ENTRETIEN
AVEC GUY STAN MATINGOU
Monsieur
Guy Stan Matingou est comédien et metteur en
scène. Il est originaire de la République
du Congo (Brazzaville). De passage au Burkina Faso pour
une création théâtrale, nous l’avons
rencontré pour vous.
San
Finna : Présentez-vous à nos lecteurs.
Mr
Guy Stan Matingou (G.S.M.) :
Je suis Guy Stan Matingou. Je suis comédien et
metteur en scène venant tout droit de la République
du Congo Brazzaville.
Je suis au Burkina depuis deux mois, sur invitation
d’un ami ivoirien, Fargas Assende qui est installé
au Burkina depuis belle lurette. Il a eu l’idée
géniale d’écrire un texte qui s’intitule
« Noce noire ». C’est ainsi qu’il
a eu l’amabilité de nous inviter à
ses côtés, une Congolaise, une Ivoirienne
et moi-même, pour la circonstance, c’est-à-dire
la création théâtrale. Ainsi donc,
nous avons eu deux résidences de création
à Ouaga : au Centre culturel Georges Méliès
du 2 au 24 mars. Le 15 mars, nous nous sommes rendus
à Bobo-Dioulasso où nous avons eu aussi
là-bas, une résidence de création.
Nous avons joué à Bobo les 25 et 26 mars
dans la matinée. Nous sommes ensuite rentrés
à Ouaga. Le 30 mars dernier, nous avons encore
joué au Georges Méliès et le vendredi
6 avril, nous allons jouer à l’espace Gambidi
chez mon ami et frère Jean-Pierre Guingané,
et le samedi dans la soirée, je vais m’apprêter
à quitter le Burkina Faso, le pays des hommes
intègres.
San
Finna : Votre création s’intitule «
Noces noires ». Quels sont les thèmes qui
sont abordés ?
G.S.M.
:
« Noces noires », c’est l’amour
en temps de guerre. L’Afrique aujourd’hui,
comme disait feu Joseph Ki Zerbo, est une poudrière
et ustensile-roi qui suit de l’Afrique centrale,
la guerre est devenue un jeu d’enfant. Au Congo
en quelques années, nous avons connu trois guerres.
Pour moi, la guerre est devenue un jeu banal. Les enfants
en rient aujourd’hui. Il y a eu le Liberia, la
Côte d’Ivoire, la RDCongo. Aujourd’hui,
la somalie.
Nous avons voulu porter le message de la paix, comme
disait un célèbre romancier. L’Afrique
a besoin aujourd’hui d’hommes neufs pour
porter l’avenir. Nous avons besoin de l’amour
fraternel.
Je crois que la haine tribale a trop sévi dans
nos Etats. Maintenant, nous souhaitons qu’il y
ait la paix, que nous puissions circuler d’un
pays à l’autre. Je suis heureux d’être
au Burkina car je n’ai pas besoin de visa pour
venir au Burkina. Comme vous le savez, le Burkina et
le Congo ont un lien politique ancestral de l’époque
du président feu Thomas Sankara qui est resté
jusqu’aujourd’hui d’ailleurs.
Il y a quelques années, nous avons reçu
au Congo les petits chanteurs au poing levé et
les Colombes de la Révolution qui ont laissé
une très belle image. Pour nous au Congo, ce
sont ces chanteurs-là et ce Monsieur, j’ai
nommé feu Président Thomas Sankara.
San
Finna : Quel souvenir gardez-vous de ce peuple laborieux
du Burkina Faso ?
G.S.M.
: Le
Peuple du Burkina est un peuple très gentil.
J’ai été fasciné, je le dis
sans ambages et je le dirai toujours même à
Brazzaville, quand j’ai pris mon car à
Cotonou pour venir au Burkina, il y a un fait qui m’a
marqué. Quand je suis arrivé à
la frontière, c’est un policier qui nous
accueille, la police des frontières. Du bus,
il nous dit : « Bienvenue au Burkina » et
il dit « Ceux qui ont des passeports à
ma droite et ceux qui ont des pièces d’identité,
à ma gauche. Il était accueillant, souriant,
c’est vraiment le Faso ! C’est vraiment
un peuple intègre. C’est vrai qu’il
y a toujours des brebis égarées comme
dans tout peuple. Là, j’ai appris à
la radio ce matin qu’on a retrouvé trois
corps dans les environs de Ouaga 2000 et d’autres
quartiers, mais enfin, c’est comme cela aussi,
en dépit de cela, je crois que c’est un
peuple intègre.
San
Finna : C’est vrai que le peuple burkinabé
est un peuple intègre mais après ce laps
de temps passé au Faso, quelle appréciation
faites-vous de la vie sociopolitique du pays ?
G.S.M.
:
Ce sera très difficile à mon avis, de
porter un petit jugement. Ce matin encore, par hasard,
je suivais une radio où les syndicats, la classe
ouvrière, n’étaient pas du tout
d’accord avec le discours du premier Ministre
à l’Assemblée. Je n’ai pas
pu suivre l’intégralité ; j’ai
suivi plusieurs extraits où il parlait d’augmentation
des salaires de 5 %. Les syndicalistes disent ne pas
être d’accord car ils étaient convenus
d’une augmentation de 25 %. Donc, ils n’ont
même pas eu le tiers de ce qu’ils ont demandé.
Ils espéraient au moins une augmentation de 10
% et ils feront savoir leur mécontentement dans
les jours à venir.
Mais c’est hallucinant quand on dit qu’il
n’y a pas d’argent ? Je dis que ce n’est
pas vrai. Quand je vois Ouaga 2000, même à
Brazzaville, il n’y a pas ça alors que
nous avons du pétrole. Qu’on dise après
qu’il n’y a pas d’argent au Faso,
vraiment ça me semble un paradoxe. Vous avez
un grand rond-point de 500 m de diamètres, vous
avez même un échangeur, c’est incroyable
! A Brazza, il n’y a pas ça, même
pas au Gabon. Quand on vous dit qu’au Burkina,
y a rien et vous construisez des buildings haut de gamme,
c’est vraiment une chose et son contraire, c’est
vraiment la folie des grandeurs.
San
Finna : Votre mot de la fin ?
G.S.M.
:
Je crois que je reviendrais, je vais certainement me
reposer pour deux mois et je reviendrai au Faso pour
jouer au CITO pendant un mois, et après j’effectuerai
une tournée au Niger, au Mali, au Togo, au Bénin
pour la suite de « Noces noires ».
Seydou
Diabo