Mise à jour le 11/03/2007
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San Finna N°404 du 12 au 18 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

INCULTURATION GENERALISEE
STADE SUPREME DE LA CORRUPTION


Le 18 septembre 2006, au lendemain de leur prestation de serment devant la cour de cassation, les membres de la Haute Autorité de Coordination de la Lutte contre la Corruption (HACLC), structure rattachée au Premier Ministère, ont rendu une visite de courtoisie au Chef du gouvernement, Paramanga Ernest Yonli, pour dit-on « s’entretenir avec le Premier Ministre afin de bénéficier de ses conseils et recevoir des directives quant à la lutte contre la corruption ».

Lorsque tout le monde a faux, tout le monde a raison, dit le proverbe ! C’est ainsi qu’une idée, même mauvaise, lorsqu’elle devient une coutume, lorsque la conscience collective se l’est appropriée, peut devenir la norme. Lorsqu’on prend le cas de la corruption, on est frappé par cette vérité. A part quelques extrêmes ou la duperie, la corruption, le vol… sont considérées comme un art dans toute collectivité humaine, l’idée du bien et mal a toujours présidé à l’organisation de la vie en commun ; et dans l’espace et le temps, mentir, tromper, corrompre, voler…a toujours été considéré comme un mal, une atteinte à l’ordre social.

L’évolution vers la consécration de la primauté du droit a même débouché sur la prise de textes de loi qui réprime la corruption, qu’il s’agisse de celui qui se fait corrompre comme de celui qui corrompt. Il y a ici en effet la corruption active et la corruption passive qui entrent en jeu. Mais si l’on observe l’évolution des mœurs dans nos Etats et dans le monde depuis quelques deux ou trois décennies, on observera une ascension extraordinaire de la corruption. Elle s’est propagée à une vitesse V, s’insinuant à travers tous les pays dans les recoins les plus profonds de la société. Aucune génération n’est épargnée, aucun pays qu’il soit pauvre ou riche n’est à l’abri et jusqu’au cime des Nation Unies, elle sévit. Il y a là un mal planétaire d’autant plus grave qu’il a été digéré, intégré jusqu’aux consciences les plus fragiles, jusque dans les croyances populaires.

Aujourd’hui, en Afrique la corruption n’est pas seulement devenue un fait banal, c’est un fait naturel. Il ne viendrait jamais à l’idée d’un administré d’aller requérir l’information ou une prestation dans un service public sans se munir de ce petit quelque chose qui donne de l’énergie au service public. Il ne viendrait jamais à l’idée d’un justiciable qu’il soit en faute ou dans son bon droit, d’aller au Tribunal sans penser à ce petit bakchich qui peut protéger sa victoire ou atténuer sa défaite sinon la transformer en victoire. Et on ne dit rien du permis de conduire, du diplôme, du concours, des marchés publics.

Cette plaie, le PNUD, dans son étude « Corruption et Développement humain », en a passé en revue tous les aspects. Mais quelles qu’en soient les causes, l’importance, les pratiques, les manifestations et les conséquences, la corruption doit être considérée comme une termite sociale et être combattue entant que telle.

D’abord en interne. Que nous en soyons des acteurs circonstanciels à l’Hôpital Yalgado ou au Commissariat pourrait être mis au compte de « l’urgence » ; en revanche, en devenir d’éternels complices passifs par notre silence est la preuve irréfutable de notre culpabilité quant à la dégradation sociale avancée à laquelle nous destinons les générations présentes et futures. En interne, on a beau dénoncer à en perdre haleine les cas de corruption, s’il n’y a pas une volonté politique pour réellement la combattre, on fera toujours du sur-place comme on en fait depuis des années.

Mais la corruption étant un mal transnational, elle doit être également combattue au niveau international avec des moyens conséquents. On aura beau créer des structures genre Comité national d’éthique.., multiplier les organes de veille et de dénonciation ; des organes très utiles genre RENLAC pourront se mettre en place, s’il n’y a pas de conjonction de l’effort national et international, la corruption continuera à faire des ravages dans toutes nos sociétés, fera que les gouvernances issues du suffrage populaire seront remplacées par des gouvernances maffieuses qui feront tout pour se pérennisera au pouvoir. C’est là en définitive la menace globale contre l’éthique, contre la démocratie et contre le serment qui fonde la justification de toute société globale organisée.

La Rédaction





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