LE
POUVOIR DE BLAISE CHANCELLE
ET LA PEUR CHANGE DE CAMP
«
… peut-être que, gagné
par l’usure inévitable du pouvoir, le Président
du Faso n’a-t-il plus vraiment prise sur les choses
(comme on s’en est aperçu courant décembre
avec la révolte de la soldatesque), auquel cas
il faut en tirer les conséquences qui s’imposent
».
Pour que des médias s’enhardissent à
recommander au pouvoir de Blaise Compaoré de
tirer les conséquences puisqu’il n’a
plus prise sur la gouvernance du pays, il faut bien
qu’il y ait quelque chose qui se déglingue
dans la conduite des affaires de l’Etat. Ce «
Commentons l’évènement » de
l’Observateur Paalga du 19 mars 2007, puisque
c’est de lui qu’il s’agit, (bon sang
de bonsoir !), c’est fou ce qu’il continue
à faire comme raffut dans le village !
C’est vrai que le quotidien national est connu
pour avoir du répondant et du piquant, mais cette
fois-ci, comme qui dirait, il a donné l’impression
d’avoir contourné le rideau de la peur,
enfoncé le rubicond !
En effet, qu’il fasse une analyse sans complaisance
de la situation, allant jusqu’à mettre
à nu la déshérence de l’Etat
et partant son incapacité à faire face
à ses devoirs minimum de puissance publique,
cela en soi n’est pas une grande première
de sa part. Et puis, qui n’en fait pas la remarque
de nos jours ? Mais que le quotidien, devant l’
impéritie d’Etat, en vienne à conclure
que comme un bon gentleman, le pouvoir devrait en quelque
sorte reconnaître qu’il a atteint ses limites
et tirer sa révérence, c’est là
le constat fort qui fait couler beaucoup de salive,
qui fait déjà date.
Faut-il croire que l’Observateur Paalga ait le
goût du martyr, lui qui pourtant sait ce qu’autodafé
veut dire (ses locaux n’ont-ils pas été
brûlés sous le CNR, histoire de lui apprendre
comment tenir sa plume ?) ou faut-il tout simplement
constater que les Burkinabé, à la faveur
des effets conjugués de l’usure du pouvoir,
des excès du système, s’émancipent
d’autant plus de la peur qu’elle n’apparaît
plus comme l’arme de dissuasion massive du pouvoir,
celle qui garantit la tranquillité par la menace
de la violence ? Les premières à briser
définitivement le tabou ne sont-elles pas les
forces de défense et de sécurité
elles-mêmes ? C’est en tout cas ce qu’on
est enclin à penser quand on observe cette propension
des Burkinabé, pour un oui ou pour un non, à
prendre le macadam et à y exprimer de manière
forte, leur ras le bol. Après les commerçants
au sujet de la reconstruction de Rod Wooko, les policiers
à propos de leurs revendications, ce sont les
militaires qui se sont fait entendre à l’arme
lourde pour crier contre l’impunité et
le mépris de leurs demandes spécifiques.
Aujourd’hui, ce sont des temporaires de la SOSUCO
qui cassent pour réclamer leurs paies et la foule
qui s’en prend à des Kunde pour dire le
ras le bol contre les excès de cette justice
à deux vitesses et la mal gouvernance.
L’Etat a du vague à l’âme.
Il peine à faire face aux demandes de sécurité,
de santé, d’éducation, de justice.
Il laisse de plus en plus à leur sort les pauvres
et perd ainsi, aux yeux de la majorité, sa raison
d’être. Il y a comme en situation prérévolutionnaire,
une espèce de vacance du pouvoir qui donne des
audaces, qui démystifie la légende de
Blaise Compaoré, construite sur la violence.
Et l’homme effectivement, de moins en moins craint,
devient tout doucement une sorte de tigre de papier,
acculé à recourir aux expédients
des médiations comme pour se laver des salissures
de sa gouvernance qui lui collent pourtant à
la peau comme la tunique de Nessus, sinon aux services
de la Direction générale des services
extérieurs français, la célèbre
DGSE française, pour sauver ce qu’il espère
pouvoir encore sauver.
Que devient dans tout ça, ce sacré conseil
de l’Observateur Paalga ? Généralement,
quand les gouvernants sont habités par la raison,
ils savent entendre les avertissements du genre de celui
du célèbre quotidien, et s’ils ne
se soumettent pas, ils se démettent. On verra
bien si, malgré les apparences contraires, une
once de raison viendra confirmer à ce niveau
l’adage qui dit que « les Burkinabé
ont toujours le réflexe de la sauvegarde de l’intérêt
général ».
La Rédaction