San
Finna N°407 du
02 au 08 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
ELECTIONS
EN FRANCE : LA PLACE DES NOIRS
DANS LE PROGRAMME DES CANDIDATS
Le
conseil représentatif des associations noires a
souhaité connaître les intentions des principaux
candidats à l’élection présidentielle,
en matière de lutte contre toutes les formes de
discrimination dont est victime la minorité noire
en France. Cinq candidats se sont prononcés. A
chacun sa méthode…
La
minorité noire de France veut faire entendre sa
voix. Constatant que discrimination et manque de reconnaissance
sociale sont le lot quotidien des Noirs en France, le
CRAN (Conseil représentatif des associations noires)
a choisi dernièrement d’interpeller les principaux
candidats à l’élection présidentielle
en soumettant à chacun, un questionnaire type décliné
en quinze questions. Objectif : connaître les intentions
de chaque candidat en faveur des Noirs afin de solutionner
les problèmes auxquels ces derniers sont confrontés.
Dominique Voynet (Les Verts), Marie-George Buffet (Parti
communiste), Ségolène Royal (Parti socialiste),
Nicolas Sarkozy (Union pour la majorité présidentielle)
et François Bayrou (Union démocratique pour
la France) y ont répondu. A l’unanimité,
ils constatent que les noirs sont victimes de discrimination,
n’ont pas la place qu’ils méritent
en France, alors que selon le CRAN, 1.865.000 Noirs en
France auraient plus de 18 ans. Toutefois, les clivages
sont marqués quant aux moyens à mettre en
œuvre pour tendre vers une plus grande équité.
A gauche on mise en priorité sur la responsabilité
des entreprises et on milite pour la diversité
culturelle au travail. Ségolène Royal propose
un bilan de l’égalité basé
sur la politique de recrutement quand Dominique Voynet
prône « la diversité des employés
dans les entreprises ». Mais le terrain est glissant.
Miné par le risque que ce soient les quotas qui
guident la politique de recrutement, au détriment
des compétences.
La candidate des Verts invite par ailleurs à un
audit des outils de lutte contre les discriminations.
Pour elle, trop de plaintes déposées à
la police par les victimes de discrimination sont sans
issue. Marie-George Buffet veut faire de la lutte contre
les discriminations, « une grande cause nationale
» et serait favorable à une Halde (Haute
autorité de lutte contre les discriminations) décentralisée,
avec des antennes régionales voire locales. Une
idée qui impliquerait une augmentation du budget
de la Halde déjà existante, comme le propose
Dominique Voynet.
A droite, Nicolas Sarkozy insiste sur le CV anonyme, dont
le décret d’application n’a pas encore
été signé. Il souhaite créer
un label diversité des entreprises et pratiquer
la subversive discrimination positive, ou le recours à
de la main d’œuvre étrangère
dans les secteurs qui en ont le plus besoin.
Quant à François Bayrou, moins prolixe que
ses adversaires, il veut une lutte de la discrimination
dès l’école primaire, au travers des
enseignements de la tolérance et du respect mutuel
qui favoriseraient la mixité sociale.
Interrogés sur les conditions de vie des minorités
noires dans les banlieues, les candidats se sont tous
prononcés pour une extension du nombre de logements
sociaux. Et là va la valse des chiffres : 120 000
pour Ségolène Royal, contre 1 million pour
Dominique Voynet. Nicolas Sarkozy préfère
lui mettre en avant l’action de la majorité
sortante, proposer la suppression des cautions et se targuer
d’avoir été le premier à évoquer
le droit au logement opposable. Celui-ci entrera réellement
en vigueur fin 2008.
Plus largement, les candidats se sont exprimés
sur le problème de l’immigration. A gauche
de la gauche on maintien que la panacée réside
dans la régularisation massive des sans papiers.
Ce que se refuserait à faire bien sûr Nicolas
Sarkozy s’il était élu. Lui veut fixer
des plafonds annuels de migration et porter la création
d’une agence mondiale de l’immigration. Mais
point de clivage quand il s’agit de dire que la
solution au problème de l’immigration passe
par une refonte de la politique de la France-Afrique menée
par Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy a déclaré
qu’il refuserait son soutien aux dictatures et aux
régimes corrompus, mais augmenterait l’aide
aux pays en voie de développement qui se conformeraient
aux règles de bonne gouvernance. A gauche, même
son de cloche. Dominique Voynet parle même de créer
une commission spéciale pour faire la lumière
sur les crimes consécutifs à la politique
France-Afrique.
Créé en novembre 2005, à la suite
des émeutes dans les banlieues, le CRAN n’est
pas parvenu réellement pour l’heure à
placer la question des Noirs au centre des débats.
Ils ont jusqu’au 22 avril, date du premier tour
de l’élection présidentielle, pour
y arriver. Dans une campagne où, une fois n’est
pas coutume, il n’y a pas de thématique dominante.