Mise à jour le 08/04/2007
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San Finna N°408 du 09 au 15 Avril 2007
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"
  

Tribune de la femme

ENTRETIEN AVEC GUY STAN MATINGOU

Monsieur Guy Stan Matingou est comédien et metteur en scène. Il est originaire de la République du Congo (Brazzaville). De passage au Burkina Faso pour une création théâtrale, nous l’avons rencontré pour vous.

San Finna : Présentez-vous à nos lecteurs.

Mr Guy Stan Matingou (G.S.M.) : Je suis Guy Stan Matingou. Je suis comédien et metteur en scène venant tout droit de la République du Congo Brazzaville.

Je suis au Burkina depuis deux mois, sur invitation d’un ami ivoirien, Fargas Assende qui est installé au Burkina depuis belle lurette. Il a eu l’idée géniale d’écrire un texte qui s’intitule « Noce noire ». C’est ainsi qu’il a eu l’amabilité de nous inviter à ses côtés, une Congolaise, une Ivoirienne et moi-même, pour la circonstance, c’est-à-dire la création théâtrale. Ainsi donc, nous avons eu deux résidences de création à Ouaga : au Centre culturel Georges Méliès du 2 au 24 mars. Le 15 mars, nous nous sommes rendus à Bobo-Dioulasso où nous avons eu aussi là-bas, une résidence de création. Nous avons joué à Bobo les 25 et 26 mars dans la matinée. Nous sommes ensuite rentrés à Ouaga. Le 30 mars dernier, nous avons encore joué au Georges Méliès et le vendredi 6 avril, nous allons jouer à l’espace Gambidi chez mon ami et frère Jean-Pierre Guingané, et le samedi dans la soirée, je vais m’apprêter à quitter le Burkina Faso, le pays des hommes intègres.

San Finna : Votre création s’intitule « Noces noires ». Quels sont les thèmes qui sont abordés ?

G.S.M. : « Noces noires », c’est l’amour en temps de guerre. L’Afrique aujourd’hui, comme disait feu Joseph Ki Zerbo, est une poudrière et ustensile-roi qui suit de l’Afrique centrale, la guerre est devenue un jeu d’enfant. Au Congo en quelques années, nous avons connu trois guerres. Pour moi, la guerre est devenue un jeu banal. Les enfants en rient aujourd’hui. Il y a eu le Liberia, la Côte d’Ivoire, la RDCongo. Aujourd’hui, la somalie.

Nous avons voulu porter le message de la paix, comme disait un célèbre romancier. L’Afrique a besoin aujourd’hui d’hommes neufs pour porter l’avenir. Nous avons besoin de l’amour fraternel.

Je crois que la haine tribale a trop sévi dans nos Etats. Maintenant, nous souhaitons qu’il y ait la paix, que nous puissions circuler d’un pays à l’autre. Je suis heureux d’être au Burkina car je n’ai pas besoin de visa pour venir au Burkina. Comme vous le savez, le Burkina et le Congo ont un lien politique ancestral de l’époque du président feu Thomas Sankara qui est resté jusqu’aujourd’hui d’ailleurs.

Il y a quelques années, nous avons reçu au Congo les petits chanteurs au poing levé et les Colombes de la Révolution qui ont laissé une très belle image. Pour nous au Congo, ce sont ces chanteurs-là et ce Monsieur, j’ai nommé feu Président Thomas Sankara.

San Finna : Quel souvenir gardez-vous de ce peuple laborieux du Burkina Faso ?

G.S.M. : Le Peuple du Burkina est un peuple très gentil. J’ai été fasciné, je le dis sans ambages et je le dirai toujours même à Brazzaville, quand j’ai pris mon car à Cotonou pour venir au Burkina, il y a un fait qui m’a marqué. Quand je suis arrivé à la frontière, c’est un policier qui nous accueille, la police des frontières. Du bus, il nous dit : « Bienvenue au Burkina » et il dit « Ceux qui ont des passeports à ma droite et ceux qui ont des pièces d’identité, à ma gauche. Il était accueillant, souriant, c’est vraiment le Faso ! C’est vraiment un peuple intègre. C’est vrai qu’il y a toujours des brebis égarées comme dans tout peuple. Là, j’ai appris à la radio ce matin qu’on a retrouvé trois corps dans les environs de Ouaga 2000 et d’autres quartiers, mais enfin, c’est comme cela aussi, en dépit de cela, je crois que c’est un peuple intègre.

San Finna : C’est vrai que le peuple burkinabé est un peuple intègre mais après ce laps de temps passé au Faso, quelle appréciation faites-vous de la vie sociopolitique du pays ?

G.S.M. : Ce sera très difficile à mon avis, de porter un petit jugement. Ce matin encore, par hasard, je suivais une radio où les syndicats, la classe ouvrière, n’étaient pas du tout d’accord avec le discours du premier Ministre à l’Assemblée. Je n’ai pas pu suivre l’intégralité ; j’ai suivi plusieurs extraits où il parlait d’augmentation des salaires de 5 %. Les syndicalistes disent ne pas être d’accord car ils étaient convenus d’une augmentation de 25 %. Donc, ils n’ont même pas eu le tiers de ce qu’ils ont demandé. Ils espéraient au moins une augmentation de 10 % et ils feront savoir leur mécontentement dans les jours à venir.

Mais c’est hallucinant quand on dit qu’il n’y a pas d’argent ? Je dis que ce n’est pas vrai. Quand je vois Ouaga 2000, même à Brazzaville, il n’y a pas ça alors que nous avons du pétrole. Qu’on dise après qu’il n’y a pas d’argent au Faso, vraiment ça me semble un paradoxe. Vous avez un grand rond-point de 500 m de diamètres, vous avez même un échangeur, c’est incroyable ! A Brazza, il n’y a pas ça, même pas au Gabon. Quand on vous dit qu’au Burkina, y a rien et vous construisez des buildings haut de gamme, c’est vraiment une chose et son contraire, c’est vraiment la folie des grandeurs.

San Finna : Votre mot de la fin ?

G.S.M. : Je crois que je reviendrais, je vais certainement me reposer pour deux mois et je reviendrai au Faso pour jouer au CITO pendant un mois, et après j’effectuerai une tournée au Niger, au Mali, au Togo, au Bénin pour la suite de « Noces noires ».

Seydou Diabo





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