San
Finna N°406 du
26 Mars au 01 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
HAMED
OULD DADDAH
AGNEAU SACRIFICIEL DE LA DEMOCRATISATION MAURITANIENNE
?
Ont-ils
raison ou tort, ceux qui disent que le processus démocratique
mauritanien, si vanté, risque de connaître
un aboutissement en quasi demi-teinte ? On ne saurait
le jurer mais il y a bien des prémisses comme des
faits qui attestent qu’il y a comme une main invisible
qui pousse la refondation de l’Etat dans un sens
qui n’échappe pas totalement au régime
en place.
Va pour le changement
mais pas pour ce changement structurel qui ressemblerait
à une révolution parce qu’on aura
non seulement renouvelé les structures mais aussi
les hommes. Il y a deux choses à prendre en considération
dans le processus électoral mauritanien.
La forte emprise de l’ancienne équipe d’Ould
Taya qui, quoi que rejetée par la classe politique,
a l’expérience du terrain et des fidélités
très solides.
La deuxième chose, c’est l’équipe
Vall. Elle a pris l’engagement devant Dieu et les
hommes, de ne pas s’agripper au pouvoir et de parier
effectivement pour le changement démocratique et
n’ont pas juré de ne plus jamais tâté
de la politique. Il se pourrait donc, qu’ils aient
comme ATT, tout misé sur un grand retour après
une législature de relâche. Pour qu’alors,
les choses se passent sans trop de grincements de dents,
il faudrait mettre en place une personnalité accommodante
qui puisse à l’occasion, sans problème,
renvoyer l’ascenseur. Voilà ce qui fait dire
en Mauritanie mais aussi ailleurs, que l’opposant
historique qui a usé ses fonds de culotte dans
les prisons comme dans les combats dans la Mauritanie
profonde, risque de devoir faire le deuil de l’accession
au pouvoir et de la véritable alternance. Ce qui
semble pointer à l’horizon avec les 57 %
de pronostics pour Sidi Ould Cheikh Abdalahi après
les différents ralliements (contre 43 % pour Ould
Daddah), c’est juste un changement qui ne casse
pas la baraque.
Mais là aussi, les observateurs et politologues
mauritaniens le relèvent, il se pourrait bien qu’élu,
Sidi Ould Cheikh Abdalahi se transforme en un clone qui
neutralise tous ceux qui l’ont fait roi pour pouvoir
préparer leur accession au trône.
VT
AUDITER
LE NEPAD
AVANT DE CHERCHER A REPARTIR SUR LE BON PIED
La
plupart de ceux qui, au moment du lancement du NEPAD,
n’ont pas tari d’éloges pour ce grand
produit du génie africain, sont les mêmes
qui aujourd’hui, n’ont pas assez de mots
durs pour en dénoncer le naufrage programmé.
Pourtant, à la réflexion, on aurait pu
se passer de toute cette polémique qui bat son
plein sur le devenir du mégaprojet africain car
au départ, les augures (en dépit des apparences
et des campagnes médiatico-diplomatiques) n’étaient
pas les meilleurs.
Le NEPAD en effet
a eu dès sa naissance contre lui, d’avoir
plusieurs pères, des pères dont chacun
proclamait sa paternité exclusive et ne manquait
pas de déployer un intense marketing pour en
convaincre. Qu’il s’agisse de Thabo M’Beki,
Abdelaziz Bouteflika, Olosogun Obasanjo, Abdoulaye Wade,
nul ne semblait en effet disposé à faire
cession du leadership sur la question. C’est dire
que déjà, on était parti pour ces
chamailleries de chefs d’Etat africains qui comme
on le sait, confinent parfois à de vraies querelles
de chiffonniers.
Le NEPAD, par la suite, avait ce défaut de fabrication
de prétendre tirer un trait de plume sur les
erreurs, les mauvaises gouvernances du passé
alors que rien n’était fait pour changer
l’ordre interne des Etats, notamment en y soumettant
enfin au même titre, gouvernants et gouvernés
au droit. Tout au contraire ! Ce sont ces mêmes
gouvernants, pour la plupart réfractaires à
l’Etat de droit, exemptés de justice nationale
comme internationale, qui ont été désignés
comme les conducteurs de l’ordre nouveau devant
propulser l’Afrique sur les sentiers du bien-être,
de la démocratie et du progrès partagé.
C’était donc comme qui dirait, mal barré.
On en aura la preuve avec ce rigolo mécanisme
de contrôle par les pairs qui ambitionnait qu’à
intervalles réguliers, les chefs d’Etat
puissent eux-mêmes vérifier l’avancée
du mécanisme et notamment la bonne conduite démocratique
de leurs pays respectifs. Non sens par excellence puisque,
juges et parties, les chefs d’Etats ne pouvaient
pas se mettre en cause !
Un autre handicap qui s’est signalé un
peu après le lancement du NEPAD comme un défaut
de fabrication, c’est cette espèce de réserve
manifestée par les ONG à son encontre.
Beaucoup ont estimé incompréhensible qu’on
n’ait pas tenu compte de la société
civile dans la mise en œuvre du NEPAD. Et à
l’occasion de plusieurs rencontres, la polémique
a gagné en puissance à un tel point qu’on
a cherché à rattraper le coup ; mais on
a laissé au bord du NEPAD les partis politiques
qui à leur tour n’ont depuis que le mauvais
œil à jeter au NEPAD en réponse à
leur disqualification, eux qui pourtant sont les premiers
acteurs de la démocratie. Quand on rajoute à
toutes ces difficultés, la réticence des
bailleurs de fonds à mettre la main à
la poche sinon à ne le faire que de façon
parcimonieuse, on comprend que nous avions affaire,
avec le NEPAD, à un autre de ces moulins à
vent qui, lancés, ne pouvaient tout au plus que
profiter à quelques gouvernants et à quelques
partenaires spécialisés dans les investissements
«boomerang» avant de faire le fatal «
flop ».
Aujourd’hui, on croit rêver à entendre
les discours désabusés, parfois même
rageurs de Abdoulaye Wade, lui qui il n’y a pas
longtemps encore, allait de capitale en capitale, pour
jurer de la viabilité du NEPAD qu’il a
porté sur les fonts baptismaux. S’il y
a échec, il faut absolument, on le comprendra,
déterminer la part de responsabilité de
tous les chefs d’Etat fondateurs du NEPAD. Il
faut le leur faire savoir sans fioritures. Mais pour
ceux qui gardent encore espoir et qui cherchent à
revisiter la machine, comme cela s’annonce à
Alger, ayons aussi le courage de leur dire les quatre
vérités.
Avant de vouloir repartir sur un bon pied, il faudrait
d’abord auditer le NEPAD, savoir qu’est-ce
qui a été alloué comme aides, qu’est-ce
qu’on en a fait exactement mais surtout revoir
de fond en comble les principes, les méthodes
de fonctionnement en acceptant de mettre les hommes
qu’il faut à la place qu’il faut
et surtout s’engager résolument à
ne plus parler du développement de l’Afrique
en créant à la pelle des machines à
Sherpas, des avant-projets aux coûts faramineux
juste bons pour engraisser des experts et autres petits
amis.
En conclusion, tant qu’on ne va pas inverser l’ordre
des priorités, axer véritablement le NEPAD
sur la démocratie, sur les intérêts
des peuples d’Afrique et non sur celui des gouvernants,
ça ne marchera pas !