| WADE
A REALISE UN HOLD UP ELECTORAL
Wade
avait tout contre lui : la dérive autocratique
du pouvoir avec entre autres manifestations l’envahissement
du domaine public par la famille présidentielle,
la multiplication des cas de corruption, des arrestations
de journalistes, d’hommes politiques, la mauvaise
gestion du Djola, la réactivation du conflit
casamançais, le charcutage des lois et de
la Constitution, bref une série de conjonctures
qui n’étaient pas faites pour redorer
le blason d’une gouvernance surtout lorsqu’elle
ne peut se prévaloir d’une régression
de la pauvreté, de la vie chère. Malgré
tout cela, il se retrouve comme au Cameroun, au
Burkina Faso, en Tunisie.., catapulté aux
cimes de la préférence populaire,
sans aucune velléité de sanctions
de la part des électeurs. Cette prouesse,
il n’a pu la réaliser qu’en empruntant
aux méthodes de tous ces pays d’autocratie
confirmée. Il aurait pu encore faire mieux
si l’opposition sénégalaise,
contrairement à d’autres oppositions
africaines, n’avait pas sur lutter pour obtenir
certains pare-feux à la fraude comme le recours
à la biométrie. Mais les opposants
n’avaient pas la maîtrise du fichier,
du Conseil constitutionnel, des organes de l’Etat,
des chefs religieux, de la télévision
publique ; alors, Wade a pu passer à travers
les mailles et réaliser un hold-up, peut-être
moins saignant qu’ailleurs, mais un hold-up
tout de même. La sortie de Mustapha Niasse
est loin de ressembler à celle d’un
mauvais perdant inconsolable. Tout ce qu’il
a dénoncé, preuves à l’appui
(les achats de cartes d’identité à
15, 20 FCFA au marché !, les votes de centaines
de guinéens pris la main dans le sac…),
d’autres opposants au Togo, au Burkina.. l’ont
également dénoncé à
l’occasion des scrutins. Quand les opposants
sénégalais dénoncent le fichier
qui renferme des « pièges et des niches
de fraudes, l’encre, l’inscription multiple
de citoyens et militants libéraux, le vote
massif d’étrangers, entre autres »,
comme ces opposants africains qui sont logés
à la même enseigne, ne pourraient-ils
pas les comprendre. Quand Me Aïssata Tall Sall
explique que les observateurs internationaux qui
disent que tout est OK se trompent, soulignant que
« D’apparence, c’est normal. Là
où la fraude se trouve, ils n’y ont
pas accès », nous croyons entendre
un John Fru N’Di ou un Me Hermann Yaméogo.
Non seulement, Wade n’a pas gagné à
la régulière mais on verra que peut-être
même, la 2ème place accordée
à Idrissa Seck pourrait être encore
un calcul de Wade qui a plus d’un tour dans
son sac. Cette classification de l’opposition
se voit partout en démocratie africaine !
Le mal de la démocratie africaine apparaît
d’autant plus désespérée,
incurable que, malgré quelques velléités
au plan des partenaires techniques et financiers,
on ne semble pas encore déterminé
à le dénoncer et à le combattre
à la racine. Ce qu’on peut dire au
minimum, c’est que Wade, par un jeu d’alliances,
de manœuvres politiciennes, aurait pu gagner
au deuxième tour mais certainement pas au
pied levé comme il l’a fait. Cette
victoire au premier tour est justement l’aveu
d’une déloyauté sans laquelle
l’opposition aurait pu lui jouer le même
tour que le SOPI 1 a joué au PS.
TOMY.
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LA
VICTOIRE DE WADE EST SANS BAVURES
On
peut estimer que l’homme a la « tchatche
», une « tchatche » même
qui frise un peu la mégalomanie mais au fond,
n’est-ce pas là le défaut ou
la qualité (c’est selon !) des grands
hommes ? Et comme tel, il a effectivement donné
des gages qui, quelle que soit leur nature, ne pouvaient
que jouer en sa faveur. Commençons d’abord
par les moins « reluisants » quoi qu’en
politique, il faille beaucoup relativiser ces notions.
Il a su par exemple bâtir sa campagne sur
la sociologie sénégalaise, sur les
mythes et les croyances de son peuple qu’il
connaît bien. Nulle part peut-être en
Afrique subsaharienne, le vote familial, religieux,
social, n’a autant d’importance qu’au
Sénégal. Les grands électeurs,
c’est l’une des réalités
vivantes de ce pays. Wade l’a bien compris
et plutôt que de courir systématiquement
à la pêche dispendieuse de l’électeur,
il a beaucoup misé sur les chefs de confréries
religieuses, de groupes sociaux, de « familles
», n’hésitant pas à se
métamorphoser lorsqu’il était
en présence de grands dignitaires religieux
pour adopter des attitudes d’humilité,
de soumission inimaginables venant d’un Wade
: prosternations au sol.. . C’est vrai encore
que, pour avoir cette manne qui lui a permis ainsi
d’arroser à tout va, il a fallu passer
par des circuits pas toujours catholiques (ou pour
parler plus juste, musulmans !), mais à la
guerre comme à la guerre ! Wade a mis toutes
les chances de son côté pour gagner.
Il a étendu son carnet d’adresses déjà
étoffé. Quand un président
africain peut téléphoner comme il
veut à un président américain
ou de la grande Chine, à un Jacques Chirac,
ce n’est pas comme on dit en Afrique, un petit
président. Il ne pouvait donc qu’avoir
les moyens de sa politique. A eux seuls, ces moyens
pouvaient lui assurer la victoire. Et on a beau
critiquer le fichier électoral, il en est
au Burkina par exemple, qui s’en seraient
bien contentés. Tout n’était
pas parfait au Sénégal de ce point
de vue mais par rapport aux autres pays africains,
c’était pas mal du tout et les quelques
dysfonctionnements et couacs rencontrés,
on en rencontre même lors des votes en France
et aux USA.. ne peuvent pas ternir sa victoire.
Et il faut dire que le peuple sénégalais
est un peuple très bien conscientisé
qui est sorti nombreux pour ce vote et qui a su
le contrôler de bout en bout. Là-dessus,
il n’y a pas à tergiverser ! Et si,
comme on le voit aujourd’hui, l’opposition
est divisée pour contester la victoire du
pape du Sopi, c’est qu’en fait, elle
a peu d’éléments probants pour
la contester. La victoire de Wade au premier tour
est donc la conséquence logique d’une
stratégie politique et électorale
en béton qui était d’autant
plus imparable qu’il l’avait minutieusement
préparée avec l’aide de l’opposition
qui n’a pas su faire masse de ses potentialités
diverses pour affronter la menace Wade visible à
l’œil nu.
TOZI.
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