Mise à jour le 08/04/2007
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San Finna N°408 du 09 au 15 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
 

DEMOCRATIE PARLEMENTAIRE BURKINABE
UNE PARFAITE IMPOSTURE !

Il est des idées qu’on devrait éviter de répandre sauf à choisir délibérément d’insulter l’intelligence des peuples. Il en va ainsi de cette démocratie parlementaire dont on nous gave jusqu’à plus faim. Comment peut-on parler de démocratie parlementaire au Burkina Faso ? Pour qu’une telle démocratie existe, il faut nécessairement que la démocratie représentative soit appliquée dans les règles de l’art, c’est-à-dire que le peuple, seul souverain, fondateur du pouvoir, soit mis en mesure d’assumer son pouvoir en désignant librement les hommes de son choix pour l’exercer. Ici déjà, on a tout faux car des conditions essentielles ne sont pas réunies pour permettre le libre exercice du suffrage populaire.

En attestent la monopolisation et la confusion parfaite des pouvoirs sans compter les fraudes, violences et corruptions électorales d’Etat. Pour qu’en temps normal, il y ait démocratie parlementaire, encore faudrait que l’Assemblée ait, sinon tout le pouvoir, un pouvoir supérieur aux autres organes de l’Etat. L’Assemblée de la 4ème République est loin d’être dans cette situation. Ce n’est pas la « particratie » qui y règne dans le sens où des partis à peu près d’égale force décideraient selon leur bon vouloir, du sort de la nation. Cette assemblée en effet n’a de pouvoir que ce que veut bien lui reconnaître le parti au pouvoir et ses satellites qui y règnent en maîtres absolus comme ils règnent sur tout le pays.

Les choses sont si nettes que de plus en plus, on se pose même la question de l’utilité de ce parlement qui, malgré de nombreux artifices, n’arrive pas à cacher qu’il n’est rien de plus qu’une chambre d’enregistrement. Ce n’est pas le Père Balemans qui dira le contraire, lui qui dans la rubrique « Droit dans les yeux » (Le Pays du 3 avril 2007 N° 3841) et sous le titre « A quoi sert l’Assemblée nationale ? », dira qu’ « il faut une Assemblée nationale avec un vrai pouvoir » car pour lui, « C’est toujours la majorité absolue qui décide, et c’est le CDP qui détient la majorité absolue ».

Quelle est en effet la place de la contradiction dans l’hémicycle ? Le partage si vanté entre majorité et opposition en terme de députés, selon le rapport 57 pour la majorité/54 pour l’opposition, est une illusion qui a fait long feu. On sait en effet qu’à l’élection de 2002, conscient du vote sanction que le pouvoir encourait, beaucoup de partis et de leaders se sont réclamés de la différence d’avec le CDP. Ils ont engrangé par conséquent des voix. Cela a permis ce résultat qui a été félicité au plan national comme international. Mais voilà, ce qu’on ne dit pas assez, c’est qu’une fois les élections réalisées, le naturel revenant au galop, beaucoup de partis qui avaient battu campagne comme de vrais opposants, ont rejoint la mouvance présidentielle, réalisant par le fait une arnaque politique dans le plus pur style. Mais ce n’est pas tout : il est même arrivé que des partis politiques, que l’on disait figurer parmi les partis de l’opposition authentique, se retrouvent à soutenir la candidature du premier des CDP, c’est-à-dire le chef de l’Etat, à battre campagne pour lui et à figurer dans son gouvernement. C’est le cas, on ne le soulignera jamais assez, de l’ADF/RDA, sacrée au sortir des élections comme le 2 ème parti du pays, le chef de file de l’opposition.

Aucune étude ni recherche sérieuse sur la 4ème République et sur le fonctionnement de son parlement, notamment sous sa 4ème législature, ne pourrait passer sous silence ces faits qui sont quasiment sans pareils dans l’histoire constitutionnelle burkinabé, africaine voire universelle.

Aujourd’hui, l’opposition fait pâle figure en nombre comme en capacité d’action au sein de l’hémicycle parce que telle est la politique voulue par les fondateurs de la 4ème République. Pour preuve, sa contribution est très faible dans le travail parlementaire, sauf lorsqu’elle est employée, en raison de ses ressources humaines, comme « nègre parlementaire ». On ne peut pas alors, sauf à se foutre du monde, parler de démocratie parlementaire et se donner des libertés extravagantes jusqu’à vouloir exporter le produit fini !

Mais au Burkina Faso, on n’est pas à une contradiction, à une hypocrisie près. Si l’on a réussi le tour de passe-passe de mener aujourd’hui campagne, sans gêne, pour hisser le chef de l’Etat au tableau des « Nobellisables » en raison du rôle inestimable qu’il a joué dans la culture de la paix, de la démocratie dans la sous région… , c’est qu’on peut transformer les vessies en lanternes et arriver à présenter la démocratie façon burkinabé, comme étant la plus achevée, celle que méritent les Africains !

VT





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