San
Finna N°405 du
19 au 25 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
PDCI,
GRAND PERDANT DE L’ACCORD DE OUAGADOUGOU ?
A
analyser l’évolution des rapports au sein
du G 7, il se pourrait qu’il y ait de l’eau
dans le gaz et qu’en particulier, le PDCI ne verrait
pas tout à fait d’un bon œil, la tournure
prise par le processus de sortie de crise. Il se sentirait
comme négligé sinon floué. A qui
la faute ?
On retiendra en
tout cas qu’au tout début de la crise en
Côte d’Ivoire, les circonstances faisaient
du PDCI et du FPI, des alliés somme toute naturels.
Ils ont eu tous les deux à connaître, à
des degrés divers, la question de l’ivoirité.
Ils ont subi l’un et l’autre les foudres de
la déstabilisation instrumentalisée de l’extérieur,
et le Burkina Faso n’avait pas bonne presse à
leurs yeux.
Ils étaient également sur la même
longueur d’onde par rapport à la contestation
de la nationalité de Alassane Dramane Ouattara
qu’ils ont souvent attaqué avec virulence.
Mais alors que les évènements traçaient
des lignes de convergence naturelles entre les deux partis
politiques et que dans l’opinion en général,
on ne faisait aucun doute sur le tandem à terme
entre les deux partis, le PDCI a décidé
de faire front avec le RDR et la rébellion. Un
tel changement de cap, beaucoup l’ont simplement
expliqué par des pressions extrêmes qui auraient
été exercées par Jacques Chirac sur
le PDCI/RDA afin de le contraindre à défendre
des thèses qui au fond, n’étaient
pas les siennes.
Voilà donc le PDCI/RDA attablé à
côté du RDR, de la rébellion et d’une
certaine façon, de Blaise Compaoré. C’est
ça la grande incongruité d’autant
plus difficile à assumer par les temps qui courent
que les perspectives ont totalement changé avec
l’ancrage du dialogue direct au plan national et
international, la claire volonté de tous les intervenants
internationaux de la crise ivoirienne, de se replier,
les Forces Nouvelles sont apparues comme l’instrument
devant permettre à tout un chacun de s’en
tirer avec le moins de dégâts possibles.
La France pourra retirer ses billes avec l’espérance
que l’histoire n’exhume pas ses responsabilités
graves dans la crise ivoirienne, pareillement pour le
Burkina Faso dont le chef de l’Etat pourrait même,
en jouant à fond la caisse de la médiation,
s’en tirer avec des lauriers de grand médiateur.
Toutes choses qui expliquent ce « zoomage »
sur Guillaume Soro qui se trouve être au cœur
du problème, l’interlocuteur direct de Laurent
Gbagbo. On l’adoube si puissamment qu’il est
en mesure, lui le petit poucet de la politique, de ravir
à Konan Banny le prestigieux poste de premier Ministre.
Il y a de quoi donner faire couler des flots d’amertume
dans le cœur de certains partenaires de la rébellion
qui se retrouvent ainsi Gros Jean comme par-devant. Il
en va du RDR mais surtout du PDCI qui réalise qu’il
a peut-être fait une mésalliance qui pourrait
avoir des répercussions sur son futur. Ce qui expliquerait
cette montée d’adrénaline de moins
en moins contenue, et qui amène dans les rangs
du PDCI à des manifestations révélatrices
qu’ils ne trouvent pas leur meilleur compte dans
l’Accord de Ouagadougou.
Mais le vin est tiré, il faudra le boire car avec
ce revirement d’alliances qui se scelle et qui amène
le gouvernement et les Forces nouvelles à jouer
en tandem, ce serait ramer à contre-courant que
de vouloir s’y opposer.
VT
BILLET
DEMOCRATIE ZIMBABWEENNE
L’URGENCE D’UNE INGERENCE DEMOCRATIQUE
Le
déni de démocratie qui sévit au Zimbabwe
a atteint un point culminant. Lorsque dans un régime,
on voit un président se comporter comme Robert
Mugabe, faisant exproprier à tour de bras les citoyens,
frapper des opposants (même le chef de file de l’opposition
Morgan Tsvangirai), interdire l’exercice des libertés
publiques et démocratiques et insulter (comme en
d’autres temps le faisaient les Idi Amin Dada..),
les chefs d’Etat qui critiquent sa politique, on
se trouve devant ces cas de mégalomanie qui peuvent
aller loin et amener un bain de sang.
Avec les blocages
au multiple plan économique, social et politique,
le peuple zimbabwéen se retrouve comme abandonné
à son propre sort, et la communauté africaine
et mondiale en situation de non-assistance à peuple
en danger.
Mais de cela, il ne faut pas trop en parler aux dirigeants
africains. La réaction qu’ils viennent de
donner à travers l’Union africaine est si
fluette qu’il ne faut pas s’y tromper : ils
ont une parenté avec Robert Mugabe, et ils n’aimeraient
pas qu’une ingérence démocratique
appliquée au Zimbabwe puisse faire jurisprudence
demain. Ce n’est pas étonnant : nous restons
toujours dans le cadre du syndicat des chefs d’Etat.
Ce qui est par contre désolant, c’est cette
absence de mobilisation conséquente des oppositions
et contre-pouvoirs africains qui sont pour la plupart,
à des degrés divers, logés à
la même enseigne que les Zimbabwéens.