San
Finna N°404 du
12 au 18 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
ELECTION
PRESIDENTIELLE EN MAURITANIE
LA PROMESSE DE LA BRISE DEMOCRATIQUE SERA-T-ELLE TENUE
?
La
Mauritanie est l’exemple vivant qu’il ne faut
jamais désespérer de la renaissance démocratique
en Afrique. Les choses dans ce pays étaient si
mal faites pour permettre à la démocratie
de naître et de prendre son envol que l’on
ne pouvait pas s’attendre à ce qu’un
jour, l’exemple vienne de ce pays formaté
dans les coups d’Etat, les dictatures, les exclusions
mâtinés de relent d’islamisme. Ce n’est
pas le Guide libyen qui dira le contraire, lui qui, hostile
à toute velléité d’implantation
démocratique dans les pays arabes et en Afrique
et que l’expérience mauritanienne réussie
horripile, n’a pas hésité à
qualifier le peuple mauritanien de « bédouins
et de tribus » ne comprenant rien de rien aux «
partis et aux élections ».
Eh bien, les Mauritaniens
n’ont pas fait que répliquer à travers
un de leurs responsables en relevant que le grand Guide
de la Libye était loin d’être un parangon
de vertu démocratique en ces termes : « Ce
n’est pas un homme assis sous sa khaïma (tente)
qui va changer le cours de la vie des Mauritaniens, résolument
tournés vers la démocratie » (in Courrier
International du 09/03/2007). Ils se sont appliqués
à réaliser une transition politique vertueuse.
Ely Ould Mohamed Vall n’a pas fait qu’offrir
aux Mauritaniens et aux Africains des textes et des instruments
électoraux porteurs de transparence et d’équité,
il a aussi étendu la transparence dans le domaine
économique en brisant par un rapport éloquent,
l’opacité qui régnait dans la gestion
des industries minières.
Le pays est donc sur la bonne voie. Les élections
présidentielles du 11 mars 2007, qui se tiennent
après l’adoption d’un cadre électoral
conforme aux attentes de la classe politique notamment
de l’opposition et des partenaires techniques et
financiers, n’ont pas connu les tensions de campagne
habituelle non plus que les dénonciations sur la
programmation de fraudes massives. Bien qu’il ne
faille jamais jurer de rien en matière d’élections,
on peut espérer qu’après l’épreuve
des élections locales, municipales et législative,
la présidentielle viendra comme un bouquet final
clôturer un processus de reconnexion démocratique
exemplaire.
C’est vrai que comme à l’occasion des
élections locales, on a accusé la junte
au pouvoir de vouloir préparer un « come
back » à travers les candidatures indépendantes,
aujourd’hui il n’en manque pour lui découvrir
un candidat qui viendrait garder la place au chaud au
président Vall en attendant les prochaines présidentielles.
Vrai ou faux, souhaitons seulement que Sidi Ould Cheikh
Abdalahi (l’un des 19 candidats) que l’on
dit rouler pour la junte, ne soit pas élu grâce
au coup de pouce de l’appareil de l’Etat ;
Hamed Ould Daddah, le frère du premier président
de la République islamique de Mauritanie, président
du Rassemblement des forces démocratiques (Rfd),
qui est un prétendant sérieux, pourrait
contester avec vigueur cette élection ! Et tout
cela pourrait ruiner tout le crédit capitalisé
par le pouvoir en place depuis le dernier coup d’Etat
qui a renversé Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya. et
exposer le pays aux affres d’une violence que ce
putsch a su conjurer.
VT
LE
FRONT DES FORCES SOCIALISTES EN ALGERIE
BOYCOTTE LES ELECTIONS LEGISLATIVES DU 17 MAI 2007
ET REPLACE AU CŒUR DU DEBAT DEMOCRATIQUE LA PROTECTION
DU DROIT DE SUFFRAGE
Le
plus vieux parti d’opposition algérien a
pris une décision après des débats
contradictoires : celle de ne pas participer aux élections
législatives du 17 mai prochain. C’était
déjà la même option qui avait été
prise lors des élections en 2002.
Pourquoi une telle
persistance dans le boycottage ? Parce qu’encore
et toujours, selon le 1er secrétaire du parti,
Ali Laskri, « la situation politique du pays, marquée
par le maintien de l’état d’urgence,
ne permet pas un déroulement régulier et
transparent des élections législatives ».
