DINER
DE PRESSE INFORMEL AVEC HERMANN YAMEOGO
DES REVELATIONS ET UNE FOI RENOUVELEE EN LA DEMOCRATIE
Quand
le téléphone sonna ce jeudi 15 mars
aux environs de 16 h à notre Rédaction,
c’est le Chargé de Communication de l’UNDD
qui nous invitait à une rencontre avec le Président
du Parti ; par ces temps de pré campagne à
forte odeur de « Kundé », d’inaugurations
tous azimuts et de « Coupe de X », nous
avions pensé –naturel- à une cour
faite à la Presse avec au bout de l’hameçon
un dîner bien arrosé.
A notre arrivée
au lieu, des confrères étaient déjà
installés, qui répondant à un
appel téléphonique, qui griffonnant
un papier dans une atmosphère de sérénité
: nous prîmes place et l’attente ne fut
point longue. Car quelque temps après, apparut
« Maître », sous le coup d’une
grippe qui lui donnait la voix rauque. Tour des convives
avec le sourire et beaucoup d’altesse, le débat
fut ouvert sans protocole. Bien entendu, l’affaire
des casses de fin de semaine était au rendez-vous.
En l’absence d’informations officielles
sur les auteurs et les mobiles des crimes à
l’origine de la vindicte populaire spontanée,
les journalistes présents et politiques ont
échangé sur leur version des faits.
Très vite, l’atmosphère a tourné
autour des conclusions à tirer sur tous ces
évènements que le pays subit en cascade
depuis quelque temps et sur le problème du
devenir de notre Patrie. En tout cas, les commentaires
n’ont pas manqué pour tenter de comprendre
ces derniers évènements : signes précurseurs
divins de la fin du Régime actuel, ras-le-bol
des populations face à l’impunité,
expression voilée de la pauvreté grandissante,
manque de confiance en la Justice, rejet de la nouvelle
richesse exhibitionniste…, tout y est passé
pour en conclusion reconnaître qu’il y
a quelque chose qui ne tourne pas rond au pays des
hommes intègres. Les interventions étaient
si houleuses qu’il a fallu au maître de
cérémonie, Mathieu N’Do, de ramener
le débat sur d’autres préoccupations.
Le Président de l’UNDD, sans notes naturellement,
a alors invité tout à chacun à
situer le contexte de cette rencontre. Il s’agit
d’un échange autour d’un débat
arrosé de discussions sur les sujets les plus
divers et pas d’une conférence de presse
ou d’un dîner-débat. Les maître
mots sont « liberté de langage »
pour cette communication innovante.
Comme il fallait s’y attendre, la question est
venue : pourquoi Me est-il 15ème sur 15 sur
la liste nationale ? Le plus simplement du monde,
le président du parti a expliqué «
n’être plus en harmonie avec lui-même
» par rapport aux graves déviations que
connaît la vie politique et par rapport à
la dénaturation chronique de nos institutions.
Il veut par ce geste fort, être en mesure de
témoigner dans une plus grande clarté,
la nécessité du changement. C’est
donc une forme de protestation qui va l’amener
à assurer beaucoup plus de présence
sur le terrain pour préparer l’échéance
présidentielle dans laquelle il est d’ores
et déjà engagé.
Il a aussi souligné qu’il s’agissait
pour lui de ne pas donner l’impression de vouloir
se fonctionnariser à l’Assemblée,
surtout que les conditions d’un débat
parlementaire véritable n’y sont pas
créées.
Dans la discussion « pêle-mêle variété
» comme qui dirait, on a fait des incursions
dans le passé, évoqué la CFD,
le Collectif, le Flambeau Norbert Zongo, le gouvernement
protocolaire, la démocratie consensuelle et
participative, la crise ivoirienne. Et de tous ces
sujets, il a fait cadeau de révélations
qui n’ont pas manqué d’édifier
les journalistes présents.
En tout cas, ce qu’on peut dire, c’est
que Me Hermann ne croit pas qu’avec Blaise Compaoré,
on puisse instaurer la démocratie au Faso ;
pour lui, on ne ferait qu’aller de Charybde
en Sylla avec le régime en place. Il faut donc
la rupture et le sobriquet de chef de file de l’opposition
résistante, il l’assume pleinement, lui
qui en appelle à la résistance conformément
à la Constitution pour inverser la corrosion
de notre démocratie, de notre vie nationale.
Son souci, c’est de communiquer sa soif de résistance
aux Burkinabé et parmi eux, aux politiques
mais aussi aux communicateurs, aux journalistes. Il
n’a rien contre eux, il regrette qu’ils
ne s’impliquent pas davantage dans la défense
de l’ordre démocratique.
Au cours de la causerie, on est évidemment
revenu sur le problème des 15 circonscriptions
à siège unique et du scrutin majoritaire
à un tour de fait qu’il impose, sans
que la loi ne l’ait prévu. Le président
du parti a fait savoir que l’UNDD a déjà
pris un avocat pour attaquer ce fait, mais il a été
également question de ces partis qui n’ont
déposé de liste que dans une seule circonscription
provinciale, renforçant ainsi cette tendance
du vote ethnique que réprouve la Constitution.
Il a été aussi question du problème
que pose le dépôt par le parti de Mr
Dicko, le RPR, d’une seule liste nationale.
Le président de l’UNDD a estimé
que jusqu’à plus informé, rien
dans le code électoral ne fait obligation de
déposer une liste nationale à la suite
des listes provinciales. Dans l’article 156,
il est reconnu que les députés sont
élus au scrutin de liste nationale ou provinciale
sans autre précision. Par ailleurs, l’article
174 du code électoral stipule que les partis
ne sont pas tenus de présenter des candidats
dans toutes les circonscriptions électorales.
Si donc, un parti se contente de la circonscription
nationale uniquement, on ne saurait en principe lui
en tenir grief mais tout de même ! Partout où
pour les élections législatives, on
a retenu le principe d’une liste nationale,
cela s’est toujours fait en liaison directe
avec le découpage du territoire en circonscriptions
électorales. (NDLR : c’est ce qui explique
que, comme la rumeur le dit, le dossier de Mr Dicko
ait été rejeté par la CENI et
semble devoir échoir devant le Conseil constitutionnel
!). Il y a donc dans les faits et en droit électoral
comparé, problème. Ce qui a encore fait
dire au président du parti de la panthère
qu’on ne gagne rien à tenir ces élections
dans une telle situation de confusion au plan des
textes mais aussi au plan politique, économique
et social.
C’est sûr qu’à la publication
de la liste des candidats de son Parti aux Législatives
à venir, beaucoup d’encre et de salive
couleront sur la position à la 15e place de
Me Yaméogo. Mais il aura pour ceux qui savent
regarder en profondeur, et non pas seulement en surface,
donné une belle leçon d’humilité,
exprimé une volonté de redonner ses
lettres de noblesse à la politique.
Y.
Paré