AUTOUR
DE L’ACCORD DE OUAGADOUGOU
SUR LA CRISE IVOIRIENNE
Le
dialogue direct inter ivoirien a abouti à l’accord
de Ouagadougou. Nous avons tendu notre micro pour savoir
ce que des politiques en pensent au Faso.
Voici les deux questions que nous avons posé
à quelques-uns d’entre eux : « Que
pensez-vous de cet accord ? Etes-vous enclin à
croire que cette fois-ci, nous sommes partis pour la
vraie sortie de crise ? »
-
Alexandre SANKARA, Secrétaire général
du FFS :
« Je voudrais tout d’abord me réjouir
du fait que les protagonistes de la crise ivoirienne
se soient assis autour d’une même table
et parviennent à un accord. Maintenant, est-ce
que cette fois-ci, nous sommes partis pour une résolution
totale de la crise ivoirienne ? Je ne peux pas être
certain sur cette question. Plusieurs accords ont précédé
le présent accord sans pour autant qu’ils
soient respectés. D’autant plus qu’il
n’y a pas à mon sens d’éléments
nouveaux en dehors du changement de cadre (Ouagadougou).
Je pense qu’il revient encore une fois de compter
sur la bonne foi des protagonistes.
A plusieurs reprises, on a parlé d’un gouvernement
nouveau, du désarmement… mais jamais on
a vu sur le terrain les protagonistes travailler pour
une application sincère après les accords.
J’ai l’impression –surtout au Burkina-
qu’on présente ces accords comme étant
un trophée de guerre, comme étant la clé
de sortie de cette crise. Mais à mon sens, il
n’en est rien. C’est vrai que Blaise Compaoré
est présenté comme le parrain des rebelles
et qu’il va certainement peser de tout son poids.
Mais une question subsiste tout de même : est-ce
que Blaise lui-même n’a pas été
pris dans un piège ? S’il n’acceptait
pas cette médiation, il aurait confirmé
ce qu’on dit de sa relation avec les rebelles
; alors, il était contraint d’accepter
cette médiation. Mais le problème est
qu’en Côte d’Ivoire, en l’état
actuel des choses, chacun trouve son compte. La situation
de ni paix ni guerre arrange Gbagbo autant que les rebelles,
ce qui fait que je suis vraiment pessimiste ».
- Cyril Goungounga, président du PARIS
:
« Je vous remercie de me donner l’occasion
de m’exprimer sur cette question très très
importantes. Je voudrais tout d’abord saluer cette
concordance des évènements par le fait
que le président du Faso soit le président
en exercice de ces structures sous régionales
et que, par l’occasion, il soit médiateur
dans le dialogue direct entre les protagonistes de la
crise ivoirienne. Je félicite le fait que ce
soit le Burkina, qui était considéré
au départ comme l’ennemi N° 1 du régime
en place en Côte d’Ivoire, qui a été
désigné pour calmer le jeu en Côte
d’Ivoire.
Dès que j’ai appris que c’est le
président Blaise Compaoré qui devait assurer
cette médiation, j’étais sûr
que le résultat allait être très
positif parce que je connais ses capacités de
médiation, son charisme et son sens élevé
de la paix. Ce résultat, qui était attendu
par de nombreuses personnes, prouve que les médiations
africaines sont toujours meilleures à ce que
nous avons l’habitude de voir. Nous avons déjà
déclaré plusieurs fois qu’il fallait
que les Africains règlent eux-mêmes leurs
problèmes au lieu de laisser les Etats du Nord
(la communauté internationale) se mêler.
Je le dis parce quand la communauté internationale
s’en mêle, c’est pour nous donner
des solutions qui les arrangent. Je voudrais néanmoins
regretter que la Résolution 1721 des Nations
Unies qui préconisait des élections pour
octobre 2007, ne soit pas en cette partie respectée.
Je m’attendais à ce qu’un travail
soit fait par tous les protagonistes pour que cela puisse
être réglé. Mais 3, 4, 5 mois de
plus, ce n’est pas bien grave par rapport à
la durée de la crise.
Je voulais aussi m’interroger sur la faisabilité
de ces accords parce que cette crise ivoirienne arrange
les différents protagonistes. Elle arrange le
régime en place, les rebelles, les opposants.
On a le sentiment que ceux qui en pâtissent, ce
sont les peuples ivoirien et voisins.
Je voudrais qu’au Burkina, les autorités
prennent conscience de cela et qu’en Côte
d’Ivoire, les protagonistes réalisent cela
et qu’à l’occasion de ces accords,
ils prennent toutes les dispositions pour que leurs
divergences ne continuent pas à pourrir la vie
de leurs concitoyens et celle des populations des pays
voisins. Je pense que la date prévue pour la
tenue d’élections est très éloignée
mais comme c’est déjà fait, nous
ne pouvons que dire « vaut mieux tard que jamais
». Il faut donc que les résultats de ce
dialogue soient immédiatement mis en œuvre
».
- Hermann YAMEOGO, Président de l’UNDD
:
« Je suis de ceux qui félicitent l’idée
de ce dialogue direct et plus encore sa conclusion par
un accord. Vous n’êtes pas sans ignorer
que nous en appelions depuis plusieurs années
non seulement à la mise à plat des problèmes
entre les protagonistes autour d’une table ronde
mais aussi à l’implication du chef de l’Etat
burkinabé pour donner des chances sérieuses
de règlement durable de la crise. Aujourd’hui,
c’est chose faite. Après avoir emprunté
le chemin des écoliers, on a fini par accepter
que la solution de la crise passait par Ouaga. Je suis
d’autant plus enclin à croire que c’est
mieux parti que les autres fois parce que les seuls
et vrais protagonistes de la crise, puisque c’est
ainsi qu’il faut voir les choses, se sont retrouvés
devant témoins pour fumer le calumet de la paix.
Nous retiendrons que Guillaume Soro est le seul responsable
de la rébellion, celui qui comme ça un
jour, sans parrains, a pris les armes pour tenter de
renverser le régime légal ivoirien. Nous
retiendrons aussi que c’est faute d’avoir
pu venir à bout du président Gbagbo qu’il
s’est donné les moyens de transformer le
coup d’Etat en sécession de fait et d’alimenter
sans aucune intervention extérieure, une guerre
suivie d’une situation de ni guerre ni paix, qui
a duré jusqu’à la conclusion de
l’accord. Il est donc normal qu’il soit
l’interlocuteur privilégié comme
ailleurs des hommes comme Savimbi, John Garang ont été
les interlocuteurs privilégiés des gouvernements
angolais et soudanais. Comme par ailleurs, l’accord
rencontre la bénédiction de la France,
du Burkina Faso, de la CEDEAO, de l’Union Africaine,
des Nations Unies sans compter la classe politique ivoirienne
et les médias ivoiriens toutes tendances confondues,
on peut dire ‘Inch Allah’ que ça
devrait aller comme sur des roulettes ».