Le
classement du président de l’UNDD en
15 ème position sur 15 ( !) sur la liste
nationale pour les prochaines élections législatives,
n’en finit pas d’alimenter les commentaires
dans les bureaux, dans les gargotes et jusque dans
les hameaux les plus reculés. Alors que cette
affaire s’inscrit déjà comme
l’un des évènements de cette
campagne, un autre fait connexe vient alimenter
le débat : c’est le positionnement,
comme suppléant du président du parti
de la panthère, d’un certain Nestor
Zongo, cuisinier puis majordome de son titulaire.
L’homme, dans le sillage de la polémique
au sujet du pourquoi et du comment du classement
de Me Yaméogo en 15 ème position,
a gagné aussi du galon, de la renommée
puisqu’il a eu le privilège d’être
cité à la Une de l’Observateur
Paalga du 23 mars dernier, et que par le fait, son
nom restera accolé à celui du président
du parti de la panthère.
Nous avons, une fois n’est pas coutume, décidé
d’en savoir plus sur ce fameux suppléant
plutôt que sur son illustre titulaire, et
nous en avons réellement appris sur l’homme
qui, vous le verrez, ne manque pas de bagou.
San
Finna : Présentez-vous à nos lecteurs
Nestor Zongo (NZ) : Moi c’est Nestor
Zongo. Je suis né à Koudougou, mais
je suis originaire de Sourgou, village situé
à 15 km de Koudougou. Je suis père
de 5 enfants et grand-père d’un petit-enfant.
Je suis actuellement Majordome à la villa
Maclau (famille Yaméogo).
San
Finna : Comment êtes-vous rentré au
service de la famille Hermann Yaméogo ?
NZ : Ma mère est Yaméogo
de Dapoya à Koudougou, et ça, ça
veut dire ce que ça veut dire. Vous voyez
que c’est une même maison. Mais pour
répondre à votre question précisément,
c’est Me Hermann Yaméogo qui m’a
proposé un emploi en 1984. Vous voyez, c’est
pas hier : ça fait 23 ans pleins. En ce moment-là,
c’était la révolution.
San
Finna : Comment avez-vous vécu cette période
avec lui ?
NZ : Franchement, c’était
pas toujours facile vu que le vieux Maurice avait
été arrêté et amené
à Po. Avant, on l’avait interdit de
sortir de la villa Pax et comme entre sa villa et
la villa de mon patron, il y avait un simple mur,
une porte a été ouverte pour que de
temps en temps, ils causent ensemble. On a dit qu’ils
faisaient un complot et on est venu pour amener
le vieux. Le patron a demandé qu’on
l’amène aussi mais ça a été
refusé. En ce temps-là, vu que la
situation était incertaine, le patron avait
envoyé les enfants à Dakar et en France
et Madame, qui avait refusé de partir, était
restée.
San
Finna : Comment avez-vous évolué avec
la famille, et où en êtes-vous aujourd’hui
?
NZ : Après trois mois de travail
à Koudougou, on m’a proposé
de venir à Ouaga. La famille déménageait
et les enfants, revenus, devaient être inscrits
à l’école à Ouaga. Mon
père, qui était rôtisseur, m’a
communiqué son savoir-faire. C’est
comme cela que je suis devenu cuisinier. Mes employeurs
m’ont fait faire un stage à l’Hôtel
Indépendance pour être plus professionnel.
Petit à petit, j’ai évolué
dans la maison et depuis 2001, je suis le chef de
personnel de la maison.
San
Finna : Mais comment êtes-vous arrivé,
de chef de personnel, à faire de la politique
et à être le suppléant du président
de l’UNDD ?
NZ : C’est venu petit à petit.
En 1987, j’ai vu comment mon patron a lutté
avec le MDP pour aider à faire libérer
les prisonniers au Conseil, à faire reprendre
les dégagés, les licenciés
et pour que les exilés reviennent au pays
et pour la démocratie. A la maison, j’ai
vu beaucoup de gens passer, assister à des
réunions : les Cheick Ouédraogo, les
Yarga Larba, les Coulibaly Akry… Beaucoup
de gens aussi venaient à la maison qui n’étaient
pas mieux que nous. Et on les a vus gagner voitures,
avantages, on les a vus devenir ministres, ambassadeurs,
députés, parce qu’ils ont côtoyé
Me Hermann Yaméogo. C’est les mêmes
qui sont partis et qui n’ont même pas
eu la reconnaissance en évitant les insultes.
Les problèmes du MDP, de l’ADF, de
l’ADF/RDA jusqu’à ce jour, j’ai
tout suivi de près. Et j’ai compris
que dans la politique, y a beaucoup d’ingratitude.
