FESPACO
2007
LA BELLE FETE EST FINIE
L’ETALON DE YENNENGA REVIENT A IKEJA
Au moment où
le chapiteau de la grande manifestation est démontée,
les images, les sons, les odeurs.. , continuent de solliciter
les sens des Burkinabé. En attendant le bilan
officiel, l’opinion commune retient que l’un
dans l’autre, le festival s’est tiré
d’affaire.
Le chef de l’Etat a honoré de sa présence
et l’ouverture et la clôture du FESPACO
au Stade du 4 août. Si la première cérémonie
a connu une forte participation populaire, celle de
clôture aura connu une très faible participation
mais le comité d’organisation, pour donner
une idée de ce que les choses sont bonnes à
prendre, a fait état du nombre élevé
de visiteurs et de films programmés.
On
relèvera effectivement que, hormis un engouement
dégressif de la population pour le festival et
la présence des mêmes têtes aux commissions
(ce qui n’est pas fait pour plaire à beaucoup),
l’équipe de Baba Hama aura tenu son pari.
La bi localisation de la Rue marchande à la Maison
du Peuple et à la Place de la Nation a surtout
créé deux bouchons quasi permanents sur
un axe principal de la Capitale.
Au
siège du Fespaco, l’initiative de décorer
le bâtiment inachevé aux visuels de toutes
les éditions est une avancée significative
de génie dans l’organisation. On y retrouve
aussi bien les Pionniers que les différents Secrétaires
Généraux, et Blaise Compaoré au
milieu des deux groupes : comme quoi, Kim Il Sung n’avait
pas le monopole du culte de la personnalité.
Peut-être veut-on nous rappeler que le Chef de
l’Etat est aussi « le premier cinéaste
» ?
On
relèvera aussi la sélection quelque peu
iconoclaste osée, avant-gardiste des films. Nombre
de ceux qui ont été primés ne sont
pas des productions conformistes où l’on
roucoule pour des pouvoirs en perpétuant certains
mythes. Les films s’attachent beaucoup plus aux
réalités africaines, abordent avec un
œil internalisé et aigu, des questions aussi
graves que les enfants-soldats, l’immigration,
le sida… et cela a une valeur pédagogique
hautement significative.
A
notre avis, le grand dommage de cette édition
est venu sans doute de la question des Salles de cinéma,
voire de la politique cinématographique de notre
pays. L’inadmissible est de constater que la capitale
du cinéma africain est une ville sans véritables
salles de projection. Cela augure de mauvais jours pour
le 7e art africain, avec tout ce que ces lieux de rencontres
et de divertissement comportent comme culture de vie
et d’animation nocturne.
Il
est urgent de repenser le FESPACO dans l’ère
du numérique pour en faire un outil de défense
de notre culture africaine ; sans le réduire
à une opportunité cyclique de «
deals », de défilés de mode ou de
management politique de la vie nationale, le festival
se devrait d’être un tremplin réel
pour une industrie cinématographique dont le
Burkina en serait le premier bénéficiaire
(studios, tournages, post-production, maquilleuses,
costumiers, etc).
Dans
la foulée, et pour tendre à la pérennisation
de la manifestation, il serait peut-être aussi
opportun de penser à la dépolitiser totalement,
de permettre que ce soit le monde du cinéma qui
se l’approprie, qui l’organise de bout en
bout. Elle sera ainsi préservée des aléas
liés aux récupérations des hommes
politiques, aux fluctuations des opinions par rapport
aux gouvernants.
Le modèle pourrait venir de festivals étrangers
(comme ceux de Cannes, de Venise..) où ce ne
sont pas les gouvernants qui sont les maîtres
d’œuvre et de cérémonie de
telles manifestations culturelles.
Un
grand bravo au jeune réalisateur nigérian
pour son film Ikeja qui a reçu l’Etalon
d’or tant convoité et qui le méritait
puisque dans toute la capitale, on entendait que ce
film était le meilleur !
La Rédaction