Voici donc la position que défend le parti de Hocine
Ait Ahmed.
Du coup, resurgissent les grandes questions qui se posent
aux processus démocratiques tant en Algérie
qu’en Afrique.
Comment en effet construire une démocratie dans
des pays qui n’en ont pas une tradition bien enracinée
sans participation aux élections ? C’est
l’un des arguments que l’on jette le plus
au visage des partis politiques qui boycottent les consultations
électorales. Et la charge vient surtout des partenaires
techniques et financiers, grands bailleurs des processus
démocratiques en Afrique. C’est dire que
leur avis compte.
Mais dans le même temps, comment participer à
des élections qui sont censées respecter
la libre expression de la volonté populaire quand
le vote est détourné, contraint, trafiqué,
bref quand l’élection se mue en une parodie
qui frustre le peuple de son droit souverain de légitimation
des organes constitutionnels ? C’est là le
grand dilemme qui amène souvent les partis politiques
à boycotter les élections. Quand tout est
ficelé dans les processus électoraux, en
interne comme en externe, que particulièrement
ni les partenaires techniques et financiers ni les médias
ne daignent faire un battage sur les conditions iniques
d’organisation des scrutins, ces partis estiment
souvent qu’il est préférable de faire
l’impasse sur les élections pour ne pas se
faire ridiculiser et pour ne pas cautionner l’injustice
suprême.
C’est la position du FFS algérien, c’est
aussi celle que défend au Burkina dans toute sa
rigueur le Parti Socialiste Paysan du Docteur Jean-Jacques
Zeba. Le président de l’UNDD ne cache pas
son attraction pour cette voie, lui qui pour les mêmes
raisons, a déjà boycotté des élections
notamment la dernière présidentielle et
dont le parti pour les législatives à venir
du 6 mai, lance le concept de campagne de protestation
qui consiste à profiter de ce moment médiatique
fort de la campagne où il aura accès aux
médias d’Etat, pour dénoncer la forfaiture
en préparation et revenir sur l’urgence de
faire une pause afin de relooker la machine démocratique.
Mais le pouvoir algérien comme les pouvoirs africains
en général connaissent maintenant parfaitement
la musique : le boycottage, pour être productif,
doit être massif, global, général.
Il doit aussi mettre en œuvre des actions de dissuasion
qui ébranlent les pouvoirs en interne et qui attirent
l’attention de l’opinion internationale. Lorsque
par exemple, c’est toute l’opposition, tous
les contre-pouvoirs, tous les médias.. qui ensemble
recommandent la distance par rapport aux parodies d’élections,
et qu’en plus les manifestations sont visibles et
audibles sur le terrain, cela crée un tel rapport
de forces que les pouvoirs reculent. Aussi, pour éviter
une telle situation, ces pouvoirs se sont scientifiquement
organisés pour empêcher justement la jonction
sous toutes ces formes. Ainsi sont créés
à la pelle, des partis bidon d’opposition,
des candidats accompagnateurs.. , sans compter les multiples
autres mesures d’incitation pour rendre attractives,
aux yeux des populations démunies, les élections.
Aujourd’hui, une élection boycottée
à 100 % est une vue de l’esprit. Il y aura
toujours des faire-valoir. En Afrique, l’élection
ne symbolise plus le moment fort où le peuple est
en débat et exprime sa volonté souveraine
mais une espèce de grand marché cyclique
où les citoyens individuellement ou à travers
leurs structures, se vendent au plus offrant, sachant
que les dés étant pipés d’avance,
il vaut mieux ne pas sortir perdant de cette foire où
il y a tant à boire, à manger, à
s’habiller à profusion.
Le FFS algérien n’est pas dupe de toutes
ces contraintes et du contexte défavorable du boycott
d’autant encore une fois que la communauté
internationale en général ferme les yeux
sur les manipulations et autres crimes commis contre la
souveraineté populaire en Afrique. Mais il sait
aussi que rien n’est figé et que la constance
dans les positions est souvent payante aussi en démocratie.
Alors il faut se garder d’ hurler avec les loups
contre le parti même si il n’en manque pas
aujourd’hui en Algérie qui se frottent les
mains de cette défection qui leur fera engranger
des voix pour ne pas dire plus.