San
Finna N°403 du
05 au 11 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
LA
SURCHAUFFE FRONTALIERE ENTRE LE BURKINA FASO ET LE BENIN
UN BON POINT POUR LA SAGESSE DU BURKINA FASO
Une
fois n’est pas coutume : il faut féliciter
les autorités et en particulier le Ministre de
l’Administration territoriale et de la Décentralisation,
Clément Sawadogo, pour la ligne qui est actuellement
adoptée par rapport au rebondissement dans le différend
frontalier qui oppose les deux pays.
Le Ministre Sawadogo
s’est expliqué dans le Sidwaya du 27 février
dernier :
« Alors qu’on pensait l’affaire réglée,
voilà qu’elle rebondit ces derniers jours.
Avant d’en arriver aux événement du
12 février, il faut savoir qu’au moment du
recensement général de la population et
de l’habitation du 9 au 23 décembre 2006,
nous avions saisi les autorités béninoises
ainsi que celles de tous les autres pays limitrophes pour
les informer que nous allions recenser les Burkinabè,
partout là où ils se trouvent ». Et
le Ministre d’expliquer que « Bien que nous
ayons informé les autorités béninoises
du recensement, elles ont fait débarquer deux cargaisons
de militaires dans la zone de Koalou en représailles
à notre opération de recensement…(..)
.. Sur le terrain, on assiste à une aggravation
des incursions. Le premier acte qui nous a été
rapporté, c’est que les forces de l’ordre
béninoises sont allées intimider l’instituteur
de l’école de Niorgou (Niorgou fait partis
de la zone de litige), lui disant de ne plus assurer ses
cours. En même temps, à côté
de notre école, à moins de vingt (20) mètres,
les autorités béninoises ont dressé
un hangar pour servir d’école en lieu et
place de la nôtre. Les jours qui ont suivi, il y
a eu une tracée de voie pour joindre Niorgou I
et Niorgou II afin de renforcer la présence de
l’administration béninoise dans cette partie.
Tous ces actes sont en violation flagrante des toutes
dernières conversations que nous avons eues avec
les autorités béninoises ».
Pour le Ministre Sawadogo, il n’y a pas d’autre
solution que pacifique et il a souhaité que la
Cour internationale de Justice de la Haye soit saisie
pour régler le problème « nous ne
sommes pas partant pour une solution militaire ».
Là où il faut féliciter le Ministre
Sawadogo, c’est qu’il prône la prudence,
la négociation et rejette avec force l’option
du conflit armé.
Il faut souhaiter que ce ne soient pas seulement des mots,
encourager les autorités à tenir cette position
parce que, par les temps qui courent, on pourrait découvrir
les va-t-en guerre pour tenter de faire oublier les problèmes
nationaux et surtout occuper les militaires à autre
chose qu’à la contestation.
S.
Koné
FORUM
DE COMMUNICATION ALTERNATIVE DE L’UNDD SUR L’ELEVATION
DE L’AFFAIRE NORBERT ZONGO DEVANT UN TRIBUNAL PENAL
INTERNATIONAL
Au Centre de presse Norbert Zongo, le jeudi
passé, s’est tenu le 3ème FOCAL du
parti de la panthère tenu autour de la création
d’un tribunal pénal international pour juger
l’affaire Norbert Zongo. Les animateurs étaient
le président du parti Me Hermann Yaméogo,
Mariam Ouédraogo, la Secrétaire chargée
de la promotion de la femme, Harouna Kadio, Secrétaire
général chargé des affaires scolaires
et universitaires, et Faustin Ouattara Secrétaire
général chargé de l’emploi
et de la solidarité nationale.
Nous reprenons pour vous le thème général
qui a englobé tous les sous-thèmes et qui
a été lu par Désirée Kanyala,
Secrétaire générale adjointe chargée
des Burkinabé de l’extérieur. A noter
avant cependant que Me Prosper Farama, avocat de la famille
de Norbert Zongo, était présent et a fait
une intervention très remarquée, appuyant
l’idée, disant même que le collectif
des avocats travaillaient sur la question. On aura aussi
remarqué que la LIDEJEL, par la voix de son président
Ousmane Nacro, a formulé l’idée d’une
pétition pour exiger la création de ce tribunal.
THEME GENERAL
Le
choc causé par l’assassinat de Rafic Hariri
au-dedans comme au dehors du Liban n’est pas différent
de celui éprouvé au Burkina Faso et à
l’étranger par l’assassinat de Norbert
Zongo.
La révolte populaire qui a suivi l’assassinat
du journaliste burkinabé tout comme celle qui a
marqué l’élimination de Rafic Hariri,
en est une preuve. Si le pouvoir avait escompté
l’amnistie par le fait du temps, il se rend compte
devant le refus populaire de voir enterrer le dossier,
qu’il s’est rudement trompé.
Au Liban, on le savait très bien, la configuration
de la situation nationale n’était pas propice
à la saisine d’une quelconque juridiction
nationale par rapport à l’affaire Rafic Hariri.
