San
Finna N°406 du
26 Mars au 01 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
«
ARTISANS DE LA PAIX » AU FASO
REVOYEZ VOTRE DIAGNOSTIC POUR PRESCRIRE
LES VRAIES MEDICATIONS AU PAYS
Le
Burkina Faso a mal à son intégrité
physique avec la dégradation généralisée
de la sécurité interne qui « bunkérise
» jusqu’au village. Mais il a tout autant
mal à son intégrité morale avec l’affaissement
généralisé des références
morales, religieuses, intellectuelles, qui donne de l’
espace aux phénomènes de corruption, de
violences morales et physiques d’Etat, comme de
patrimonialisation de la justice et plus généralement,
des attributs de la puissance publique.
Attention, ce n’est
pas l’opposition qui le dit, c’est le peuple
qui le martèle et qui n’hésite plus
à l’exprimer par les formes les plus spontanées
et les plus brutales.
Le Burkina Faso a mal à sa solidarité qui
abandonne dans l’indifférence, des citoyens
aux prises avec la maladie, la pauvreté, l’analphabétisme.
Il a mal à sa gouvernance qui laisse la démocratie
à son sort, l’économie aux mains de
prédateurs. Le pays va mal, comme le crierait,
éperdu, au bord des larmes, un Tiken Jah Folly.
Ca, c’est pas l’opposant résistant
Hermann Yaméogo qui le dit, c’est le gotha
des remparts moraux, religieux, coutumiers, économiques,
intellectuels de notre pays, qui en a tiré la conclusion
et qui l’a proclamé le 20 mars dernier.
En effet, le 20 mars dernier, à 10 jours de la
Journée nationale de pardon et alors que le pays
est encore tout remué par les dernières
émeutes en date qui ont vu la mise à sac
de plusieurs maquis Kunde, ces personnalités ont
à travers une journée des « Artisans
de la paix » organisée par Citoyens du monde-Burkina,
actionné le tocsin. Coprésident du forum
annuel des leaders sociopolitiques, traditionnels et religieux,
le respecté Mgr Philippe Ouédraogo, Président
de la Conférence épiscopale Burkina-Niger,
a tiré, avec l’honnêteté et
le courage qu’on lui connaît, la sonnette
d’alarme sur la situation nationale. Il y avait
à ses côtés tous les co-parrains du
Forum des leaders pour la paix : El Hadj Oumarou Kanazoé
pour la Fédération des associations islamiques,
le Pasteur Pawentaoré, pour la Fédération
des Eglises et Missions évangéliques et
le Mogho Naaba Baongho pour le Conseil supérieur
des chefferies coutumières et traditionnels du
Burkina Faso.
Tous ensemble, ils ont signé un pacte de non recours
à la violence dans la résolution des différends
sociopolitiques au Burkina Faso, une Charte de la paix
et de la tolérance ainsi qu’une déclaration
pour exhorter tout un chacun au respect du droit à
la vie, au refus de la violence, à la recherche
constante de la paix et ils ont en chœur lancé
au final un appel à l’ensemble des acteurs
sociopolitiques, économiques, culturels, religieux
et coutumiers à adhérer à ladite
déclaration. L’évènement a
été largement relayé par les médias,
notamment la TNB, et a suscité des réactions
contrastées dans tout le pays, et pour cause !
Le temps au Burkina Faso est aux interrogations crispées,
angoissées sur ce que demain sera. L’atmosphère
véhicule une crise qui est en train de dire son
nom. Que des personnages comme ceux qui viennent d’être
citées, acceptent de se retrouver pour dire que
l’heure est grave, ne peut assurément laisser
personne indifférent. Cependant, la démarche,
pour apparaître louable, responsable, n’en
comporte pas moins de graves faiblesses. Lesquelles ?
Il faut tout d’abord relever que la méthode
logique et scientifique pour prescrire le remède
à un mal, consiste d’abord à le diagnostiquer,
à en connaître la pathologie. Alors, si le
Burkina Faso est malade, nos docteurs de la paix ont-ils
eu le réflexe de cette démarche pour connaître
la nature, les causes de ce mal ? Il faut reconnaître
que non, et c’est là une première
lacune de taille.
Mais pouvaient-ils faire autrement quand on sait que le
responsable principal de ce mal n’est autre que
le pouvoir, que là-dessus, il n’ y a aucun
doute puisque c’est vers lui que s’orientent
les critiques, les protestations et les colères
en houle montante ? Lorsque des commerçants se
répandent dans les villes pour casser à
cause de l’imposition des casques, c’est contre
qui sinon contre les gouvernants qu’ils s’insurgent
? Lorsque les policiers menacent de prendre le macadam,
ce n’est pas en l’air, c’est contre
le pouvoir qu’ils protestent. Quand des militaires
entrent en rébellion et font entendre leur colère
par le bruit des armes lourdes, qu’il s’en
suit des destructions d’édifices publics
et même des pertes en vies humaines, c’est
après le pouvoir qu’ils en ont. Lorsqu’enfin,
la foule, exacerbée par l’impunité,
par les sacrifices humains, par l’arrogance des
nouveaux riches, s’en prend à des investissements
privés qu’elle estime réalisés
par des prête-noms, c’est encore et toujours
le système qui est mis en cause, lui qui donne
le ton du laisser-aller, du mauvais exemple et qui en
vient à perdre prise avec toute gouvernance responsabilisée
du pays. Si le Faso va mal, le premier responsable est
tout trouvé !
Mais jamais de la vie, on ne peut imaginer que ceux qui
ont signé la déclaration le pointent du
doigt à travers une telle mise en accusation. A
ce jeu, ils n’en sortiraient pas indemnes pour être
pour la plupart, directement ou indirectement, de l’entreprise
qui vaut au pays la situation qu’il connaît.
C’est tout cela qui rend l’hypocrisie de la
mise en scène encore plus nauséabonde.
Mais de ce manque d’identification de l’origine
du mal, découle une deuxième faiblesse :
l’absence de médication à proprement
parler. Que peuvent faire les « Artisans de la paix
» sinon que d’exceller dans l’incantation,
de prescrire des placebo ? Les remèdes à
même de guérir le mal burkinabé, et
que le peuple voit, résident dans la fin de la
démocratie bamboula, dans la libération
de la justice, dans la nécessité d’auditer
la nation pour remettre au premier plan de la gouvernance,
le social, l’éthique de travail, la non-ingérence
dans les affaires d’autres pays, les valeur…
, mais les pacificateurs en chef de service ne peuvent
pas les prescrire car non seulement ça déplairait
mais ils scieraient la planche sur laquelle ils sont assis.
Alors, des « Artisans autoproclamés de la
paix », il y a des risques qu’il en soit comme
de toutes ces structures alibi qui n’ont vécu
que le temps de l’illusion, encore qu’ici,
à l’accueil réservé à
cette manifestation, on ne voit qu’il y ait quelque
illusion possible !