Mais le patron, j’ai vraiment constaté
sa foi en la démocratie.
Comment
sont ses rapports avec vous ?
NZ : Avec lui, il faut pas seulement voir
les rapports du patron avec les employés.
Nous causons normalement de plusieurs choses, de
la politique comme des problèmes de la maison
ou de la ville. Quand y a une chose qu’on
comprend pas ou quand on veut donner notre point
de vue, on lui dit et on se retrouve sur la terrasse
pour causer. C’est comme ça que ça
se passe. Là où nous sommes, nous
savons qu’il ne fait pas la politique pour
lui-même ni pour sa famille, mais pour aider
le pays. C’est pour cela que nous aussi, nous
avons essayé de l’aider de notre façon.
J’ai commencé à militer dans
mon secteur au 28.
San
Finna : Avez-vous déjà été
candidat ?
NZ : Oui. D’ailleurs, cette fois-ci,
ce sera la 4ème fois. Déjà
en 1997, j’étais 7ème titulaire
sur la liste du Boulkiemdé. En 2000 et 2005
pour les municipales, j’étais tête
de liste dans mon secteur à Ouagadougou.
Je peux dire que je suis maintenant politiquement
un peu connu dans mon milieu. Parfois, les responsables
du parti viennent me voir et le président
a déjà assisté à des
réunions que j’ai organisées.
San
Finna : Que pensez-vous de la politique au Burkina
Faso ?
NZ : Je vois seulement que la vie est difficile,
que les gens souffrent. Ca, c’est ce qu’on
entend partout quand on sort. Pourtant, il y a de
l’argent dans le pays ; nous voyons seulement
qu’il est concentré sur ceux d’en
haut d’en haut alors que la majorité
d’en bas d’en bas souffre. C’est
vrai que celui qui n’est pas venu depuis longtemps
à Ouagadougou va voir beaucoup d’immeubles,
de maisons, beaucoup de voitures de luxe mais ce
qu’il ne sait pas, c’est que tout ça,
c’est la chose des gens qui nous gouvernent,
de leurs parents et amis. Le bas peuple, lui, se
cherche pour manger, pour se soigner, pour éduquer
ses enfants, plus qu’avant car tout a augmenté
et augmente de plus en plus. Vraiment, ce que moi
je vois à mon petit niveau, c’est qu’il
faut la justice et la solidarité chez nous
sinon, ça va pas aller. Vous voyez comment
pour la moindre chose maintenant, les gens brûlent
et gâtent tout. Si on n’arrête
pas avec le « tuk guili », avec les
fraudes dans les examens, dans la politique, dans
les affaires, un jour on va se retrouver comme dans
les autres pays pour chercher des médiateurs.
C’est ça qui est à l’ordre
du jour dans les villes et les villages du Burkina.
San
Finna : Il y a eu beaucoup de mécontents
à l’UNDD à cause des problèmes
de candidature et de classement sur les listes.
..
NZ : Tous les partis ont des problèmes
pour ça. Même le CDP a des démissions,
on lit ça dans les journaux. A RFI, on a
dit que même en France, y a ces cas. A l’UNDD,
c’est la même chose : y a des gens qui
sont partis et y en a qui vont partir mais grâce
à Dieu, en gros c’est pas très
grave car si vous regardez bien, ceux qui reviennent
maintenant sont trop nombreux comparé à
ceux qui partent.
San
Finna : Vous n’avez toujours pas expliqué
pourquoi le président de l’UNDD, dont
vous êtes le suppléant, est à
la 15ème place.
NZ : Ca, c’est lui seulement qui
peut vous donner toute la raison. Moi je sais seulement
que quand nous avons appris qu’il ne voulait
pas être candidat, nous avons demandé
de venir sur la terrasse pour parler. Chacun a dit
ce qu’il pensait. Ceux qui disaient de se
présenter étaient plus nombreux mais
il a expliqué qu’il ne croit pas dans
la démocratie qu’on pratique actuellement
au Burkina Faso et que pour lui, c’est une
manière de protester et de bien se préparer
pour plus tard. Il a aussi dit qu’il ne veut
pas être un fonctionnaire parlementaire et
qu’il doit permettre aux plus jeunes de continuer
le combat à l’Assemblée pendant
que lui, il se battra sur le terrain. A la fin,
même si on n’était pas tous d’accord,
on a compris sa position et nous avons souhaité
que Dieu le protège et qu’on ne profite
pas qu’il n’a plus l’immunité
pour le faire encore plus souffrir.