La sérénité et l’équité
ne pouvaient que faire défaut à une telle
procédure. C’est tout naturellement que le
peuple libanais a usé de pressions sur le gouvernement
afin qu’il prenne langue avec le Conseil de Sécurité
pour demander la création d’un tribunal pénal
international qui permette un jugement dans les normes
du dossier. Le Conseil de Sécurité y a répondu
favorablement, en instruisant le Secrétaire général
de l’ONU d’ entrer en négociations
avec les autorités libanaises afin de trouver ensemble
les voies et moyens pour la mise en place de cette juridiction
dans le respect des standards internationaux régissant
le droit pénal international.
Voilà comment les choses ont été
engagées pour arriver au stade d’une convention
qu’il faut maintenant soumettre à l’approbation
du président libanais et à ratification
parlementaire.
La procédure qui a été suivie pour
le dossier Rafic Hariri peut parfaitement s’appliquer
au dossier Norbert Zongo.
Les ayant droits, les avocats, les mouvements de droits
de l’homme, le Collectif, les Femmes en noir, les
partis politiques, les médias… peuvent avec
le soutien de nombre de partenaires techniques et financiers,
user de pressions pour amener le gouvernement burkinabé
à faire ce que le gouvernement libanais a fait
: saisir le Conseil de Sécurité aux fins
de création d’un tribunal pénal international
pour juger le dossier Zongo.
Des difficultés, il ne faut pas se le cacher, il
en existera parce que le gouvernement burkinabé
n’est pas le gouvernement libanais, parce que les
deux n’ont pas le même intérêt
à actionner des poursuites judiciaires. Pourquoi
du reste le pouvoir burkinabé, qui refuse que la
justice nationale tranche le dossier, accepterait-il de
l’élever au niveau international où
il maîtrisera moins l’appareil judiciaire
?
D’ailleurs, des résistances du même
type sont apparues au Liban même, provenant de l’opposition,
surtout du Hezbollah, qui avec ses soutiens syriens, n’entend
pas du tout permettre que ce tribunal entre en opération.
Mais cela ne désarme pas pour autant la mobilisation
du peuple libanais et de l’opinion internationale.
Nous pouvons, au Burkina Faso, être tout aussi mobilisés
avec le soutien populaire acquis à la cause de
Norbert Zongo afin de prendre au mot le pouvoir qui n’a
de cesse d’affirmer qu’il est blanc comme
neige dans le dossier, et que, dès le moindre indice
probant, il lèvera le non-lieu.
Il n’y a donc pas de raisons, si le pouvoir ne craint
pas d’être confondu, de refuser un tribunal
pénal international. Au contraire, l’accepter
serait tout à fait à son honneur !
Mais le gouvernement pourrait persister dans le refus
de voir l’affaire juger. Là encore, au Burkina
Faso, on pourrait s’inspirer des tendances qui se
dessinent au Liban pour sortir de l’impasse en invoquant
le chapitre VII de la Charte des Nations Unies afin de
contraindre à la création de ce tribunal
pénal international.
Aux termes des articles 41 et 42 du chapitre VII, c’est
un fait que le Conseil de Sécurité dispose
d’une panoplie de moyens pour obliger des gouvernements
à agir ou non (interruption partielle ou totale
des relations économiques, diplomatiques, des communications
de toutes sortes, blocus, opérations exécutées
par les forces aériennes, navales, terrestres,
etc..).
Au Liban, les ayant droits de Rafic Hariri, soutenus au-dedans
comme au dehors du pays, veulent justement demander au
Conseil de Sécurité de faire application
de ces articles, et on ne trouve rien à redire
à cela, tout au contraire.
Pourquoi au Burkina Faso, si le gouvernement se faisait
tirer l’oreille, refuserait-on d’avoir les
mêmes dispositions favorables sinon qu’au
risque d’encourir la critique de pratiquer une politique
de « deux poids, deux mesures » qui serait
justement contraire aux fameux standards internationaux
en matière de droit pénal international
?
Il ne faudrait pas donner à croire que c’est
seulement parce que Rafic Hariri était milliardaire,
ancien premier Ministre, qu’il avait des amis très
haut placés dans bien des Etats du monde, dans
des institutions internationales que la mécanique
en faveur d’un TPI au Liban a été
enclenchée, au point que l’on demande même
à l’étendre à d’autres
cas d’assassinat récents portant notamment
sur des journalistes libanais.
Norbert Zongo était pauvre, il n’était
pas premier Ministre, il n’était pas l’ami
du Roi Khaled d’Arabie ni celui de Jacques Chirac,
il n’avait pas d’amis présidents bien
placés dans les instances internationales, c’est
un fait. Mais la nature de son combat au service du peuple
et les conditions inhumaines dans lesquelles il a été
assassiné avec ses trois compagnons, sont sinon
plus fort que ceux inspirés par Rafic Hariri, au
moins pareils ! Et il était journaliste d’investigation,
apprécié au pays, en Afrique et hors du
continent.