Mise à jour le 18/03/2007
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San Finna N°405 du 19 au 25 Mars 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

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DINER DE PRESSE INFORMEL AVEC HERMANN YAMEOGO
DES REVELATIONS ET UNE FOI RENOUVELEE EN LA DEMOCRATIE

Quand le téléphone sonna ce jeudi 15 mars aux environs de 16 h à notre Rédaction, c’est le Chargé de Communication de l’UNDD qui nous invitait à une rencontre avec le Président du Parti ; par ces temps de pré campagne à forte odeur de « Kundé », d’inaugurations tous azimuts et de « Coupe de X », nous avions pensé –naturel- à une cour faite à la Presse avec au bout de l’hameçon un dîner bien arrosé.

A notre arrivée au lieu, des confrères étaient déjà installés, qui répondant à un appel téléphonique, qui griffonnant un papier dans une atmosphère de sérénité : nous prîmes place et l’attente ne fut point longue. Car quelque temps après, apparut « Maître », sous le coup d’une grippe qui lui donnait la voix rauque. Tour des convives avec le sourire et beaucoup d’altesse, le débat fut ouvert sans protocole. Bien entendu, l’affaire des casses de fin de semaine était au rendez-vous. En l’absence d’informations officielles sur les auteurs et les mobiles des crimes à l’origine de la vindicte populaire spontanée, les journalistes présents et politiques ont échangé sur leur version des faits. Très vite, l’atmosphère a tourné autour des conclusions à tirer sur tous ces évènements que le pays subit en cascade depuis quelque temps et sur le problème du devenir de notre Patrie. En tout cas, les commentaires n’ont pas manqué pour tenter de comprendre ces derniers évènements : signes précurseurs divins de la fin du Régime actuel, ras-le-bol des populations face à l’impunité, expression voilée de la pauvreté grandissante, manque de confiance en la Justice, rejet de la nouvelle richesse exhibitionniste…, tout y est passé pour en conclusion reconnaître qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au pays des hommes intègres. Les interventions étaient si houleuses qu’il a fallu au maître de cérémonie, Mathieu N’Do, de ramener le débat sur d’autres préoccupations.

Le Président de l’UNDD, sans notes naturellement, a alors invité tout à chacun à situer le contexte de cette rencontre. Il s’agit d’un échange autour d’un débat arrosé de discussions sur les sujets les plus divers et pas d’une conférence de presse ou d’un dîner-débat. Les maître mots sont « liberté de langage » pour cette communication innovante.

Comme il fallait s’y attendre, la question est venue : pourquoi Me est-il 15ème sur 15 sur la liste nationale ? Le plus simplement du monde, le président du parti a expliqué « n’être plus en harmonie avec lui-même » par rapport aux graves déviations que connaît la vie politique et par rapport à la dénaturation chronique de nos institutions. Il veut par ce geste fort, être en mesure de témoigner dans une plus grande clarté, la nécessité du changement. C’est donc une forme de protestation qui va l’amener à assurer beaucoup plus de présence sur le terrain pour préparer l’échéance présidentielle dans laquelle il est d’ores et déjà engagé.
Il a aussi souligné qu’il s’agissait pour lui de ne pas donner l’impression de vouloir se fonctionnariser à l’Assemblée, surtout que les conditions d’un débat parlementaire véritable n’y sont pas créées.

Dans la discussion « pêle-mêle variété » comme qui dirait, on a fait des incursions dans le passé, évoqué la CFD, le Collectif, le Flambeau Norbert Zongo, le gouvernement protocolaire, la démocratie consensuelle et participative, la crise ivoirienne. Et de tous ces sujets, il a fait cadeau de révélations qui n’ont pas manqué d’édifier les journalistes présents.

En tout cas, ce qu’on peut dire, c’est que Me Hermann ne croit pas qu’avec Blaise Compaoré, on puisse instaurer la démocratie au Faso ; pour lui, on ne ferait qu’aller de Charybde en Sylla avec le régime en place. Il faut donc la rupture et le sobriquet de chef de file de l’opposition résistante, il l’assume pleinement, lui qui en appelle à la résistance conformément à la Constitution pour inverser la corrosion de notre démocratie, de notre vie nationale. Son souci, c’est de communiquer sa soif de résistance aux Burkinabé et parmi eux, aux politiques mais aussi aux communicateurs, aux journalistes. Il n’a rien contre eux, il regrette qu’ils ne s’impliquent pas davantage dans la défense de l’ordre démocratique.

Au cours de la causerie, on est évidemment revenu sur le problème des 15 circonscriptions à siège unique et du scrutin majoritaire à un tour de fait qu’il impose, sans que la loi ne l’ait prévu. Le président du parti a fait savoir que l’UNDD a déjà pris un avocat pour attaquer ce fait, mais il a été également question de ces partis qui n’ont déposé de liste que dans une seule circonscription provinciale, renforçant ainsi cette tendance du vote ethnique que réprouve la Constitution. Il a été aussi question du problème que pose le dépôt par le parti de Mr Dicko, le RPR, d’une seule liste nationale. Le président de l’UNDD a estimé que jusqu’à plus informé, rien dans le code électoral ne fait obligation de déposer une liste nationale à la suite des listes provinciales. Dans l’article 156, il est reconnu que les députés sont élus au scrutin de liste nationale ou provinciale sans autre précision. Par ailleurs, l’article 174 du code électoral stipule que les partis ne sont pas tenus de présenter des candidats dans toutes les circonscriptions électorales. Si donc, un parti se contente de la circonscription nationale uniquement, on ne saurait en principe lui en tenir grief mais tout de même ! Partout où pour les élections législatives, on a retenu le principe d’une liste nationale, cela s’est toujours fait en liaison directe avec le découpage du territoire en circonscriptions électorales. (NDLR : c’est ce qui explique que, comme la rumeur le dit, le dossier de Mr Dicko ait été rejeté par la CENI et semble devoir échoir devant le Conseil constitutionnel !). Il y a donc dans les faits et en droit électoral comparé, problème. Ce qui a encore fait dire au président du parti de la panthère qu’on ne gagne rien à tenir ces élections dans une telle situation de confusion au plan des textes mais aussi au plan politique, économique et social.

C’est sûr qu’à la publication de la liste des candidats de son Parti aux Législatives à venir, beaucoup d’encre et de salive couleront sur la position à la 15e place de Me Yaméogo. Mais il aura pour ceux qui savent regarder en profondeur, et non pas seulement en surface, donné une belle leçon d’humilité, exprimé une volonté de redonner ses lettres de noblesse à la politique.

Y. Paré






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