San
Finna N°407 du
02 au 08 Avril 2007 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
PREMIER
FORUM SOCIAL DU BURKINA FASO
DECLARATION FINALE
LOUMBILA, LE 30 MARS 2007
Le premier forum
social du Burkina Faso a eu lieu du 28 au 30 mars 2007
à l’ENEP (Ecole Nationale des Enseignants
du Primaire) de Loumbila (près de Ouagadougou).
Ce forum a été préparé depuis
le 6 mai 2006 par une trentaine d’associations du
Burkina Faso.
Pendant 3 jours, il a rassemblé 750 personnes de
plus de 150 associations avec des délégations
de France, du Canada, de Belgique, d'Espagne, d'Italie,
de Cuba, du Bénin, du Niger, du Mali et de toutes
les régions du Burkina Faso.
Après avoir travaillé dans 3 panels, 34
ateliers, 2 conférences populaires, les participants
à ce forum ont retenu quelques recommandations
qu’ils souhaitent transmettre à tous ceux
qui se sentent interpellés par les situations d’injustice
profonde engendrées par la mondialisation néo-libérale.
Bien sûr, tout ne peut pas être dit ici, nous
avons retenu quelques points essentiels dans lesquels
les participants sauront reconnaître leurs propres
mots.
Nous, participants au premier forum social du Burkina,
Nous refusons les politiques néolibérales
qui ne cessent de creuser les écarts entre nations
riches et nations pauvres, entre riches et pauvres dans
une même nation… et dont on nous fait croire
qu’elles sont le seul modèle économique
possible.
Nous refusons la concentration des richesses et des pouvoirs
aux mains de quelques multinationales et de quelques Etats
au détriment de le majorité des populations
et de l’avenir de notre planète. Cette domination
exercée par une minorité sur l’ensemble
est intolérable.
Nous refusons le désengagement total de l’Etat
des services sociaux de base nécessaires à
la cohésion sociale et à la solidarité
(santé, éducation, eau, communications,…).
Le droit à l’eau, en particulier dans notre
pays, doit devenir un droit humain effectif et devenir
l’affaire de tous.
Nous refusons les privatisations, telles qu’elles
sont faites, car elles sont une spoliation des richesses
nationales et un abandon du service public.
Nous refusons les accords commerciaux inéquitables
tels qu’ils sont dans le TEC (Tarif douanier = Tarif
Extérieur Commun) actuel et dans les APE (Accords
de Partenariat Economique) tels que l’Union Européenne
veut nous les imposer (et dont les populations dûment
informées ne veulent pas).
Nous refusons la destruction de notre agriculture qui
va en résulter et dont vit pourtant 80% de notre
population aujourd’hui.
Nous refusons toute violation des droits humains dans
nos pays et nous demandons à nos dirigeants d'oeuvrer
pour la paix : trop de guerres, de réfugiés,
de déplacés hypothèquent notre développement.
Nous refusons toute exclusion, quelle qu’elle soit.
Nous, participants au premier forum social du Burkina,
Nous réaffirmons l’urgence d’une politique
agricole qui prenne pleinement en compte la souveraineté
alimentaire.
Que nos Etats de la CEDEAO (Communauté Economique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest) rehaussent dès
maintenant le TEC (Tarif Extérieur Commun) en y
introduisant une bande tarifaire à hauteur de 50%
pour la protection de nos produits agricoles sensibles
(graines de coton, tomate, lait, riz, viande…) dès
maintenant et donc avant de commencer la négociation
finale sur les APE (Accords de Partenariat Economique)
. (Pour éviter de voir nos pays inondés
par les sous produits des agricultures subventionnées
d’ailleurs…)
Nous nous engageons à changer nos comportements
pour consommer nos produits locaux et soutenir ainsi notre
agriculture.
Nous invitons les Organisations Paysannes à proposer
à tous les candidats (maires, députés,
président) de s’engager sur quelques mesures
importantes pour le développement de notre agriculture
et pour une meilleure prise en compte de notre agriculture
et de nos populations rurales.
Que les Organisations Paysannes ne s’alignent pas
sur les seules politiques gouvernementales, mais défendent
réellement les intérêts des paysans.
Nous souhaitons que nos Etats délivrent aux producteurs
des titres fonciers qui puissent assurer la sécurité
et la stabilité de notre production agricole, en
surtaxant l’agrobusiness et les opérations
spéculatives.
Qu’en ce domaine, il y ait une réelle égalité
d’accès à la terre pour tous, hommes
et femmes, et que les femmes puissent en hériter.
