Mise à jour le 25/03/2007
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San Finna N°406 du 26 Mars au 01 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

« ARTISANS DE LA PAIX » AU FASO
REVOYEZ VOTRE DIAGNOSTIC POUR PRESCRIRE
LES VRAIES MEDICATIONS AU PAYS

Le Burkina Faso a mal à son intégrité physique avec la dégradation généralisée de la sécurité interne qui « bunkérise » jusqu’au village. Mais il a tout autant mal à son intégrité morale avec l’affaissement généralisé des références morales, religieuses, intellectuelles, qui donne de l’ espace aux phénomènes de corruption, de violences morales et physiques d’Etat, comme de patrimonialisation de la justice et plus généralement, des attributs de la puissance publique.

Attention, ce n’est pas l’opposition qui le dit, c’est le peuple qui le martèle et qui n’hésite plus à l’exprimer par les formes les plus spontanées et les plus brutales.

Le Burkina Faso a mal à sa solidarité qui abandonne dans l’indifférence, des citoyens aux prises avec la maladie, la pauvreté, l’analphabétisme. Il a mal à sa gouvernance qui laisse la démocratie à son sort, l’économie aux mains de prédateurs. Le pays va mal, comme le crierait, éperdu, au bord des larmes, un Tiken Jah Folly. Ca, c’est pas l’opposant résistant Hermann Yaméogo qui le dit, c’est le gotha des remparts moraux, religieux, coutumiers, économiques, intellectuels de notre pays, qui en a tiré la conclusion et qui l’a proclamé le 20 mars dernier.

En effet, le 20 mars dernier, à 10 jours de la Journée nationale de pardon et alors que le pays est encore tout remué par les dernières émeutes en date qui ont vu la mise à sac de plusieurs maquis Kunde, ces personnalités ont à travers une journée des « Artisans de la paix » organisée par Citoyens du monde-Burkina, actionné le tocsin. Coprésident du forum annuel des leaders sociopolitiques, traditionnels et religieux, le respecté Mgr Philippe Ouédraogo, Président de la Conférence épiscopale Burkina-Niger, a tiré, avec l’honnêteté et le courage qu’on lui connaît, la sonnette d’alarme sur la situation nationale. Il y avait à ses côtés tous les co-parrains du Forum des leaders pour la paix : El Hadj Oumarou Kanazoé pour la Fédération des associations islamiques, le Pasteur Pawentaoré, pour la Fédération des Eglises et Missions évangéliques et le Mogho Naaba Baongho pour le Conseil supérieur des chefferies coutumières et traditionnels du Burkina Faso.

Tous ensemble, ils ont signé un pacte de non recours à la violence dans la résolution des différends sociopolitiques au Burkina Faso, une Charte de la paix et de la tolérance ainsi qu’une déclaration pour exhorter tout un chacun au respect du droit à la vie, au refus de la violence, à la recherche constante de la paix et ils ont en chœur lancé au final un appel à l’ensemble des acteurs sociopolitiques, économiques, culturels, religieux et coutumiers à adhérer à ladite déclaration. L’évènement a été largement relayé par les médias, notamment la TNB, et a suscité des réactions contrastées dans tout le pays, et pour cause !
Le temps au Burkina Faso est aux interrogations crispées, angoissées sur ce que demain sera. L’atmosphère véhicule une crise qui est en train de dire son nom. Que des personnages comme ceux qui viennent d’être citées, acceptent de se retrouver pour dire que l’heure est grave, ne peut assurément laisser personne indifférent. Cependant, la démarche, pour apparaître louable, responsable, n’en comporte pas moins de graves faiblesses. Lesquelles ?

Il faut tout d’abord relever que la méthode logique et scientifique pour prescrire le remède à un mal, consiste d’abord à le diagnostiquer, à en connaître la pathologie. Alors, si le Burkina Faso est malade, nos docteurs de la paix ont-ils eu le réflexe de cette démarche pour connaître la nature, les causes de ce mal ? Il faut reconnaître que non, et c’est là une première lacune de taille.

Mais pouvaient-ils faire autrement quand on sait que le responsable principal de ce mal n’est autre que le pouvoir, que là-dessus, il n’ y a aucun doute puisque c’est vers lui que s’orientent les critiques, les protestations et les colères en houle montante ? Lorsque des commerçants se répandent dans les villes pour casser à cause de l’imposition des casques, c’est contre qui sinon contre les gouvernants qu’ils s’insurgent ? Lorsque les policiers menacent de prendre le macadam, ce n’est pas en l’air, c’est contre le pouvoir qu’ils protestent. Quand des militaires entrent en rébellion et font entendre leur colère par le bruit des armes lourdes, qu’il s’en suit des destructions d’édifices publics et même des pertes en vies humaines, c’est après le pouvoir qu’ils en ont. Lorsqu’enfin, la foule, exacerbée par l’impunité, par les sacrifices humains, par l’arrogance des nouveaux riches, s’en prend à des investissements privés qu’elle estime réalisés par des prête-noms, c’est encore et toujours le système qui est mis en cause, lui qui donne le ton du laisser-aller, du mauvais exemple et qui en vient à perdre prise avec toute gouvernance responsabilisée du pays. Si le Faso va mal, le premier responsable est tout trouvé !

Mais jamais de la vie, on ne peut imaginer que ceux qui ont signé la déclaration le pointent du doigt à travers une telle mise en accusation. A ce jeu, ils n’en sortiraient pas indemnes pour être pour la plupart, directement ou indirectement, de l’entreprise qui vaut au pays la situation qu’il connaît. C’est tout cela qui rend l’hypocrisie de la mise en scène encore plus nauséabonde.

Mais de ce manque d’identification de l’origine du mal, découle une deuxième faiblesse : l’absence de médication à proprement parler. Que peuvent faire les « Artisans de la paix » sinon que d’exceller dans l’incantation, de prescrire des placebo ? Les remèdes à même de guérir le mal burkinabé, et que le peuple voit, résident dans la fin de la démocratie bamboula, dans la libération de la justice, dans la nécessité d’auditer la nation pour remettre au premier plan de la gouvernance, le social, l’éthique de travail, la non-ingérence dans les affaires d’autres pays, les valeur… , mais les pacificateurs en chef de service ne peuvent pas les prescrire car non seulement ça déplairait mais ils scieraient la planche sur laquelle ils sont assis.

Alors, des « Artisans autoproclamés de la paix », il y a des risques qu’il en soit comme de toutes ces structures alibi qui n’ont vécu que le temps de l’illusion, encore qu’ici, à l’accueil réservé à cette manifestation, on ne voit qu’il y ait quelque illusion possible !

CY





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