan Stratégique d’Assainissement
de Ouagadougou) ou celui de Bobo-Dioulasso ;
- L’Equité (dans la répartition de
l’eau, son coût, etc) ;
- Le Système de suivi des ressources (potentiel,
exploitation, qualité).
Après
cette présentation, la Maîtresse de cérémonie
a proposé l’ouverture d’une discussion
d’une trentaine de minutes par les participants.
Les interventions de deux délégués
syndicaux, de Mme Tapsoba du PNUD, de M. Thiombiano, de
Sa Majesté le Larlé Naba, de Mme Clémentine
Ouédraogo de Promo-Femmes –Développement,
et de Mme Joan French, ont permis d’éclairer
certains points avec des cas pratiques vécus au
quotidien au Burkina Faso (gestion des latrines, accès
à l’eau potable, gestion des boues de vidanges,
le système de facturation de l’eau en fonction
des volumes consommés, etc).
Débutée
à 16 heures, la cérémonie a pris
fin aux environs de 18 heures par un sympathique cocktail.
Rappelons qu’elle était organisée
par le PNUD et le Ministère de l’Economie
et du Développement dont le Secrétaire Général,
M. Olivier SAWADOGO, en assurait la présidence.
Une note explicative des Indicateurs de développement
avait été distribuée pour permettre
aux participants de mieux appréhender les critères
globaux servant au classement ; ces indicateurs, combiné
en un indice synthétique appelé «
l’ Indice de Développement Humain «
(IDH), sont notamment :
- L’espérance de vie à la naissance
pour la santé,
- Le taux d’alphabétisation des adultes
- Le taux brut de scolarisation (primaire, secondaire
et supérieur) ;
- Le PIB par tête mesuré en parité
des pouvoirs d’achats.
Pour
2006, le Burkina Faso est au 174e rang sur 177 pays. Sans
surprise et … moralité : la nécessité
de la bonne gouvernance et d’une démocratie
véritable.
Le
rapport original en version anglaise de 440 pages est
subdivisé en six (6) chapitres ; de l’IDH,
la répartition des pays par « fourchette
» place le Burkina dans le groupe des 31 Etats ayant
un Indice inférieur à 0,500. Comme vous
l’aurez compris, ce sont les derniers de la Classe
humaine : on y dénombre … 30 pays africains
qui font l’école buissonnière du Développement
avec le Yémen. Sur l’IDH moyen compris entre
0,500 et 0,799, s’y retrouve 83 pays parmi lesquels
15 pays africains dont le Cap-Vert, pays désertique
faut-il le préciser. 63 pays ont un indice supérieur
à 0,800 : les africains y figurant sont les îles
Seychelles et l’Ile Maurice.
Si
le Burkina avait entre temps protesté vigoureusement
contre son rang, en revanche la méthodologie et
les indicateurs de classement ne laissent aucun doute
sur notre place. Sinon comment comprendre qu’un
pays qui place l’Education et la Santé comme
priorité de son développement, en vienne
à monétariser à outrance l’accès
au soins primaires, à rendre inaccessible l’éducation
de base au plus grand nombre par les coûts, et pire,
à désaxer le système lui- même
par l’application d’un programme (le PDDEB)
juste conçu pour « importer » des milliards
au profit cette fois d’un autre système.
Quant
à la question majeure de « l’eau et
de l’assainissement », la vedette du Rapport
2006, point n’est besoin de chiffres, tant la réalité
nous défie de jurer sur nos performances en la
matière : humer les odeurs d’urines en plein
centre ville, longer le Canal central de Paspanga, et
pour parachever le tableau, demander une calebasse d’eau
à boire le jour ou vous irez au village.
Il
nous semble qu’une Démocratie véritable
pourrait contribuer à libérer les énergies
de toutes les forces vives de la Nation pour s’attaquer
aux défis, à commencer par un consensus
sur le calendrier et le fichier électoral, bases
de tout scrutin équitable et transparent. La Bonne
Gouvernance, loin d’être un concept à
utiliser systématiquement dans les allocutions
officielles, se devrait d’être une réalité
quotidienne dans les choix d’investissements de
nos autorités, dans l’attribution des marchés,
et surtout une équité dans la gestion des
affaires de l’Etat. La chute des cours du coton
est venue nous rappeler notre erreur monumentale à
exporter depuis quarante ans des balles de coton, et à
importer en retour d’Asie du creton pour juste l’imprimer.
La fermeture de Faso Fani à l’époque,
sans occulter les intentions inavouées qui la soutenaient,
aura été la preuve palpable d’une
irresponsabilité et d’un manque de vision
prospective économique. Bref, dans ce Burkina où
l’on devrait plutôt parler des « économies
» de la Nation tant les clans mafieux se sont partagés
les secteurs vitaux, à tel enseigne qu’il
a fallu interdire momentanément l’importation
du sucre.
Nul
doute que dans un tel environnement politique et économique,
il n’est plus possible de parler d’un développement
global et harmonieux, tant les dés sont pipés.
Toutefois, il nous reste des alternatives pour satisfaire
notre amour propre quant à notre classement : exiger
l’instauration d’une Démocratie véritable
car, hormis quelques monarchies, tous les premiers du
classement sont des démocraties modernes. Aussi
parce que « l’accès à l’eau,
qui est pourtant une ressource toute simple que beaucoup
tiennent pour acquise dans les pays industrialisés,
a des implications pour l’amélioration des
chances dans la vie, la possibilité de faire des
choix et l’exercice des libertés fondamentales
», notait le Représentant Résident
du PNUD au lancement du Rapport Mondial sur le Développement
Humain 2006 le 13 décembre 2006 à Djibouti.
La seconde alternative pourrait consister pour les citoyens,
dans une Démocratie Participative, à exercer
un contrôle réel sur la Gouvernance par le
biais de la pluralité de leurs représentants
à l’Assemblée Nationale. La troisième
alternative pour le Burkina, serait de refuser la compétition
mondiale à lui imposée, en se déclarant
« Auditeur libre » de la classe de l’Indice
du Développement Humain…. pour ne plus être
classé.