Concernant les OGM (Organismes Génétiquement
modifiés), nous demandons la révision de
la mise en œuvre du protocole de Carthagène,
la sensibilisation des populations à la base, et
la concertation entre chercheurs sur les OGM pour mieux
mesurer les risques réels et mettre en oeuvre le
principe de précaution. Nous demandons que cesse
immédiatement le chantage sur les producteurs de
coton qui refusent la culture des OGM et leur imposition
par les autorités dans notre pays.
Concernant la dette injuste qui accable nos pays, nous
demandons qu’elle soit reconvertie intégralement
en programmes de développement à la base
– et avec des mécanismes de contrôle
transparents et accessibles à tous par une information
régulière.
Concernant les OMD (Objectifs du Millénaire du
Développement) et l’accès aux services
sociaux de base, nous constatons avec tristesse que les
objectifs sont loin d’être atteints, car les
choix politiques actuels , la formulation et l’exécution
des projets ne sont pas transparents.
Concernant les mutuelles, nous souhaitons en encourager
toutes les formes qui permettent aux populations de décider
elles-mêmes de leurs priorités, de leurs
manières de les gérer et de se les approprier.
Nous souhaitons que les services publics nous y encouragent.
Concernant la santé, nous souhaitons que toutes
les régions du pays soient également couvertes
et bénéficient des mêmes avantages
que la capitale.
Concernant l’éducation, nous demandons l’arrêt
immédiat de l’application des P.A.S. (Plans
d'Ajustement Structurel) ; que l’école soit
obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge
de 16 ans, que soit relevé le niveau de vie des
enseignants et apprenants, que l’éducation
non formelle soit encouragée et développée.
Concernant les communications, nous demandons : «
Un village, un téléphone avant 2015 »
Concernant l’environnement, nous recommandons qu’il
soit mieux pris en compte dans la pratique et l’élaboration
de nos politiques pour des pratiques plus respectueuses
de notre environnement: reboisement, agriculture biologique,
éducation, exploitations minières mieux
encadrées, sachets plastique noirs à proscrire,
assainissement et viabilisation dans les villes.
Concernant les OSC (Organisations de la Société
Civile), nous pensons qu’il est urgent et important
qu’un cadre légal soit défini pour
elles et qu’elles puissent être associées
de plus en plus, selon leurs compétences, aux prises
de décision qui engagent la vie du pays. Qu'elles
puissent aller en justice pour défendre leurs intérêts
et ceux de leurs membres. Nous demandons qu’une
attention particulière soit portée à
la transparence dans la gestion financière et à
la représentativité pour l’obtention
des financements.
Concernant la corruption et la bonne gouvernance, nous
demandons aux personnalités de l’Etat et
de l’administration de se soumettre à la
loi commune de l’Etat de droit faite pour tous :
que chacun paie ses factures, renonce aux pratiques de
corruption et de pots de vin, etc.
Que l’égalité de droits et de devoirs
entre tous les membres de la société soit
respectée. Que l’Etat soit garant de la justice
et de la bonne gouvernance (exploitation, torture, exécutions
extrajudiciaires…)
Que la liberté de presse soit renforcée
(dépénalisation des délits de presse).
Que la liberté d'association et d'expression soit
améliorée.
Il faut parler beaucoup de la corruption parce qu’elle
se répand partout.
Nous recommandons tout particulièrement :
*
L’arrêt des retenues sur les frais inexplicables
au niveau du coton.
* Des pétitions de parents d’élèves
pour réduire les frais scolaires abusifs.
* Des alliances avec nos voisins pour réduire les
fraudes douanières.
* L’implication des associations aux journées
de lutte anti-corruption.
* Possibilité pour tous d’accéder
à un logement décent.
* Retour à nos valeurs cardinales pour rééduquer
les jeunes.
Après le temps fort de ce forum, nous, Organisations
de la Société Civile au BURKINA présentes
à Loumbila, prenons l’engagement de nous
retrouver à un rythme à préciser,
pour faire le point des mises en œuvre de cette déclaration
finale, pour continuer à renforcer nos réseaux
associatifs et avancer dans notre réflexion et
nos luttes.
Nous réaffirmons notre opposition aux politiques
néo-libérales, aux institutions financières
internationales qui nous écrasent.
Nous sommes solidaires de tous ceux qui luttent pour leur
dignité, leurs intérêts matériels
et moraux, en organisant des forums, en informant les
populations à la base, en organisant des marches
légales et non-violentes, en disant « non
» aux politiques inadmissibles qui nous écrasent,
en étant solidaires de ceux qui souffrent et qui
sont exclus,... en nous appropriant nos vies dans une
logique où ce n’est plus la puissance financière
qui nous domine, mais dans une logique où l’homme
et la femme sont remis au centre !
Oui, un autre monde est possible,
Oui, une autre Afrique est possible, unie et forte,
Oui, un autre Burkina est possible, moins corrompu, plus
juste, plus solidaire !
Les participants au forum