INCULTURATION
GENERALISEE
STADE SUPREME DE LA CORRUPTION
Le 18 septembre
2006, au lendemain de leur prestation de serment devant
la cour de cassation, les membres de la Haute Autorité
de Coordination de la Lutte contre la Corruption (HACLC),
structure rattachée au Premier Ministère,
ont rendu une visite de courtoisie au Chef du gouvernement,
Paramanga Ernest Yonli, pour dit-on « s’entretenir
avec le Premier Ministre afin de bénéficier
de ses conseils et recevoir des directives quant à
la lutte contre la corruption ».
Lorsque tout le monde a faux, tout le monde a raison,
dit le proverbe ! C’est ainsi qu’une idée,
même mauvaise, lorsqu’elle devient une coutume,
lorsque la conscience collective se l’est appropriée,
peut devenir la norme. Lorsqu’on prend le cas
de la corruption, on est frappé par cette vérité.
A part quelques extrêmes ou la duperie, la corruption,
le vol… sont considérées comme un
art dans toute collectivité humaine, l’idée
du bien et mal a toujours présidé à
l’organisation de la vie en commun ; et dans l’espace
et le temps, mentir, tromper, corrompre, voler…a
toujours été considéré comme
un mal, une atteinte à l’ordre social.
L’évolution
vers la consécration de la primauté du
droit a même débouché sur la prise
de textes de loi qui réprime la corruption, qu’il
s’agisse de celui qui se fait corrompre comme
de celui qui corrompt. Il y a ici en effet la corruption
active et la corruption passive qui entrent en jeu.
Mais si l’on observe l’évolution
des mœurs dans nos Etats et dans le monde depuis
quelques deux ou trois décennies, on observera
une ascension extraordinaire de la corruption. Elle
s’est propagée à une vitesse V,
s’insinuant à travers tous les pays dans
les recoins les plus profonds de la société.
Aucune génération n’est épargnée,
aucun pays qu’il soit pauvre ou riche n’est
à l’abri et jusqu’au cime des Nation
Unies, elle sévit. Il y a là un mal planétaire
d’autant plus grave qu’il a été
digéré, intégré jusqu’aux
consciences les plus fragiles, jusque dans les croyances
populaires.
Aujourd’hui,
en Afrique la corruption n’est pas seulement devenue
un fait banal, c’est un fait naturel. Il ne viendrait
jamais à l’idée d’un administré
d’aller requérir l’information ou
une prestation dans un service public sans se munir
de ce petit quelque chose qui donne de l’énergie
au service public. Il ne viendrait jamais à l’idée
d’un justiciable qu’il soit en faute ou
dans son bon droit, d’aller au Tribunal sans penser
à ce petit bakchich qui peut protéger
sa victoire ou atténuer sa défaite sinon
la transformer en victoire. Et on ne dit rien du permis
de conduire, du diplôme, du concours, des marchés
publics.
Cette
plaie, le PNUD, dans son étude « Corruption
et Développement humain », en a passé
en revue tous les aspects. Mais quelles qu’en
soient les causes, l’importance, les pratiques,
les manifestations et les conséquences, la corruption
doit être considérée comme une termite
sociale et être combattue entant que telle.
D’abord en interne. Que nous en soyons des acteurs
circonstanciels à l’Hôpital Yalgado
ou au Commissariat pourrait être mis au compte
de « l’urgence » ; en revanche, en
devenir d’éternels complices passifs par
notre silence est la preuve irréfutable de notre
culpabilité quant à la dégradation
sociale avancée à laquelle nous destinons
les générations présentes et futures.
En interne, on a beau dénoncer à en perdre
haleine les cas de corruption, s’il n’y
a pas une volonté politique pour réellement
la combattre, on fera toujours du sur-place comme on
en fait depuis des années.
Mais la corruption étant un mal transnational,
elle doit être également combattue au niveau
international avec des moyens conséquents. On
aura beau créer des structures genre Comité
national d’éthique.., multiplier les organes
de veille et de dénonciation ; des organes très
utiles genre RENLAC pourront se mettre en place, s’il
n’y a pas de conjonction de l’effort national
et international, la corruption continuera à
faire des ravages dans toutes nos sociétés,
fera que les gouvernances issues du suffrage populaire
seront remplacées par des gouvernances maffieuses
qui feront tout pour se pérennisera au pouvoir.
C’est là en définitive la menace
globale contre l’éthique, contre la démocratie
et contre le serment qui fonde la justification de toute
société globale organisée.
La Rédaction