Mise à jour le 25/03/2007
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San Finna N°406 du 26 Mars au 01 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  

Au courant de la plume

LE POUVOIR DE BLAISE CHANCELLE
ET LA PEUR CHANGE DE CAMP

« … peut-être que, gagné par l’usure inévitable du pouvoir, le Président du Faso n’a-t-il plus vraiment prise sur les choses (comme on s’en est aperçu courant décembre avec la révolte de la soldatesque), auquel cas il faut en tirer les conséquences qui s’imposent ».

Pour que des médias s’enhardissent à recommander au pouvoir de Blaise Compaoré de tirer les conséquences puisqu’il n’a plus prise sur la gouvernance du pays, il faut bien qu’il y ait quelque chose qui se déglingue dans la conduite des affaires de l’Etat. Ce « Commentons l’évènement » de l’Observateur Paalga du 19 mars 2007, puisque c’est de lui qu’il s’agit, (bon sang de bonsoir !), c’est fou ce qu’il continue à faire comme raffut dans le village !

C’est vrai que le quotidien national est connu pour avoir du répondant et du piquant, mais cette fois-ci, comme qui dirait, il a donné l’impression d’avoir contourné le rideau de la peur, enfoncé le rubicond !

En effet, qu’il fasse une analyse sans complaisance de la situation, allant jusqu’à mettre à nu la déshérence de l’Etat et partant son incapacité à faire face à ses devoirs minimum de puissance publique, cela en soi n’est pas une grande première de sa part. Et puis, qui n’en fait pas la remarque de nos jours ? Mais que le quotidien, devant l’ impéritie d’Etat, en vienne à conclure que comme un bon gentleman, le pouvoir devrait en quelque sorte reconnaître qu’il a atteint ses limites et tirer sa révérence, c’est là le constat fort qui fait couler beaucoup de salive, qui fait déjà date.

Faut-il croire que l’Observateur Paalga ait le goût du martyr, lui qui pourtant sait ce qu’autodafé veut dire (ses locaux n’ont-ils pas été brûlés sous le CNR, histoire de lui apprendre comment tenir sa plume ?) ou faut-il tout simplement constater que les Burkinabé, à la faveur des effets conjugués de l’usure du pouvoir, des excès du système, s’émancipent d’autant plus de la peur qu’elle n’apparaît plus comme l’arme de dissuasion massive du pouvoir, celle qui garantit la tranquillité par la menace de la violence ? Les premières à briser définitivement le tabou ne sont-elles pas les forces de défense et de sécurité elles-mêmes ? C’est en tout cas ce qu’on est enclin à penser quand on observe cette propension des Burkinabé, pour un oui ou pour un non, à prendre le macadam et à y exprimer de manière forte, leur ras le bol. Après les commerçants au sujet de la reconstruction de Rod Wooko, les policiers à propos de leurs revendications, ce sont les militaires qui se sont fait entendre à l’arme lourde pour crier contre l’impunité et le mépris de leurs demandes spécifiques. Aujourd’hui, ce sont des temporaires de la SOSUCO qui cassent pour réclamer leurs paies et la foule qui s’en prend à des Kunde pour dire le ras le bol contre les excès de cette justice à deux vitesses et la mal gouvernance.

L’Etat a du vague à l’âme. Il peine à faire face aux demandes de sécurité, de santé, d’éducation, de justice. Il laisse de plus en plus à leur sort les pauvres et perd ainsi, aux yeux de la majorité, sa raison d’être. Il y a comme en situation prérévolutionnaire, une espèce de vacance du pouvoir qui donne des audaces, qui démystifie la légende de Blaise Compaoré, construite sur la violence. Et l’homme effectivement, de moins en moins craint, devient tout doucement une sorte de tigre de papier, acculé à recourir aux expédients des médiations comme pour se laver des salissures de sa gouvernance qui lui collent pourtant à la peau comme la tunique de Nessus, sinon aux services de la Direction générale des services extérieurs français, la célèbre DGSE française, pour sauver ce qu’il espère pouvoir encore sauver.

Que devient dans tout ça, ce sacré conseil de l’Observateur Paalga ? Généralement, quand les gouvernants sont habités par la raison, ils savent entendre les avertissements du genre de celui du célèbre quotidien, et s’ils ne se soumettent pas, ils se démettent. On verra bien si, malgré les apparences contraires, une once de raison viendra confirmer à ce niveau l’adage qui dit que « les Burkinabé ont toujours le réflexe de la sauvegarde de l’intérêt général ».

La Rédaction





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