Mise à jour le 08/04/2007
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San Finna N°408 du 09 au 15 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

 

A vue de monde

LE BOYCOTT COMME ARME DE SALUT DE LA DEMOCRATIE
L’EXEMPLE SENEGALAIS SERA-T-IL LE DECLIC ?


Profitant du moment fort de la prestation de serment du président Abdoulaye Wade, des partis sénégalais (qui auraient même été rejoint par Mustapha Niasse et Idrissa Seck selon un mémorandum du 26 mars 2007 non rendu public mais envoyé à Abdoulaye Wade, commele rapporte Jeune Afrique du 1er au 15 avril 2007) ont fait savoir qu’ils étaient partis pour boycotter les élections législatives pour ne pas se commettre une deuxième fois dans une facétie électorale comme à l’occasion de la présidentielle. Ils exigent que le scrutin soit sincère, régulier et transparent ; ils veulent la remise à plat totale du fichier électoral, la transparence et la sécurisation du vote des militaires et para-militaires, le plafonnement et le contrôle des dépenses électorales ainsi que la création, sur un mode consensuel, d’une structure indépendante chargée des consultations électorales. Quel raffut depuis cette annonce de probable boycott !

En effet, lorsque vous parlez de boycott d’élections en Afrique, ce sont des cris d’orfraie que vous soulevez un peu partout. Les gouvernants africains, il faut le reconnaître, ont bien mené leur jeu. Ils ont non seulement réussi à verrouiller le système démocratique mais ils ont (comme pour mieux sécuriser leur affaire) obtenu l’adhésion de bien de médias et de partenaires techniques et financiers, à leur façon de gouverner.

Lorsqu’ils lancent une élection, ils ont par conséquent des alliés pour les encourager à la tenue coûte que coûte de ces consultations. Qu’importe que les conditions ne soient pas réellement réunies pour une compétition loyale, l’essentiel, aux yeux de ces alliés, c’est que l’élection se tienne. Ce qui compte pour eux, c’est la répétition, à intervalles réguliers, des scrutins, c’est le maintien de l’ordre public dans le pays. Pour beaucoup d’ailleurs, une compétition électorale en Afrique ne saurait avoir la même valeur qu’en Europe. Chez eux, c’est autrement plus sérieux. Leur démocratie a pris de la bouteille à la faveur du temps. En Afrique, la démocratie est un jeu, un exutoire que les Africains n’ont pas encore inculturé. Il faut donc les laisser faire leurs dents avant de se l’approprier. Alors, pas de drame autour de quelques dysfonctionnements dans l’exercice démocratique. Du reste, en matière électorale, comme partout ailleurs, aiment-ils dire, la perfection n’est pas de ce monde !

Avec de tels remparts, les opposants en Afrique sont vraiment mal partis pour défendre la démocratie en péril et se faire entendre de l’extérieur. Pourtant, ce ne sont pas les raisons de protester qui manquent. Dans tous ces pays africains où on organise à grand frais des scrutins, des problèmes majeurs se posent et qui sont liés aux fondamentaux même de la démocratie. Ils concernent la séparation des pouvoirs, la reconnaissance du droit de l’opposition, le respect du droit de suffrage, l’indépendance de la justice, celle des institutions électorales, l’absence d’un code électoral fiable et consensuel comme d’ un document unique d’identification pour la votation. Quant à la gestion équitable des opinions à travers les médias d’Etat notamment, c’est la catastrophe.

Lorsque des partis politiques, après avoir observé que sur tous ces points essentiels, il est impossible d’avoir un scrutin qui reflète la volonté populaire, décident que le mieux à faire, c’est le boycottage, qu’ainsi donc ils éviteront des dépenses d’énergie, d’argent et que surtout ils se garderont de légitimer un pouvoir sans base légale et légitime, alors on leur tombe dessus à bras raccourcis en criant que la politique de la chaise vide n’a jamais servi.

Avant même d’examiner leurs prétentions, on répand la rumeur qu’ils ont peur de perdre, que d’ailleurs ils n’ont pas de programme et qu’ils sont divisés. Tout ce parti pris amène bien souvent des opposants à aller aux élections comme à l’abattoir, tout simplement pour ne pas déplaire à la communauté internationale. Ils iront d’autant plus que le pouvoir ayant affamé le pays et marchandisé les élections, la base elle-même y trouve non pas un moyen de défendre l’idéal mais d’améliorer l’ordinaire. Voilà comment on a toujours fait vis-à-vis des Togolais, des Burkinabé.. , et comment on fait aujourd’hui à l’égard des Sénégalais. On n’est pas loin ici non plus, de la « théorie du complot » car autant on ne ménage pas les critiques, les flèches, contre les oppositions qui n’ont aucune protection nationale et internationale pour exercer librement leurs activités, aucune garantie de transparence dans les processus électoraux, autant on se tait par rapport à tout ce que les pouvoirs font pour dévoyer la démocratie.

Pourtant, sans contradiction, il n’y a pas de démocratie ; sans opposition libre et légalement protégée en face d’une majorité gouvernante, il n’y a pas d’équilibre dans le jeu démocratique.

Cette vérité, qui ne fait pas l’ombre d’une contestation en Occident, pourquoi la refuser aux Africains ? C’est aux partis politiques de la faire triompher vaille que vaille. Ils y parviendront s’ils savent en faire un combat commun. Si aujourd’hui les Sénégalais en sont revenus à l’évidence qu’il ne faut pas compétir lorsque les conditions ne s’y prêtent pas, si eux qui ont une certaine avance en matière technologique, en matière démocratique, ont détecté que des élections peuvent être fraudées par des manipulations informatiques et par la maîtrise notamment du fichier électoral, ils peuvent plaider au plan international non seulement pour leur cause mais aussi pour celle de tous les opposants africains. C’est en globalisant la lutte, en travaillant en réseaux et en cherchant comme interlocuteurs, au-delà des pouvoirs nationaux, des pouvoirs internationaux, que l’espoir de changement peut venir. On en sent des frémissements au Nigeria et surtout en RDC où la MONUC pour la RDC a été obligée pour une des rares fois, de montrer combien sans opposition, on ne saurait construire une démocratie viable. L’observation de la MONUC ne vaut pas que pour la RDC ; dans la plupart des pays africains, il existe le même acharnement des pouvoirs en place de réduire les oppositions, et notamment les chefs de file de l’opposition : ce que Kabila fait à l’égard de Bemba, Biya le fait à l’égard de Fru N’Di... Une porte est ouverte, il faut l’enfoncer !

VT





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