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San Finna N°403 du 05 au 11 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

Deux sons de cloche

ABDOULAYE WADE A-T-IL OUI OU NON GAGNE A LA REGULIERE?

Abdoulaye Wade avait dit que l’idée d’un second tour lui était insupportable et qu’il gagnerait au premier tour. Ses opposants avaient rétorqué qu’une victoire au premier tour était inconcevable sans la fraude et qu’il y aurait un second tour. Le premier a obtenu ce qu’il voulait (victoire avec 55,86 % des suffrages) et comme il fallait s’y attendre, les seconds crient à la fraude. Voilà une polémique qui s’empare du Sénégal et qui pourrait porter ombrage au second mandat du président sénégalais. A-t-il oui ou non gagné à la régulière ? C’est la question qui revient un peu partout au Sénégal ou en dehors. Tomi et Tozi ont leur opinion sur la question et vous la font partager dans ce « Deux sons de cloche ».

WADE A REALISE UN HOLD UP ELECTORAL

Wade avait tout contre lui : la dérive autocratique du pouvoir avec entre autres manifestations l’envahissement du domaine public par la famille présidentielle, la multiplication des cas de corruption, des arrestations de journalistes, d’hommes politiques, la mauvaise gestion du Djola, la réactivation du conflit casamançais, le charcutage des lois et de la Constitution, bref une série de conjonctures qui n’étaient pas faites pour redorer le blason d’une gouvernance surtout lorsqu’elle ne peut se prévaloir d’une régression de la pauvreté, de la vie chère. Malgré tout cela, il se retrouve comme au Cameroun, au Burkina Faso, en Tunisie.., catapulté aux cimes de la préférence populaire, sans aucune velléité de sanctions de la part des électeurs. Cette prouesse, il n’a pu la réaliser qu’en empruntant aux méthodes de tous ces pays d’autocratie confirmée. Il aurait pu encore faire mieux si l’opposition sénégalaise, contrairement à d’autres oppositions africaines, n’avait pas sur lutter pour obtenir certains pare-feux à la fraude comme le recours à la biométrie. Mais les opposants n’avaient pas la maîtrise du fichier, du Conseil constitutionnel, des organes de l’Etat, des chefs religieux, de la télévision publique ; alors, Wade a pu passer à travers les mailles et réaliser un hold-up, peut-être moins saignant qu’ailleurs, mais un hold-up tout de même. La sortie de Mustapha Niasse est loin de ressembler à celle d’un mauvais perdant inconsolable. Tout ce qu’il a dénoncé, preuves à l’appui (les achats de cartes d’identité à 15, 20 FCFA au marché !, les votes de centaines de guinéens pris la main dans le sac…), d’autres opposants au Togo, au Burkina.. l’ont également dénoncé à l’occasion des scrutins. Quand les opposants sénégalais dénoncent le fichier qui renferme des « pièges et des niches de fraudes, l’encre, l’inscription multiple de citoyens et militants libéraux, le vote massif d’étrangers, entre autres », comme ces opposants africains qui sont logés à la même enseigne, ne pourraient-ils pas les comprendre. Quand Me Aïssata Tall Sall explique que les observateurs internationaux qui disent que tout est OK se trompent, soulignant que « D’apparence, c’est normal. Là où la fraude se trouve, ils n’y ont pas accès », nous croyons entendre un John Fru N’Di ou un Me Hermann Yaméogo. Non seulement, Wade n’a pas gagné à la régulière mais on verra que peut-être même, la 2ème place accordée à Idrissa Seck pourrait être encore un calcul de Wade qui a plus d’un tour dans son sac. Cette classification de l’opposition se voit partout en démocratie africaine ! Le mal de la démocratie africaine apparaît d’autant plus désespérée, incurable que, malgré quelques velléités au plan des partenaires techniques et financiers, on ne semble pas encore déterminé à le dénoncer et à le combattre à la racine. Ce qu’on peut dire au minimum, c’est que Wade, par un jeu d’alliances, de manœuvres politiciennes, aurait pu gagner au deuxième tour mais certainement pas au pied levé comme il l’a fait. Cette victoire au premier tour est justement l’aveu d’une déloyauté sans laquelle l’opposition aurait pu lui jouer le même tour que le SOPI 1 a joué au PS.



TOMY.

LA VICTOIRE DE WADE EST SANS BAVURES

On peut estimer que l’homme a la « tchatche », une « tchatche » même qui frise un peu la mégalomanie mais au fond, n’est-ce pas là le défaut ou la qualité (c’est selon !) des grands hommes ? Et comme tel, il a effectivement donné des gages qui, quelle que soit leur nature, ne pouvaient que jouer en sa faveur. Commençons d’abord par les moins « reluisants » quoi qu’en politique, il faille beaucoup relativiser ces notions. Il a su par exemple bâtir sa campagne sur la sociologie sénégalaise, sur les mythes et les croyances de son peuple qu’il connaît bien. Nulle part peut-être en Afrique subsaharienne, le vote familial, religieux, social, n’a autant d’importance qu’au Sénégal. Les grands électeurs, c’est l’une des réalités vivantes de ce pays. Wade l’a bien compris et plutôt que de courir systématiquement à la pêche dispendieuse de l’électeur, il a beaucoup misé sur les chefs de confréries religieuses, de groupes sociaux, de « familles », n’hésitant pas à se métamorphoser lorsqu’il était en présence de grands dignitaires religieux pour adopter des attitudes d’humilité, de soumission inimaginables venant d’un Wade : prosternations au sol.. . C’est vrai encore que, pour avoir cette manne qui lui a permis ainsi d’arroser à tout va, il a fallu passer par des circuits pas toujours catholiques (ou pour parler plus juste, musulmans !), mais à la guerre comme à la guerre ! Wade a mis toutes les chances de son côté pour gagner. Il a étendu son carnet d’adresses déjà étoffé. Quand un président africain peut téléphoner comme il veut à un président américain ou de la grande Chine, à un Jacques Chirac, ce n’est pas comme on dit en Afrique, un petit président. Il ne pouvait donc qu’avoir les moyens de sa politique. A eux seuls, ces moyens pouvaient lui assurer la victoire. Et on a beau critiquer le fichier électoral, il en est au Burkina par exemple, qui s’en seraient bien contentés. Tout n’était pas parfait au Sénégal de ce point de vue mais par rapport aux autres pays africains, c’était pas mal du tout et les quelques dysfonctionnements et couacs rencontrés, on en rencontre même lors des votes en France et aux USA.. ne peuvent pas ternir sa victoire. Et il faut dire que le peuple sénégalais est un peuple très bien conscientisé qui est sorti nombreux pour ce vote et qui a su le contrôler de bout en bout. Là-dessus, il n’y a pas à tergiverser ! Et si, comme on le voit aujourd’hui, l’opposition est divisée pour contester la victoire du pape du Sopi, c’est qu’en fait, elle a peu d’éléments probants pour la contester. La victoire de Wade au premier tour est donc la conséquence logique d’une stratégie politique et électorale en béton qui était d’autant plus imparable qu’il l’avait minutieusement préparée avec l’aide de l’opposition qui n’a pas su faire masse de ses potentialités diverses pour affronter la menace Wade visible à l’œil nu.


TOZI.

Citation de la semaine

«Avant de promouvoir, le co-développement, il faut commencer par promouvoir la démocratie, l’organisation d’élections honnêtes et transparentes en Afrique, il faut lutter contre la corruption des dirigeants africains et de leurs amis occidentaux.»

Kovalin Tchibinda
Mail : kovalin@tchibinda.fr






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